CHAPITRE DIX-NEUVII
lirait du peuple ; mais il ne pouvait empêcher les vexations que se permettaient arbitrairement les collecteurs. Il en vint à manquer d'argent pour les choses les plus nécessaires, et, quoique naturellement libéral et généreux, prodigue même, il se vit taxé d'avarice et d'avidité par le peuple et par ses gardes, par l'un à cause de ce qu'il pavait, par les autres à cause de ce qu'ils ne recevaient pas. Les calamités publiques s'aggravèrent ; si bien que ceux-là mêmes qui l'avaient placé sur le trône étaient déjà impatiens de l'en précipiter. Mohammed n'osa bientôt plus habiter Cordoue. 11 vivait retiré à Zahra ; mais il n'y était pas non plus en sûreté. Les mécontens excitèrent la multitude; elle s'attroupa, se mutina, assiégea les maisons, dos wazirs et des cadhis, demandant à grands cris la tète de quelques-uns, la destitution des autres, et bientôt la mort du khalife luimôme et de ses hadjebs. Averti par des généraux de sa garde, restés fidèles, d'une attaque préparée pour le lendemain, Mohammed sortit de Médina-Zahra, au milieu de la nuit, avec sa famille, sous la conduite d'une faible escorte de cavalerie africaine, dont la plus grande partie l'abandonna en chemin, et parvint à se réfugier dans le fort d'Uclès, au pays de Tolède, juridiction de Médina-Sélim, où il fut recueilli et fort bien traité par l'alcaïd qui y commandait, Abd cl Rahman ben Mohammed ben Sélim ben Saïd ben el Mondhir, fils et petit-fils des généraux qui avaient gouverné le pays depuis le temps d'Abd cl Rahman III; mais il y périt peu après pour avoir mangé d'une poule empoisonnée, sans qu'on nous dise de quelle main, vers le mois de rabi-el-akher 416 (mai ou juin 1025), suivant nos calculs, après un règne de seize mois et vingt-deux jours1.— Le jeudi 1 3 de djoumadah-
• Regnavit Mahomet ono anno mentibna qoaluor, diebus viginli duobus { Roder. Tolet., c. 40). — Conde iodiquo par erreur Tannée 41». Si le règne de Mohammed fui de dix-eepl mois, comme il le dit lol-mème , Une put commencer dan» l'avanl-dcrnler mois de l'an 4H, en dioulkadah,et finirrannéeauiYanus.Or,
el-awal de cette môme année, mourut à Gordoue Abdallah ben Rabyah el Corthoby; il fut enterré à l'aube du jour de ajourna, avec un très grand cortège, dans la maison de Schohaïd. On ne le porta point à la Makbora par crainte des Berbers, qui, dans ce temps, infestaient les environs de la cité».
A la nouvelle de la révolution qui venait de s'opérer à Gordoue, les partisans de l'ex-khalifc Yahya ben Aly ben Uammoud étaient accourus à Malaga , et l'avaient excité à venir avec ses troupes occuper Gordoue et s'emparer du khalifat, qui lui appartenait, disaient-ils, par suite des dernières dispositions de l'émir Hescham el M ouwayyad en faveur de son père. Yahya gouvernait ses états de Malaga, d'Algéziras,de Ceuta et de Tanger, avec beaucoup de modération et de justice; ses peuples l'aimaient, et, désirant son élévation, jurèrent de le porter au khalifat d'Occident; c'est ainsi que, plus par la volonté de ses partisans que par la sienne propre, il partit pour Cordouc. Les principaux habitons, fatigués de la tumultueuse anarchie qui les déchirait, crurent qu'il saurait y mettre un terme, et s'empressèrent de lui manifester leur adhésion. La ville entière se mit en mouvement pour le recevoir. Il descendit de cheval à la porte de la grande mosquée, et, après avoir fait sa prière dcl-dohar, se promena dans les principales rues et fut reconduit au palais au milieu des cris de fête du peuple. Ainsi reconnu, il écrivit aussitôt aux walis, gouverneurs des provinces, pour qu'ils vinssent à Cordoue lui jurer obéissance. Mais les plus éloignés s'excusèrent sous de spécieux prétextes, et les plus voisins témoignèrent ouvertement qu'ils ne le reconnoissaient pas pour khalife, mais pour un intrus appelé par un parti qu'ils méprisaient. Au nombre de ceux qui se
on Ironie dans Condc,à quelque! lignes de distance, ce disparate, commo disent les Espagnols.
I Coude, c. Iltt.