CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
avec nne lettre ej de riches présens1. Dans sa lettre à Youssouf , Ahmed lui demandait son amitié et des secours contre les chrétiens. 11 lui disait, entre autres choses: — « Mon royaume est le mur de séparation entre toi et l'ennemi de notre loi. Ce mur est le soutien et la défense des Musulmans , depuis qu'ont régné dans ce pays mes aïeux, qui toujours ont veillé avec succès sur cette frontière à ce que les chrétiens n'entrassent pas dans les autres provinces de l'Andalous. Ma plus complète satisfaction sera la confiance et la certitude de ton amitié, sera que tu sois assuré que je suis ton ami et ton allié. Mon fils Abd el Melek te déclarera les dispositions de nos cœurs et nos sincères désirs de travailler avec toi au soutien et à la propagation de l'Islam. »
Youssouf répondit gracieusement aux avances et aux propositions d' Ahmed dans les termes suivans :
« De la part de l'émir des Musulmans, soutien de la foi, Youssouf ben Taschfyn , au confiant en Dieu Ahmed Abou Djàfar Ebn Houd (que le Très-Haut perpétue et fasse prospérer sa puissance!); de notre cour de Marrakesch (que Dieu garde !), où est arrivée l'évidente preuve de la noblesse et de la valeur de tes aïeux : nous rendons à Dieu des actions de grâces et des louanges accomplies , et le prions qu'il nous achemine et conduise dans la voie droite, et dirige nos pensées vers de salutaires fins. Nous prions le Seigneur pour notre seigneur Mohammed, son serviteur (avec qui soit la grâce divine! que Dieu agrandisse sa perfection!). Quant à ce qui nous concerne à l'égard de toi (que Dieu veuille fortifier!) et à l'égard de ta sublime libéralité, sache qu'il n'y a en nous qu'une sincère amitié, naturelle au caractère que Dieu nous a donné. U est venu, en effet, en notre présence, de ta part, la puissance et l'honneur de ton état , la lumière de tes yeux ,
I El Kodbay dit qu'il lui entoya, entre antres choses, quatorze arrobes d'argent (on lingots de ce poids), tirés du trésor el marqués du sceau de son père Youssouf ben Ahmed el Motémyn,dont Ebn Taschfyn fit frapper des Mraif i Cordoue,
514 HISTOIRE d'ESPAG5B.
la joie de ton cœur, je yeux dire Abou Merlan ton fils par le sang et mon ûls par l'affection (qne Dieu accroisse en loi ton amour!) ; et les deux honorables wazirs Abou Lssa ben Léboun, et Abou Ahmer (que pieu leur fasse la grâce de sa juste crainte! ); lesquels nous ont remis ton honorable lettre, et nous avons appris , tant par elle que par le rapport verbal qu'ils nous ont fait , tes désirs , auxquels nous répondons par notre adhésion à tes demandes. Cet écrit leur ayant été communiqué, et leur en ayant parlé à deux reprises , ils ont bien compris ce que comportent les conventions de notre réciproque alliance , lesquelles ont toutes pour but la conservation des conquêtes et la propagation de l'Islam sacré, et le service de Dieu tout-puissant et miséricordieux. Salut accompli. »
Les promesses de Youssouf ne tardèrent pas à être suivies d'effet. Il donna ordre à Dawd d'envoyer en aide à Ahmed El Mostaïn Billah six mille arbalétriers et mille chevaux almoravides. L'émir de Saragosse avait le plus grand besoin de ces secours. Depuis 1088, le roi d'Aragon Sancho Ramirez, et Pierre, son fils, auquel les chroniqueurs donnent dès ce temps le nom de roi, n'avaient cessé de ravager ses frontières. Ils s'étaient en dernier lieu emparés de Monzon '.Enfin, aidés dés chrétiens d'El Frank et des Erdomanes (peut-être d'un corps de chevaliers normands), ils venaient de faire en l'an 486 (1093), sur les terres de Saragosse, une violente irruption , et d'entrer d'assaut dans Fraga et Balbastro. Plus de quarante mille Musulmans étaient tombes sous les coups des chrétiens dans cette guerre, au dire d'un auteur arabe ils avaient réduit en captivité un nombre infini de femmes , de filles et d enfans, mis le pays littéralement à feu et à sang, et Ahmed avait vainement essayé de leur résister, lorsque, par l'arrivée des Almoravides , tout changea de face : après
i Pri§6 Monzon el roy D. 8aucho è el rey D. Pedro eu Bllo, era mcxxto Abu. ToM. ni*, p, ««).