CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
£1 Cambythour, qui se faisait honneur d'avoir été l'allié et l'ami d'El Kader , et peut-être fat-il en effet salué en cette circonstance, par les émirs coalisés, de ce titre de Gid (.saïed seigneur) qui lui est resté z. Réunis de nouveau sous les drapeaux de Rodrigue, les émirs andalous vinrent assiéger Valence avec leurs forces réunies. Le Camby thour était généralissime de l'armée arabo-espagnole. Instruit du péril de Valence, Schyr, que noua venons de voir s'emparer des domaines du dernier émir de Badajoz , accourut aussitôt au secours de la place , sans doute avec son auxiliaire chrétien le comte Garcia Ordonez ; mais le Gid le battit et le mit en fuite, après avoir tué plusieurs milliers de ses hommes ; et il serra Valence de plus près. Étroitement assiégés, et n'espérant plus aucun secours, les habitons forcèrent leur wali Ahmed ben Djehàf à capituler. Il obtint du Gid qu'il laisserait aux habitans la vie , la liberté et leurs biens , et pour lui-même le titre de wali et la conservation du gouvernement de Valence pour le compte des émirs coalisés. A ces conditions Ahmed fit ouvrir les portes de la ville, et le Cambythour (que Dieu maudisse!), dit l'historien musulman, y entra au mois de djoumada-el-awal 487 (mai ou j uio 1094). Rodrigue gouverna Valence avec un pouvoir souverain, et une apparente douceur, disent les Arabes. Il laissa Ahmed exercer tranquillement ses fonctions de cadhi-al-codhah (suprême cadhi).Mais au bout d'un an révolu, au moment où Ahmed s'y attendait le moins, il le fit arrêter et emprisonner avec toute sa famille. L'objet de cette arrestation était d'obtenir du cadhi qu'il déclarât où étaient cachés les trésors du
i Les auteurs arabe* donnent ordinairement an Cid le litre de caïd on d'émir des Chrétiens. La plupart le désignent par Pépilbèle do tyran (taghi);— ce qui a fait dire agréablement à un moderne historien qu'ils rappelaient tyran du Tape. l\* lui donnent aussi parfois le litre de roi (roelek).— Cambythour, Campiductor ou Campidoctor, comme quelques-uns l'écrivent, Cauipeadoren espagnol, revient assez bien au mot italien condottiere que nous avons employé plus haut pour caractériser le Cid. — Condottiere. Capitano. lat. du*, <focfor,dil le Dlsiopario délia Crusca.
roi Yahya. Ayant vainement employé pour cela et épuisé tourà-tour les prières , les menaces , les caresses et les tourmcns pour* le contraindre à les lui livrer, le Gid ordonna qu'un bûcher fût dressé sur la place publique de Valence , et , sans autre forme de procès, il lit amener devant lui , enchaîné , Ahmed, ses fils, ses filles et sa femme, également chargés de chaînes ou de cordes, et ordonna de les y brûler tous.Les assistans, tant musulmans que chrétiens, s'émurent et se récrièrent , le suppliant d'épargner au moins la famille innocente du malheureux cadhi , ce que le tyran Cambythour n'accorda, dit l'historien musulman , qu'après une longue résistance. Mais sans pitié pour le cadhi , il fit creuser une fosse sur la place même et l'y fit enterrer vivant jusqu'à la ceinture-, après quoi on environna de bois le reste de son corps , et on le laissa brûler à petit feu. Ahmed, avant d'expirer, prononça la profession de foi musulmane , et mérita par sa mort le titre et les récompenses des martyrs (schaydoun). Cet acte de cruauté barbare eut lieu un jeudi du mois de djoumada-el-awal 488 (mai ou juin 1095), dans le même mois qu'étaient entrés à Valence, l'année précédente, le maudit Cambythour (qu'Allah le voue au feu éternel ! ) , et les vengeurs de l'émir El Eadcr Yahya ben Dzy el Noun ( que Dieu leur pardonne leur alliance!). El Cambythour régla ensuite le gouvernement de la ville qui resta occupée par les chrétiens pour la sûreté des Musulmans coalisés, et il en partit avec le principal de ceux-ci , qui était Abd El Melek Abou Merwan ben Houdzaïl , saheb de Sainte-Marie d'Aben-Razin. Le wali ou saheb de Mourbiter, Abou Issa ben Léboun ben Abd el Aziz, y fut laissé comme naïb ou lieutenant d'Abou Merwan. Roderich , dit-on , plus tard , vers x'époque où il se rapprocha d'Alfonse , le sollicita de mettre un évèque à Valence, et Jérôme y fut consacré par les mains de l'évèque primat Bernard, archevêque de Tolède1.
1 L'exécution d'Ahmed el Moafery est placée par les Musulmans au mois de