CHAPITRE VINGT- SEPTIÈME
du comte Raymond, dont son aïeul ne prenait nul soin, en haine de son père z. Il ne régla rien en faveur de cet enfant; et, pour aviser aux mesures à prendre à regard d'Urraca, il appela près de lui l'archevêque de Tolède et les autres évêques et abbds de son royaume, et résolut avec eux d'unir sa fille à Alfonse, roi d'Aragon. Alfonse d'Aragon ayant été appelé, ce qu'on avait décidé eut lieu. Il épousa Urraca, et l'emmena avec lui dans son royaume a.
Le roi, déjà malade, comme nous l'avons dit, lorsqu'il avait envoyé son fils à Uclès, s'affaiblissait et dépérissait tous les jours. Il était depuis près d'un an valétudinaire. Par le conseil des médecins toutefois, il montait chaque jour quelque peu à cheval ; ils pensaient qu'habitué comme il l'était aux travaux et aux fatigues de la guerre, l'exercice lui serait favorable3. Mais, vers la fin de juin 1 109, il se sentit plus affaissé et plus souffrant qu'à l'ordinaire. Il envoya chercher l'archevêque Bernard et ses frères en saint Benoit, et passa les derniers jours de sa vie presque uniquement dans leur compagnie. Enfin, dans la nuit du mercredi 30 juin au jeudi 1er juillet, il expira, plein de grâces et de jours, à l'âge de soixante-quatorze ans, dont il avait régné quarante-trois et six mois. Sa mort remplit Tolède de douleur et de trouble; les citoyens le pleuraient, et s'écriaient, à la nouvelle de sa mort:— « Pourquoi, berger, abandonnes-tu tes brebis? Maintenant, les Sarrasins et les médians vont envahir le troupeau et le royaume commis à ta garde.» Alors, les comtes et les guerriers, tanttnobles
1 De qao, qaia cornet Raimnndoj non fuerat in régis oculis grattant, quasi ejui immemor non curabat.
2 . . . . Vocalo Toletano primate, et céleris episcopis el abbatibui regni •al, decroTit cam eia, ut filia ejus Urraca Aldefonio Regt Aragoniœ matrimonio
]uDgeretur,et vocalo rege Aragon uni, qaod decreveraot impleverunl AMe-
fonsus rex Aragoni» uxorera suam in Aragoniam secutn duxil.
3 Cumque ei vit» terminus immineret, fere per annum infirmitate chronica tenebatur, et tamen conailio medicornm colidio aliquantulum cquilabal, ut laboribus assuetus exercitio foverelur (Rod. Tolet., I. ti, c. W).
que simples hommes d'armes, ensemble avec les citoyens, dépouillés de leurs cheveux et les vétemens déchirés, et les femmes, les traits eu désordre et couvertes de cendre, avec de grands gémissemens et une grande douleur de cœur, poussaient des clameurs jusques aux cieux. Le primat Bernard, avec les magnats et un immense concours de peuple, célébra les obsèques pendant vingt jours ; et, parce que, dit l'arche véque Roder ich, le roi mort, Bernard désespérait de la eouscr vation de la ville, ted quia de tuitione civitatis rege mortuo non sperabat, il en fit transporter le corps sur le territoire de Céa, au monastère des saints Facund et Primitif, au milieu des louanges et des hymnes
Le règne d'Alfonse se partage en deux époques : Tune embrasse le temps qu'il régna à Léon ; l'autre, celui qu'il régna en Gastille. La première commence à la mort de sou père en 1065 ; la seconde, à la mort de son frère Sancho, en 1072. Pélage d'Oviédo lui attribue quarante-trois ans et six mois de règne ; ce qui doit s'entendre de tout son règne depuis la mort de son père sans interruption ; et il y a bien en effet les quarante-trois ans et demi dont il parle, plus quatre jours, depuis le 27 décembre 1065, que mourutson père Ferdinand, jusqu'au 31 de juin 1 109, jour de sa propre mort Comme roi
i Ipse vero glorlosus rex rixit lxiit annls, et annit xun et ti messibus ex eis in rcgno. Obilt kalendis julii Toleli era mcxlvii, quinta feria illucescenle, flenlibus candis ciribus, et dicentibus : Cor pastor ovcs deseris? Nam commandât um Ubi çregem el regnum invadent cnncU Sarraceni, el nulefoli hominef. Tune comités et milites nobiles el içnobiles, sire et cives, decalralls eapilibus, scissis vestibus, rnpla facie mulierum, aspero cinere cura magno çemitu et dolore cordis dabant Toces usque ad ccelos. Post xx autem dies dednxeninl eum In territoriumCei», et omnes episcopi, atque arcblepiscopi, tant eeclesiasticus ordo quam sncnlaris, sepeliernnt presdiclnm regem in ecclesia sanciorurn Facundi et Primiliri cum landibns et hymnis (Pelag. Oret. Cbr., nom. 15). — On lit dans les Annales de Tolède (Toledanos lerM, p. 588) : Mario el rey D. Alfonso, el qae tomôà Toledo de Moros, dia de mercores, el p os trimer dia do jonio, era xcxlyii. Dans la vérité, Alfonse ne mourut ni le dernier jour de juin ni le premier jour de juillet de l'ère IU7, mais dans la nuit de Vnn 4 l'antre, de la if férié (mercredi) 80 juin i la férié (jeadl) i« Juillet H09, dont le eycle solaire fut 26, et la lettre dominicale C.