CHAPITRE VKV'GT-SEPTIÈME
L'alliance d'Ahmed Abou Djâfar de Saragosse avec Youssotif lui était devenue inutile par la force des choses, et Sancho, roi d'Aragon, et Raimond Rérenger, comte de Barcelone, le pressaient à l'envi, et le refoulaient de plus en plus vers FÈbre. Tarragone avait été conquise par ce dernier. Sancho, maître de Monzon, s'avançait vers Huesca, et songeait déjà à assiéger Saragosse. C'était un brave et vaillant roi que ce Sancho Ramirez, petit-fils de Sancho-le-Grand ; et il est curieux de voir comment en parlent ses propres ennemis. Lorsque l'émir de Saragosse, El Mostaïn Billah Abou Djafar, dit une chronique musulmane, croyait pouvoir goûter quelque repos, et que les chrétiens, taillés en pièces à diverses fois, le laisseraient respirer quelque temps, il se vit tout-à-coup attaqué par une multitude d'infidèles que commandait le tyran Ebn Radmir. Il marcha contre lui avec tout ce qu'il put ras-
djoumada-el-awsl 488, juste an an rétolu après rétablissement do Cid à Valence et dans le mois de cet établissement, qui, par conséquent, dut avoir lieu du 18 mai au 18 juin 1094. Les Arabes ne donnent pas le jour de la prise de Valence non plus que les Chrétiens : — Prisô mio Cil Valencia , era aicxxxii, disent les Annales Toledanos II, la seule des chroniques chrétiennes qui assigne une date à l'événement. Les textes, sur ce Tait important, sont bons à recueillir, et Péciairent d'un plus grand jour : — Et indè (post caplionem Pétri régis Aro goniae) dit Roderich de Tolède (I. ti, c. 29), procedens pervenit Valenliam et obsedit. C unique ad succursum Valentis» Bucbar rex Arabum cutn exercitu advenisset, inito certamlne obtlnuit Roderlcos, et Buchar fugit tIx tUbj relietus, cwsa tameo ex suis multitudine infloita, et incontinenti civiles sereddidit Roderico, et eam habuit quoad vixit, et fuit in ea Hieronymus, de quo diximos, in episcopum coosecratus à domino Bernardo, primate archiepiscopo Tolelano. — D'après Ebn Uayan, écrivain du xite siècle, dans Casiri, t. h, p. 43 : — Aono egiras 487 (Cbristi 1094), quum imperator Alphonsut maximo adducto exercita , ad Urbem Valentiam castra posuisset, Ben Althaheros annis et ?irtuttbus plenus decessit. Feront Yalentinos post toleratam per dies aliqnot obsidionem, urbem imperator! tradidisse his nempe condilionibus : ut in primis populis tila et libertas una cura bonis servarenlur; deinde nt praetor Abi Ahmedus ben Giaphar ben Hagiaph Almoapheracos neque fort unis, neque dignilate nllo pacto deturbandos estai. Annuit lune imperator : sed anno rlx exaclo , Abi Ahmedum iota cum familia in carcerem incluait, verbera et mortem, nisi pecunlam publirara traderet , minatus. Quum autera id frustra tentasset , ad flammas eu m cum nxore et filiis damnarit, quibus tnmen Alphonsus, unanimi chrislianorum et mabomelanorum deprecalioue motus , pepereil. — Voyei aussi El Kodhaï do| Valence, qui mourut en 12&8, dans Cailrl (lbld,,p, 121).
sembler de troupes, formant environ vingt mille hommes, tant de cavalerie que d'infanterie, gens courageux et robustes, piliers de l'Islam.Ces troupes se rencontrèrent avec celles du tyran Ebn Radmir, qui étaient en égal nombre, tant de cavaliers que de fantassins. La rencontre de ces deux années, dit Ebn Houdzaïl, eut lien près de Médina-ïïuesca, sur les frontières de l'Espagne orientale (que Dieu veuille fortifier et soutenir î). Chacune des deux armées était pleine de confiance en sa force, ainsi que dans la valeur et l'adresse de ses généraux, fils de la guerre, lions enragés. Elles se présentèrent la bataille, et en la commençant, Ebn Radmir (que Dieu maudisse!) dit à ses principaux champions : — « Il faudra que vous me disiez qui des vaillans Musulmans, que vous connaissez comme nous nous connaissons, assiste et est présent au combat, et qui d'entre eux, appelé et cherché, se cache ou manque. » Il dit ensuite à d'autres, dont il nomma sept par leurs noms : — « Tels et tels remarqueront les vaillans de notre armée qui se distingueront dans cette bataille, et si ceux qui sont connus par leurs prouesses se comportent en cette occasion comme ils doivent, et font ce qu'exige leur noblesse. »> H en nomma de ceux-ci cent desjplus braves, et leur dit : « Allons, mes amis, marquons ce jour avec de la craie blanche. Courage, et en avant! » En ce moment les deux armées se chargèrent avec une résolution et une valeur égales ; la bataille fut opiniâtre et sanglante, et personne ne tourna le dos à l'effroyable mort, et ne voulut perdre son poste ni son rang , bien moins encore le terrain ; chacun voulait que son général le vit combattre à la manière du lion, à découvert et en pleine campagne, jusqu'à ce que les deux armées, fatiguées à ne pouvoir plus faire usage de leurs armes, suspendirent d'un commun accord le carnage à l'heure d'el-assar.On resta à se regarder les uns les autres pendant environ une heure, et bientôt; donnant le signal, eux avec leurs buccins et trompettes, et nous avec nos tambours, la lutte animée et sanglante recommença. Les