‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 272 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

de Léon, il régna six ans, et demeura près de l'émir El Màmoun, en exil à Tolède, une annéje entière.

Le roi avait exprimé, près de vingt-neuf ans avant sa mort, étant à Léon, le désir d'être enterré à Sahagun, par un rescrit adressé à ce sujet aux villes et aux magnats de ses royaumes, et dont voici la teneur : — «Alfonse,par la grâce de Dieu, empereur des Espagnes, à tous les comtes, ducs et magnats à moi soumis, salut. Vous savez que je me suis attaché, de tout mon pouvoir et avec tout le zèle possible, à agrandir le vénérable lieu consacré aux saints Facund et Primitif, afin de l'exalter, moyennant la miséricorde et le secours de Dieu, et par le saint culte de la religion, jusque-là que, le voyant précédemment comme enseveli sous la puissance séculière, j'ai voulu qu'il ressuscitât en quelque façon de la mort du siècle à la liberté ecclésiastique. La miséricorde divine ayant favorisé les pieuses intentions de mon cœur, j'ai choisi ce lieu pour y reposer enseveli après ma mort, afin de lui témoigner, décédé, l'extrême affection que je lui ai vouée vivant. Testament fait le jour de samedi deuxième ide de décembre de l'ère MCXVIII (12 décembre 1080). Alfonse, empereur de la ville de Léon et de toutes les Espagnes1. »

Alfonse se montra toujours, depuis, fort dévot à la règle de saint Benoit, et telle était, vers 1093, son affection pour cet ordre, et particulièrement pour le monastère de Cluni, qu'il en fit élever à ses frais la principale église, et envoya pour cela à Cluni des sommes considérables ; il eut un moment lui-même

< Aldefonsus gralia Del nigpanlarum imperator , omnibus comitibus , ducibus, magnatibus mihi sucedentibus salulem. Norerilis raè oroni pietatis slodio sategisse ut toc uni veoerabilem sanctorum Facundi et Prtmitivi, ut sanclœ rcligionis cultu Deo miserante, et auxilianle aublimarem, qualenus qui bumana erai aub potestale sepultus, per me quasi a morte reaoscitaretur eccleiiastic» libertati donandus : cumque talia cogitantl miseratis diTina faTisset piamque , mei cordif toluntatem meara ibi tumulatus requieieerem, quatenua qui in tita nimio amore dilexi, etiam defuncius foTerem. Datum hoc lostaraootum die aabbatum m idus deccmbrii. Er« hcxtiu. Adcfonsus Lcgioneasu urbis, totiosque Uispani» imperalor.

envie de s'y faire moine, et de tout quitter pour aller vivre sous l'obéissance de l'abbé de Cluni; ce qu'il eût fait, dit-on, si l'abbé n'eût jugé plus à propos de le retenir quelque temps en habit séculier1.

En Espagne il dota et protégea, avec un zèle et un dévouement extrêmes, les églises et les monastères desservis par des moines de saint Benoit, presque tous tirés de France, comme Bernard, Jérôme et Maurice Burdin. Il prodigua l'or et les richesses de tout genre au monastère de Sahagun. Il réédifia, sur la rive gauche du Tage, le monastère de SaintrServand et de Saint-Germain, frères et martyrs, sur le petit mont ou ravin qui est en face de la ville, près d'un vieux château, et il y mit des moines bénédictins que le légat Richard fit venir de son monastère de Saint-Victor de Marseille. A Tolède il édifia deux monastères de bénédictines, l'un dédié à saint Pierre, au lieu où est maintenant l'hôpital du cardinal de Mendoça, l'autre sous l'invocation de saint Dominique de Silos, appelé depuis Santo-Domingo-el-Viejo. Il fonda à Burgos et dota le monastère de San Juan de Burgos sous la même règle.

Cet Àlfonse fut le père et le défenseur des églises d'Espagne, dit Pélage d'Oviédo. Il se montra terrible aux malfaiteurs. Un ordre si parfait régna sous lui , ajoute-t-il , qu'une femme seule, portant de l'or ou de l'argent dans ses mains, pouvait parcourir toute la terre d'Espagne, tant les lieux habités que les lieux déserts, tant les champs que les monts, sans rencontrer qui la touchât ou lui fit le moindre mal3.

1 1093. Uis temporibus rcx Il lapa ni» Aldefonsus, in contersatione ClunUcensis abbalis obedieoliarius... Ipso eliam Cluniaci majorem ecclesiam à fundamentis œdificaret ; ad cujas ecclesiœ wdificalioncm infinitam pecuniam Clonlacum direxit : qui etiam jamdudum »e ibidem monacbum fedaael, si dominas abb&s eum sob aecalarl habita ad tempos retlnere non satina joaicaret.

2 Tanla pax fuit in diebiu qui bus ipse régna vil, ut ona aola muiier, portant aurum \elaryenium in manu tua per omnem terram Hispaniœ,lara babitabilem quam inhabiubilem, in raontibui vel in campis, non invenirel qui eam langcrel Tel aliqold mail ei faeeret (Pelag. Oyet. Chr., nom, 12),

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Aiïonse, fils de Ferdinand, s'est fait par ses œuvres nne large place dans l'histoire, et a mérité le surnom de lumière et de bouclier de l'Hispanie. Vir bellicosus et sapiens,— rex et miles strenuissimus, disent les chroniques françaises de Saint-Maxence et deFloracx.Il livra en personne trenteneuf batailles rangées aux Arabes et demeura vainqueur dans la plupart. Le premier des rois d'Espagne, il prit, dans ses lettres et dans les privilèges qu'il accorda, le titre d'empereur; dans la charte octroyée aux Juifs de Léon en 1088, il s'intitule Empereur et roi, par la grâce de Dieu, de toute l'Hispanie*.

Alf onse d'Aragon et la reine Urraca de Castille, sa femme, à qui, depuis la mort de Sancho, appartenait, suivant l'opinion du temps, l'héritage de son père 3, étaient absens de Castille quand mourut Alfonse, et le comte Pierre Ansurez, l'ancien compagnon d'exil du roi à Tolède, seigneur deValladolid, qui était chargé d'ans et estimé grand et noble par ses pairs entre tous les seigneurs du royaume, par la volonté unanime de ces mêmes grands réunis en Cortès, fut chargé du gouvernement provisoire du royaume, jusqu'à ce qu'il y eût été pourvu d'une manière définitive. Dans le premier moment,

• Dans dom Bouquet, Script. Rer. Franck., t. xii, p. 7 et 499. * * Il prit le titre d'empereur dés le commencement de ton second régne, bien avant la conquête de Tolèdn, en 1077, dans nne charte sous la dalo dn 28 de mars, par laquelle il fait grâce au monastère de Saint-Vincent d'0vlédo, de la dîme que ce monastère payait au roi. Il signe : — Ego Adefonsus, imperator tollus Disparité in banc cbarlam manu me a conflr. — Dans Père 1117 (1079), le 3 septembre, en an acte par lequel il soumet le monastère de Sainte- Marie-Roy aie de Najera, à celui de Saint-Pierre de Clnni ,11 s'intitule de même. Dans l'ère 1128 (1088) le 22 février, annexant un hôpital à Burgos, a l'église de Saint- Jean-Baptiste, il signe : Bex et Imperator totios Uiapanias. Dans l'ère 1125 (1087), accordant nn privilège d'exemption de tribut à un moine de 8aint-MHlan, appelé Ferrand, il dit dans la date : Facla charta apud urbem Burgensem, etc. Et ego Adefonsus ab ipsoDeo constituons imperator super omnes Hispaniaj nationea. Et ainsi de suite Jusqu'à sa mort.

3 Anno Max..- item obtit Hildefonsus rex Hispanlarnm, ei remansit Euraeba ûlia ejui in loeoioo, quia fiilus suis, quem supra diximos, obierat (ei Cor*. nicoS.Maxentii,adannnm 1109).

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l'esprit d'indépendance locale se manifesta par quelques expéditions spontanées contre les Ârabes.C'est ainsi que les Conseils de Madrid, d'Avila et de Ségovie se réunirent secrètement au mois d'août, et tentèrent d'enlever par surprise Àlcala aux Musulmans; mais comme le château de ce nom s'élevait alors sur le Cerro de Zuléma, de difficile accès, et que d'une autre part les Musulmans des lieux circonvoisins prirent les armes pour secourir leurs frères assiégés, les conseils de Madrid, d'Avila et de Ségovie s'en retournèrent sans avoir pris Alcala.

Par la mort du roi cependant toutes choses furent remises en question en Espagne. Les Arabes se ranimèrent dans l'ouest et tentèrent immédiatement de reconquérir Lisbonne, Coïmbre et Santarem ; des troupes nouvelles envoyées par Aly ben Youssouf passaient la mer avec le projet de reprendre Tolède, Avila, Ségovie, et tout ce que le roi avait gagné de terrain dans ces derniers temps.

Déjà pourtant , l'homme qui devait arrêter les progrès et consommer la ruine des Almoravides était né; le Mahdv était

venu étudier à Gordoue, et en était parti pour aller étudier en Orient, dans les premières années du règne d'Aly. Nous le verrons bientôt revenir dans le Maghreb, armé des doctrines d'El Ghazaly, et y entreprendre, avec le jeune Abd el Moumen, la fondation du nouvel empire des Mowahhids (Unitaires) , connus sous le nom d'Almohades, destiné à succéder à l'empire des Morabits, et à exercer une influence dominatrice égale sur la Péninsule. Les Almohades viendront, comme les Almoravides, y continuer la guerre aux chrétiens et l'oppression plus ou moins déguisée des tribus musulmanes arabes-andalouscs. A la différence près du nom et de quelques .principes religieux au fond assez mal définis, sous la dynastie d'Abd el Moumen comme sous celle de Youssouf , ce sera encore et toujours , en effet , la race berbère qui prévaudra, qui remplira la scène et exercera la souveraineté.

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