‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 262 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

et reçoivent en conséquence, ainsi que leurs signatures en font foi , Àly bon Yoassouf pour leur émir, en raison de l'élection et dn choix de son père, celui-ci Tayaut jugé le plus propre d'entre ses fils à l'exercice de la dignité souveraine

Aly, ayant alors été appelé en présence de son père et du meschouar, et lecture lui ayant été faite des conditions auxquelles il était déclaré héritier de son père, répondit qu'il les acceptait, et jura de les observer. Après quoi Youssouf , ayant fait à son fils une exhortation véhémente sur tous les points qu'il jugea nécessaire de lui recommander, le futur émir prêta de nouveau serment, et exprima sa ferme volonté de gouverner toujours suivant les intentions de son père, et pour la plus grande gloire du Dieu très haut. Aussitôt le wazirkateb, ou secrétaire d'état , dressa un nouvel acte certifiant que tout les assistans étaient contens de cette élection; qu'ils 1 acceptaient et la confirmaient, les présens par eux-mêmes et les absens par leurs procureurs. Le secrétaire d'état signa ensuite l'acte au nom du prince. Cette cérémonie eut lieu à Cordoue en djoulhedja 496 (du 4 sept, au 3 oct. 1 103) x.

Par les règles et conditions d'avénement que Youssouf imposa à son fils Aly en cette circonstance, relativement au gouvernement de l'Espagne, il n'en devait confier les commandemens militaires supérieurs (les charges de waliet de caïd), ainsi que les judicatures suprêmes (les charges de cadhi-al-codha) dans les places fortes et les capitales, qu'à des Morabits de Lamtouna. Il lui était prescrit d'entretenir constamment en Espagne une armée bien payée de dix-sept mille chevaux almoravides, répartis de telle sorte, qu'il y en eût sept mille à Sévi lie, mille à Cordoue, trois mille a Grenade, quatre mille dans l'Espagne orientale (à Valence sans doute), et le reste sur les frontières de l'ouest. On donnait à chacun des cavaliers

1 Voyex Aboulféda, t. m, p. 386; — CuM, X u, p. «B8-I71, et*

de ce corps d'élîte un traitement mensuel de cinq écus, outre la nourriture et l'entretien de l'homme et du cheval1. La garde des frontières et la guerre contre les chrétiens devaient principalement être confiées aux Musulmans espagnols, comme plus exercés et plus expérimentés dans ce genre de lutte que les Africains. Pour entretenir le zèle des Audalous, Youssouf recommanda à son fils de récompenser ceux qui se distingueraient à la guerre par des dons d'armes, de chevaux, de vêtemens et d'argent; il lui donna en outre le conseil de ne pas faire la guerre sans nécessité, pas plus en Espagne que dans le Maghreb, de traiter toujours avec honneur les Musulmans audalous, surtout ceux de Cordoue; enfin, d'éviter toute collision avec les Bény Houd de Saragosse, qui étaient comme le mur d'abri et de défense des Musulmans contre les chrétiens du Scharkya a.

Toutes choses ayant été réglées par lui de la sorte en Espagne, Youssouf partit pour Ceuta, parcourant les Tilles et les bourgs, et s'arrètant partout pour écouter les plaintes et les griefs, et rendre la justice, conformément à sa haute dignité, dit un de ses biographes. Son passage à Lucena fut marqué par un incident assez curieux. Les Juifs étaient nombreux dans cette ville d'Andalousie. Ebn Moscharra el Kortouby, écrivain andalou, ayant avancé, dans un de ses ouvrages, que les Juifs, au temps du Prophète, avaient promis de se faire musulmans si, à l'arrivée de l'an 500 de l'hégire, n'était point encore paru le messie qu'ils attendaient, les Musulmans de Lucena leur rappelaient, aux approches de l'an 500, la prétendue promesse de leurs pères, avec une insistance qui ne laissait pas de les inquiéter. Ils en appelèrent en conséquence à l'émir Youssouf à son arrivée à Lucena; celui-ci les renvoya à son wazir etcadhy Abdallah ben Aly. Les Juifs de

1 Suivant El Kodaï. Yahya dit que, en eas d'urgence, celte armée devait être pourrie el logée gratis par les ville* .

2 Yahya, c. 53.

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