‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 33 sur 282 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

touré de poètes et de savans, à entendre des lectures et à applaudir les chansons de son wazir Ebn Zeydoon, qui, plus heureux qu'Ovide, pouvait chanter la fille de son maitre sans lui déplaire. La belle Habybah elle-même, c'était le nom de la fille du khalife, objet des meilleurs chants de Zeydoun, et dont il était fou, pour parler comme le chroniqueur arabe, était poète, et charmait son père par ses chants et par sa manière de dire les vers. On a d'Habybah quelques poésies qui permettent de la considérer comme la Sapbo des Arabes *. Quant à Zeydoun, il tient, sans contredit, un des premiers rangs entre les poètes les plus célèbres de la littérature orientale, et ses meilleurs poèmes, savoir les deux lettres en vers intitulées Zeydounia et Djehwaria, datent de ce temps. La première est écrite au nom d' Habybah à Ebn Abdous, qui la voulait pour épouse, et à qui on l'avait refusée; elle y expose les motifs qu'elle a de ne point vouloir de lui, avec toute la liberté de la satire antique, et néanmoins avec une exquise délicatesse et beaucoup de ce

i Morphy rappelle Valada, p. 252:— Who is considérée! as Ihc arabisa Sapbo: endowed with equal beaoty and genius, slic dovoled herself enlfrely to the si ad y of rholoric and poelry, and cullJvaled iho friendship to Ibc most eminenl poels of her lime in whose conversation sue took great delight. — Casiri nous fait connaître d'elle une courte épigrnmme, tirée de ses œuvres conservées manuscrites à PEscurial, épigramrnc qui fait honneur à la fois & son talent et a sa pudeur, et dont le savant Syro-Maronlte nous a donné la traduction latine littérale, vers pour vers :

Asjnrtus noster veMra vulncrat corda:

V ester el aspwtus noMras foril genas.

Pto Tulnere vulnns : lam parcs ergo Himns. AUataeu geuanim vulaus acerblm semper eril.

Masdeu les a traduits en castillan comme il suit :

Yo ron mis oh>9 Os hiero cl peebo; Y ml mailla Vos coq !os meslTOT.

Son do* heridas, Masj no île on modo :

Mi rortre sirfre tiolpe y sodtoJo.

que les Espagnols appellent agudeza l. Ce fut pareillement sous Mohammed cl Mostakfy qu'il composa son fameux poème intitulé El Nounya, parce que toutes les rimes finissent en noun. Abou el Walid ben Zeydoun devint par la suite wazir de Motadhed ben Abèd, émir de Séville, et mourût dans cette Tille en 463 (1070). Sa réputation passa d'Espagne en Orient, et ses poésies y devinrent si célèbres qu'on les apprit et chanta par cœur dans les palais des sulthaus d'Arabie et de Perse. Ahmed cl Rabschya, dans son histoire de Timour , pour mieux louer les poésies d'un seigneur du Torkestan, dit : Il chantait a sa bien-aiméc des vers qui faisaient oublier les ghazélyas Zeydoun i en nés. D'autres poètes remarquables, et qui ont aussi conquis leur place dans la poésie orientale, bien qu'avec moins d'éclat, fréquentaient encore les maghlisas de Mohammed el Mostafky. L'histoire nomme Abd el Melek ben Zeydatallah cl Tahny, célèbre en Afrique, en Egypte, cri Syrie et en Arabie par un recueil de poésies dédié à notre khalife, et par son livre sur les coutumes arabes. Abd cl AVaheb Abou el Mokeyrah, vfazir de la grande mosquée, lui dédia aussi un recueil de poésies, et Abdel Wahydy de Cordoue, wali-el-kodhah de Schatybah, originaire de Cabra, ses élégans discours en prose et en vers; l'illustre poète Abou Khaleb ben el Tarés, une collection de poésies à sa louange, et Abou el Schoulim de Béja, qui habitait Séville, ses plus célèbres chansons2.

Mohammed était, à le bien prendre, un homme doué de qualités éminentes, et digne du khalifat dans des temps moins critiques. Il regrettait, dit-on, qu'on ne procédât point avec ordre et justice à la perception des impôts que l'on

I Toutes les deux ont été imprimées eu arabe et en latin par Reiske , Leipsig,l7K3, et réimprimées en 1770 & léna, dans la Cbrcstoroathie de llirx. Elles existent en manuscrit dans la Bibliothèque Bodleiennr, sous les n°12<0. 1211 et 1281. Voyez aussi Casirl, 1. 1, p. 100.

* Condc,c. lis.

Page 1