CHAPITRE DIX -NEUVIÈME
prononcèrent de la sorte était le wali de Sëville, Abon el Kasem Mohammed ben Abêd, qu'une rivalité de voisinage animait particulièrement, à ce qu'il semble, contre le maître d'AIgéziras. Yahya, voulant faire un exemple, ordonna aux aloaïds de Xérez, de Malaga, de Sidonia et d'Arcos, de marcher contre Sëville, et alla les joindre avec les troupes et la cavalerie de Cordouc.
Or, il est à propos de dire ici quel était ce wali de Séville, et quelle était sa race ainsi qne son caractère. C'était Mohammed ben Ismayl ben Koraïsch ben Abêd, surnommé Abou el Kasem; il avait été cadhi de Séville. Sous Kasem ben Hammoud, il avait, par sa prudence et son habileté, obtenu tout ce qu'il avait voulu, et avait été fait gouverneur de la province. A la chute de Kasem, Mohammed ben Ismayl s'était emparé de la souveraineté de Séville et de ses dépendances, où il possédait d'immenses domaines, et avait décliné dans ces derniers temps l'autorité des souverains qui, tour à tour, avaient pris le titre de khalifes à Cordoue. Telle fut l'origine du royaume de Séville et de la dynastie des Bény Abêd, dont la famille était d'ailleurs une des plus illustres parmi les Arabes. Mohammed était fils d'Ismayl ben Mohammed ben Ismayl ben Koraïsch ben Abêd ben Ahmer ben Aslam ben Ahmer ben Ithaf ben Naïm. Ithàf était passé en Espagne, avec son père Naïm, lors de la venue de Baledji ben Baschr cl Koraïsehy ; il était d'Hémèse (Hems) en Syrie, et de la tribu de Lakhmi, originaire d'Alaris, hameau entre l'Égypte et la Syrie, sur les confins d' Aidjifer. Il s'établit en Espagne à Caria Djousmyn, au territoire de Taschéna (Tocina), dans la juridiction de Séville, sur les bords du grand fleuve. L'arrièrcpctit-fils d'Ithàf, Abéd ben Ahmer ben Aslam ben Ithâf ^s'établit, le premier des siens, à Séville, y exerça un immense commerce, et y fonda la puissance d'une maison, qui, depuis, ne fut plus désignée que par son nom. Les Bény Abêd étaient fiers de cette origine, et quatre générations après Abêd, Is-
uiayl bon Mohammed ben Ismayl ben Koraïschben Abed était, au rapport d'ïibn Hayyan, le plus riche, le plus fastueux, le plus libéral, le plus savant, le plus aimable, le plus brave et le plus puissant des cavaliers de l'Andalousie, vivant à Séville avec un faste et une ostentation peu différens de ceux des rois, et donnant asile dans sa maison aux plus illustres proscrits de Gordouc. Personne ne l'égalait, en Andalousie, en libérante ou par le nombre des esclaves, dit Ebn Hayyan. Ismayl avait un esprit rusé et beaucoup d'instruction; il était brave cavalier, d'un courage ferme, d'une feinte candeur, et il avait toujours atteint sûrement sou but. H avait élevé son fils Mohammed dans la même politique, et lui avait appris de bonne heure à surmonter les plus grandes difficultés.
Mohammed, apprenant que Yahya marchait contre lui, prit habilement ses mesures. Instruit par ses espions que l'armée devait passer près de Ronda, il se porta en toute hâte à sa rencontre, plaça ses meilleurs cavaliers en embuscade, et, avec le gros de ses cavaliers et plusieurs compagnies d'infanterie, s'avança sur les terres de son adversaire jusqu'à ce qu'il l'eût rencontré. Les éclaireurs de l'armée de Gordoue combattirent contre ceux de Séville; dans une de ces escarmouches vinrent à se mêler les forces de Yahya et celles de Mohammed ; mais, par un stratagème de celuici ses troupes cédèrent peu à peu le terrain, et allèrent en se retirant pendant le combat , feignant leur défaite et leur fuite , pour amener ceux de Gordouc où était dressée son embuscade; ils attaquèrent alors avec beaucoup de valeur et d'assurance ceux qui les poursuivaient, et les cavaliers embusqués, se montrant, entourèrent de tous côtés ceux de Gordouc. Yahya, au plus fort de la mêlée, reçut un coup de lance qui le cloua à la selle de son cheval; atteint de plusieurs autres blessures, il tomba mort. Tel fut le sort de ce khalife, le dernier de la race d'Édris et des Bény llammoud. La bataille où il périt eut lieu le 7 de mohar-