‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 255 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

maîtres da pays, que Youssouf envoya à Schyr Tordre d'envahir les états d'Omar El Motawakkel. Schyr occupa facilement TAJgarb, s'empara de toutes ses forteresses, entra dans Schelb et Yabra (Silves et Evora), et vint avec son camp devant Badajoz, où se défendit avec valeur l'émir Ebn El Afthas. Mais la fortune avait tourné le dos à ces princes. C'était une croyance vulgaire et un bruit populaire qu'il y avait une prophétie annonçant la chute inévitable des rois arabes d'Espagne, et qu'ils seraient vaincus et déposés par des princes d'Afrique. Cette persuasion populaire fut une des causes de leur ruine, et ce fut en grande partie pour cela que les Almoravides se rendirent si facilement maîtres de l'Espagne, et que ses princes ne firent rien d'efficace pour leur défense. Ebn El Afthas livra une bataille aux assiégeans, où ses troupes furent vaincue», et deux de ses fils faits prisonniers : c'étaient El Fadhl et El Abbas qui résistèrent jusqu'à ce que, grièvement blessés et abandonnés des leurs, ils tombèrent entre les mains des Almoravides. Les habitans, intimidés par le désastreux succès de la bataille, forcèrent l'émir à traiter de la reddition de la place. Schyr promit de le laisser sortir, et lui donna un sauf-conduit pour ses fils, ses filles, sa suite, et tout ce qu'il possédait ; mais, après s'être rendu maître de la ville à cette condition, et l'en avoir laissé en effet sortir avec sa famille et ses esclaves, il envoya à leur poursuite une troupe de cavaliers de Lamtouna, qui l'atteignirent aux environs de Badajoz, et là, contre la foi promise, ils percèrent à coups de lance l'émir et ses deux fils El Fadhl et El Abbas. Cette déplorable tragédie arriva le samedi 7 safar 487 (20 février 1094). Tout cela eut lieu, dit-on, par Tordre de Youssouf ben Taschfyn, qui voulait en finir avec les rois andalousiens. Ainsi tomba la dynastie des Afthasides. De tous les rois arabes d'Espagne qui avaient Sppelé Youssouf, il ne restait plus debout que le seul Ahmed Abou Djàfar de Saragosse. iSedjm-ed-Dawlah, troisième fijg d'Omar, et wali de Santarem, périt en prison dans

le plus absolu dénûment. Par la conquête des états d'Ebu £1 Af thas, Scbyr se trouvait immédiatement en contact avec les deux gendres d' Alfonse, commis à la garde de ces frontières; mais bien que les Almoravides comptassent dans leurs rangs un grand nombre de chrétiens sous là conduite du comte Garcia Ordoiiez , ils n'osèrent cependant marcher contre Alfonse, après la dépossession de l'émir de Badajoz, et le roi chrétien retourna à Tolède, chargé de butin et de gloire1.

Un événement qui se passa , en ce temps-là même , dans l'Espagne orientale, put contribuer peut-être à empêcher Ebn Abou Bekr d'attaquer Alfonse en Portugal. $ous avons laissé (en 1092) le cadhi Ahmed El Moaféry maître en quelque sorte de Valence au nom des Almoravides auxquels il F avait livrée, et les petits rois arabes de l'Espagne orientale, parmi lesquels figurait au premier rang l'émir d'Albarracin, tributaires de Youssouf sous le patronage de l'émir de Saragosse. Cet état de choses avait duré environ un an et demi. La soumission des rois arabes , toutefois , était peu volontaire , et ils conspiraient dans l'ombre contre l'oppression où les tenaient les Africains. Le saheb de Sainte-Marie d'Albarracin (Sainte-Marie d'Orient), Abou Merwan Abd el Melek ben Houdzaïl , allié et parent du dernier émir dzoulnounide de Valence , supportait surtout impatiemment le joug des Almoravides , et il venait d'engager les émirs de Mourviédro , de Schatébah et de Dénia à former une nouvelle ligue et à se soulever contre les géoéraux de Youssouf. Tous ensemble ils prirent pour chef le kaïd des chrétiens Roudrik , surnommé

i Inlraosque Banicam eicam partem Lusitaniœ, quaï gibi non «obérai, prédis vaslalionibus,et incendiis sic omnia devaslatU, qood borum fuga, et Agaxeno- ' rum Victoria faalici commertio mutarentur. Et licet Amiramomeninus multos baberel cum comité Garsia Ordonii chrigtianoi non lamen ausus fuit régi occurrere venienli. Et rex Aldefousus revenus est prœda et Victoria gloriosus (Rod. Tolet., ibid., c. 52). — li est fait mention de ce comte Gai&a Ordoûez par plusieurs autres chroniques. Dana un combat précédemment livré, probablement dans la guerre du château d'Albit, diaprés Lucas de Tuy : — Erat cum Sarracenis, Cornes Garsiaa Ordonii, qui Agarenos ad prroliura fortiter^animabat*

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