CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
leva quelques privilèges onéreux au peuple ; en quoi il montra une droiture et une sévérité de caractère peu communes en ce temps de corruption et de désordre, mais qui lui réussit mal. Les Zénètes surtout en murmurèreut; ils disaient qu'El Mostadhir aurait dù se faire scheik des solitaires du désert plutôt qu'émir de Cordouc. Mohammed, le cousin du khalife, profita de ces dispositions de la garde. A laide de ses richesses, de sa popularité, et fort de Y appui de quelques jeunes gens légers se plaisant aux désordres de tous genres, il concerta avec ces troupes le renversement d'El Mostadhir. Le complot éclata le 27 de djoulkadah (9 février 1024); ils assaillirent en foule l'appartement royal, dans la matinée, avant que le khalife fût levé. Ils assassinèrent les Slaves qui gardaient et défendaient la porte. Le khalife, au bruit des épées et aux cris des Slaves, s'éveilla, et se défendit quelques temps avec son épée, jusqu'à 06 qu'il tomba sous les coups pressés des conjurés, qui le mirent inhumainement en pièces; ils se répandirent ensuite dans les rues, avec leurs cimeterres ensanglantés, et les par-, coururent en proclamant tumultueusement Mohammed, sans négliger de massacrer dans leurs maisons les wazirs et les scheiks du parti opposé, dont ils enlevèrent les richesses. Le peuple, les généraux, les cadhis et les katebs assistèrent, surpris et intimidés, à cette violente proclamation, sans qu'il y eût, dans une si populeuse cité, assez d'union, de force et de résolution pour s'opposer à celte tourbe, ou pour venger le sang innocent du malheureux £1 Mostadhir, qui, digne d un meilleur sort, n'occupa le khalifat qu'un mois et dix-sept jours1.
L'usurpateur Mohammed ben Abd el Rahman ben Obcïdallah reçut de ses partisans le titre d'El Moslakfy Billah
» Omniom cooieoflu, rcx conétituilur anoo aMatij auœ nin, cl Egir. 411, qao ipso insidiit barbarorum, qui illum inopinantciu adorli »unl , inlcrfeclua cise Iradilor, poatquam dira tantum xlyïi regnasscl (C;uiri, t. », I. c.). . -f
(celai à qui Dieu suffit). Les largesses qu'il fit aux soldats de la garde, à sou avènement, lui gagnèrent d'abord leur affection. Il étendit leurs privilèges au lieu de les restreindre, leur accorda des tables plus splendides, des armes et des vêtemens recherchés, distribua les gouvernemens et les emplois du palais à ses partisans de noble race, et, se croyant désormais en sûreté, ne s'occupa plus qu'à faire réparer les jardins et le palais de Zahra, et à vivre dans les délices et les plaisirs. Livré à mille soins élégans, occupé de vers, de poésie, de musique, il ne prit nul souci du gouvernement des provinces non plus que de la défense des frontières. Les walis et les alcaïds se regardaient comme des maîtres absolus, et disposaient librement des revenus et des produits de toute espèce. Rien n'était envoyé à Cordoue, ni les revenus dits du zékat, provenant de la dîme prélevée sur les fruits de la terre et sur les produits du crû des troupeaux et de l'industrie, ni ceux du kharadj,ou droits d'entrée et de sortie, pas plus que ceux du taadyyl, ou capitation, prélevés sur les boutiques et les marchés pour droit de vente, droits que payaient particulièrement les chrétiens et les juifs. La caisse ou trésor du diwan-el-ata, destinée aux récompenses et gratifications des bons services, fut bientôt épuisée par les libéralités du khalife. Ses immenses richesses particulières suffisaient à peine aux prodigalités de la maison royale. En dépit de la misère publique, les percepteurs des revenus de l'état vexaient les peuples de l'Andalousie, accablés d'impôts et d'exactions jusque-là inouïes. Ces gabelles produisaient beaucoup; mais cela ne suffisait pas aux dépenses publiques, par le manque absolu de recettes provinciales. Mohammed ne songeait qu'à donner des fêtes et des banquets, à s'entretenir de poésie et de vers, occupation assurément fort louable, si elle ne l'eût distrait des soins du gouvernement, qui ne comportait point pour lors cette exclusive culture. Il passait toutes ses journées à Zahra, en-