CHAPITRE DIX-HEUVIÈ
laicnt rabits, ce qui proprement vent dire solitaires. Ces rabits ou guerriers de frontière professaient une grande austérité de vie, et s'adonnaient volontairement à l'exercice continuel des armes, s'obligeant par vœu à défendre leurs frontières des algarades, incursions et chevauchées des Almogawares chrétiens. C'étaient tous des chevaliers d'élite , rompus aux fatigues de la guerre ; ils ne devaient jamais fuir, mais combattre avec intrépidité et mourir, plutôt que d'abandonner leur poste. Il parait vraisemblable que c'est de ces rabits que sont provenus, tant en Espagne que parmi les chrétiens d'Orient, les ordres religieux militaires si célèbres par leur valeur et par d'éminens services rendus à la chrétienté. L'institut des uns et des autres offre. la plus frappante analogie. Les vêtemens d'El Hyllel el Kaïsy étaient grossiers et sa table très frugale ; il demeura toute sa vie sur la frontière de Castille, et mourut lors du départ du khalife, qui s'était arrêté dans ce pays un peu plus de deux ans et demi.
Ce long séjour du khalife au pays de Tolède, probablement au pays de Calaat-Rabah, et son peu de souci de commander en maitre à toute l'Espagne musulmane, content qu'il était d'en être l'imam spirituel et de la défendre aux frontières, Mta, au lieu de la retarder, la dissolution définitive du khalifat. Pendant qu'il soutenait, en effet, l'honneur des armes musulmanes contre les chrétiens, avec ses cavaliers et les rabits d'El Hyllel cl Kaïsy, les anciens liens hiérarchiques se relâchaient de plus en plus ; les walis des provinces affectaient ouvertement l'indépendance, et n'envoyaient plus ni contributions ni subsides d'aucun genre à la capitale. Djchwar luimême, qui avait gouverné Cordoue avec prudence et sagesse en l'absence d'Hcscham, et qui, à la différence des autres vralis, fit, à ce que tout indique, les plus grands efforts pour empêcher le faisceau des forces musulmanes de se rompre, bien que son lot, par suite de cette rupture, dût être Cordoue,
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sentit vivement les dangers de la situation, et résolut de tenter un dernier et noble effort pour relever le khalifat d'Occident dans la personne d'Hescham; il l'appela par des lettres pressantes à se rendre à Gordoue, et l'y détermina enfin. Le khalife, qui s'était montré digne du khalifat aux frontières, vint prendre les rênes de l'administration, et fit son entrée à Cordouc le 8 de djoulhedjah 420 (17 décembre 1029). Il y fut reçu en grande pompe et avec des démonstrations d' allégresse sincères; la ville entière l'accompagna jusqu'à l'aicaçar royal. Lui et Djchwar, depuis ce moment, s'appliquèrent, avec toute l'énergie dont ils étaient capables, à rendre au pouvoir son ancienne force et les prérogatives qu'il avait perdues dans ces derniers temps, et ils y réussirent en partie. Le caractère noble et généreux du khalife, son affabilité, son zèle pour la justice, lui gagnèrent tous les cœurs, calmèrent les inquiétudes, continrent les séditieux. Hcscham visitait les hospices, les collèges, les écoles, les indigens, les malades; il envoyait à ceux-ci ses propres médecins. Il marqua néanmoins son arrivée par quelques actes de rigueur politique. C'est ainsi qu'il destitua le cadhi de ruljama de Cor doue, Abd el Rhaman ben Ahmed beu Saïd ben Mohammed ben Baschr ben Garschya, surnommé Àbou cl Motharef et Ebn el Hasari, qui avait été nommé cadhi par Aiy ben Hammoud, et s'était toujours montré contraire aux Ommyades. Il était fort éloquent, et avait été préfet de prière dans l'aljama, et favori des khalifes Béuy Hammoud. Il avait été cadhi pendant douze ans, dix mois et quatre jours» à ce que dit Ëbn Hayyan; et il vécut depuis, retiré dans sa maison de Gordoue, un peu plus de deux ans. Ce cadhi était de descendance chrétienne comme l'indique le nom d'un de ses aïeux. Ces sortes de noms goths et chrétiens abondent dans les mémoires arabes de ce temps, comme Gondemir beu Dawd, Ahmed ben Guzman, Mohammed ben Forlun, Abdallah ben Gothier, ben Borandjcl, ben Mendès, ben Mu-