‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 36 sur 282 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

rem 417 (27 février 1026). Yabya avait régné environ un an la première fois, et sept mois à pen .près la seconde1. Ebn Abéd lui fit couper la tète, qu'il envoya à Sé ville avee la nouvelle de sa victoire ; les cavaliers de Cordoue et les troupes de Malaga se retirèrent tristes et découragés.

À la nouvelle de la défaite et de la mort de Yabya ben Aly, les scheiks principaux s'assemblèrent à Cordoue, et, . par les conseils d'Abou el Houzam ben Djehwar, un des premiers wazirs de la ville, proclamèrent khalife Hescham ben Mohammed ben Abd el Melck ben Abd cl Rahman el Nassr, frère aîné de l'avant-dernier Abd el Rahman (£1 Mortadby), et arrière-petit-fils du plus illustre khalife de ce nom, sous le titre de Motadd Billah,à la fin de rabi-el-awal 4 17 (20 mai 1026), après trois mois à peu près d'interrègne. Hescham ben Mohammed était de quatre ans plus âgé que son frère £1 Mortadby; il était né en 364, et était, par conséquent, dans sa cinquante-troisième année. Lors des derniers troubles, fuyant les Bény Hammoud, il s'était retiré près d'un ami, nommé Abdallah ben Rasem el Fehri, alcaïd de la forteresse d'Albonte (Alpuente selon toute apparence, ville du royaume de Valence). On l'élut à Cordoue en son absence, sans brigue ni recherche de sa part. Aussi, lorsque les messagers de Djehwar vinrent lui annoncer le choix volontaire qu'avaient fait de lui le diw an et le peuple de Cordoue, sage et modéré, au lieu de se réjouir, refusa-t-il de quitter sa retraite et de se rendre aux vœux de ceux qui l'appelaient. Il répondit aux envoyés qu'il remerciait le peuple de Cordoue de l'affection et de l'amour qu'il montrait pour sa personne et sa famille; mais qu'il ne pouvait charger ses épaules du pesant fardeau du gouvernement. Ce ne fut qu'après plusieurs mois d'une résistance que tout porte à croire sin-

> U'aprés Roderich de Tolède 3 moie et 20 joors seulement : — Regnavit (ileratim) Byayc mensibus triboi et diebui ?lçinli (Roder. Tolet., c. 4&).

cèrc, et vivement pressé par une députation des principaux Ahmérydes de Gordone, que, vers la fin de 1026, il accepta les insignes et les litres d'imam et d'émir. Toutefois, il ne put vaincre sa répugnance au point de se rendre d'abord à Cordouc. Il en laissa le commandemeut au wazir Djehwar, par l'influence duquel il avait été fait khalife, et qu'il nomma son badjeb; et, pour justifier son absence de la capitale du khalifat, dont F éloignait, à ce qu'il semble, quelque ancienne • et fâcheuse impression, il forma une armée de frontières ou d'cl-djihed, en prit le commandement au commencement de 1027, et fit pendant près de trois ans, avec des succès variés, la guerre aux infidèles, qui, à la faveur des dernières guerres civiles, avaient étendu leurs domaines et considérablement avancé leurs limites sur les terres musulmanes, tant du- coté de la Catalogne que du côté de la Castille et de la Galice. La lutte paraît surtout avoir été très vive dans cette dernière contrée. Le jeune roi de Léon, Àlfonse V, y perdit la vie de vant Viseu. Il avait imprudemment quitté sa cuirasse, et faisait le tour de la place à cheval pour la mieux reconnaître, lorsqu'un arbalétrier musulman lui lança du haut des remparts une flèche qui l'atteignit mortellement1.

Durant son séjour aux frontières, Hescham encouragea fort une institution qui parait avoir été la source des ordres religieux militaires: il vit et traita avec honneur le scheik ou commandeur d'une de ces communautés guerrières, savoir le caïd Hescham ben Mohammed el Hyllel el Kaïsy de Tolède. C'était un homme vaillant, vertueux et austère, jeûnant avec une rigoureuse exactitude, célébrant avec magnificence la Idalfitra ou Pàque de la fin de ramadhan, avec ses guerriers de frontières, et dépensant en ce jour toutes ses épargnes de l'année avec les troupes de sa forteresse. Les soldats particulièrement dévoués qu'il commandait s'appe-

• Voyei el-aprés son épilaphe et son histoire.

Page 1