CHAPITRE VlflGT-SEPTIÈMÎS
avoir battu les chrétiens en diverses rencontres, les troupes de Saragosse entrèrent dans Balbastro de vive force , et reprirent Fraga, dont elles passèrent la garnison au fil de l'épée. £1 Mostaïn porta avec ses alliés le ravage et la mort sur les terres de l'ennemi, et rentra à Saragosse avec cinq mille captives chrétiennes, mille armures de bataille, et d'autres riches dépouilles, dont il envoya la meilleure partie à Youssouf . Le Cid, suivant les bannières de son ami l'émir d'Albarracin , qui marchait en ce moment avec les Almoravides, faisait partie de cette expédition ; il commandait un corps d'auxiliaires chrétiens et musulmans , et ce fut probablement alors qu'il fit • prisonnier dans une rencontre Pierre, fils de Sancho, et montra sa magnanimité en le rendant incontinent à la liberté ».
Pendant que ces choses se passaient dans l'Espagne orientale, Alfonse de Castille reculait les limites de la domination chrétienne à l'autre extrémité. 11 venait de marier sa fille Urraca, née vers 1080, de son mariage avec Constance, fille de Robert, duc des Bourguignons, et qui était âgée par conséquent de douze ans environ, au comte Raymond de Bourgogne, et la sœur d'Urraca, Theresa, née de l'union déclarée illégitime d' Alfonse axec Ximena Nuficz, à Henri, fils de l'un des fils du môme Robert. L'ardeur de faire la guerre aux infidèles les avait portés à passer en Espagne avec les moines de l'abbaye de Tournus qui y avaient conduit la reine Constance, veuve du comte de Chàlons. Alfonse fit avec eux, avant d'en faire ses gendres, diverses campagnes contre les Sarrasins, et les pré-
1 Cumque ? ersus fronlariam Aragonia pervenisset , congressus cum rege Petro Aragonia oblinuit contra cum et eliam vivum cepil, sed conlinuo manumislt (Rod. Tolet., de lteb. Hisp.,1. vi,c. 29). Le même avait déjà dit en pariant des rois d'Aragon (Ibid., cl):— Hic est Petrus (rex Aragonia), (jui in bello post modum a Roderico Didaci fuit caplug, sed hostis cleinentia continno liberatus. — Tous les historiens s'accordent à placer la capture de Pierre par le Cid, et sa libération, uotcrieuremenl à la prise de Valence : — Eodem temporc, dit Lucas df^Tuy (p. 101 j, Rodericus Didaci, miles slrenuus, pugnavii com Petro rege AragoTOm in cainpo, et cepil eum; post hac obsedit Valenlian», et cepU eam. *
516 HISTOIRE D ESPAGJîE.
posa spécialement à la garde des frontières musulmanes z. Raymond et Henri devinrent par cette alliance les chefs des deux familles royales de Castille et de Portugal. Leur valeur se déploya surtout dans les Estramadoures portugaise et castillane; et, vers 1 093, Alfonse fit avec eux une expédition en Portugal, à peiue indiquée dans les mémoires du temps, mais dont les résultats furent de la plus grande importance. Il prit, le samedi 30 avril 1093, dans la neuvième heure du jour, Santarem, et, dans la même semaine (vieux style), le jeudi 4 mai, Lisbonne. Le lundi 8 mai il était maitre de Cintra. Il les mit sous le gouvernement de son gendre, le comte don Raymond, dont nous venons de parler, mari de sa fille Urraca. Le roi prit part en personne à cette heureuse expédition, qui recula les limites chrétiennes dans l'Algarbc presque sans opposition ».
Ce fut préoccupé sans doute de ces succès d* Alfonse et du peu de résistance que lui opposaient les Musulmans andalous,
• Hic (Aldefoosus) liliam Rotberii ducis Burgundionom daxit inaxorera, Domine Conslauliara, du qua suscepit filiam,qaa in malriraoniom dédit Raimundo comité, qui comitatura trans Ararim tenebat. Altérant fi fia m, sed non ex conjugal! thoro nalam, Aiurico, uni ûliorum Glii ejusdem Rotbertl dédit (H onach. Hugon. Fioriac). — D'après Iloderich de Tolède, I. vi, c. 21 : — mena Munionis genuit aliam filiam, qua; Tharasia dicta fuit, qoam duxil Enricus ex partibus Disontinis, congermnnus Raimundi Comilis, patritl toris (Aldefonsi vu) ; ex qua (Tharasià) suscepit idem Enricus Aldefonsum, qui fuit postes rex Tortugalia;. - Quelques Codex portent par erreur ex pmrtibt Jiiiantinis, ce qui a donné lieu de faire venir Uenri de la maison des empereurs do Consianlinople.— Iksquc ainbos, ajoute la chronique française- (I. c), in ipsis finibus liispaniœ contra Agarenorum collocavit impetum.
2 Era 1131, secundo calentJas maii sabbatho bora nona, rex donnas Aldefoosus cepit civitatem Santarem anno regni sui vigesimo betavo, mense tt, sexto die mensis. Fi in eadem hebdomada pridie non. Maii feria quinla cepil Ulixbona. Posl lertiamauteiu diem octavo Mus maii cepil Siotriam, preposuitque eia ge neru m suum comilem Uomnum Haymuuilum mariium filias sua? D. Urraeas. et sub manu cjus Suarium Mcnerdi , ipse autem rex reversas est Toletom (Chr. Lusil.,ad ann. cit.) — Il y u quelque variété de date ou plutôt eireor de copiste, au sujet de la prise de Santarem, dans la Chronique de Counbre : — lm era mciixi (IOî).") pressa fuit Sancta Ilerene, et intravil in eamrex Adefonsos, vi nonas maii , feria n , hora m (Chr. Con mb., p. 530). — Mais les chiffres concordent dans la Chronique d'Alcala, p. 316. — Santarem fat Schyr en 1111, le 2iî mai :— In era mcilviiii (1111) pressa fuit fvita» nerene a rege Cir, vin kalendas junii (ibid, , I. c).