CHAPITRE DIX-HUITIÈME
que quelques historiens rapportent du mariage de la sœur d'Alfonse avec cet Abdallah, et au miracle dont ils embellissent leur récit1.
Abdallah ben Abd el Aziz mourut lui-même peu après, et le temps de la trêve étant écoulé, El Modhaffer entra sur les terres de Galice et détruisit de toutes parts les forts que les chrétiens avaient rebâtis dans l'intervalle. Il courut et ravagea le pays, et en ramena beaucoup de captifs et de troupeaux; il abattit les murs d'Avila, arriva à Salamanque et s'avança dans l'intérieur de la Galice et du Portugal : il revint parles bords du Duero, détruisit les forts de Gormazet d'Osma, et rentra vainqueur à Gordoue. Cette expédition avait eu lieu dans l'automne de Tannée 398 (1007). Au printemps de la même année (tombant en 1008) il rentra en Galice avec beaucoup de cavalerie, ayant en sa compagnie le jeune Moansir, fils d'EI Moezz ben Zeïri,émir du Maghreb. Les chrétiens vinrent à sa rencontre. El Modhaffer marchait à la tête de quatre mille cavaliers armés de cuirasses et de cottes de mailles brillantes comme des étoiles, dit le chroniqueur musulman, montés sur des chevaux couverts de housses et de caparaçons de soie soigneusement doublés; ensuite venait la cavalerie andalouse et africaine, troupe aguerrie qui s'était distinguée
I On trouve dans Pélage d'Oviédo , à ce sujet, ce qui sait : — Tsrasiam post mortem patris sui dédit frater ejos Adefonsos in conjugio, ipsa noiente, cutdam pagano régi Toletano pro paee. Ipsa antem, nt eral chriiliana, dixit pagano régi : Noli me langere, quia paganus rex es. Si verô me letigerti angélus Domini inlerOciet te. Tune rex derisit eatn, el concubuit cum ea semel;et slaUm, sicut illa pradixerat, percussus est ab angelo Domini. Ille antem, nt sensit mortem propinquam adesse sibi, vocavit cnbicularios et consiliarios snos, el precepit illis onerare camellos auro et argenlo, gemmia et veslibus pretiosîs, et adducere illam ad Legionem cum tolis illis muneribus (Pelsg. Ovet. Cbr., num. 3). — Tarasia se fit religieuse et mourut en 1039, soit dans Père 1077. Elle fut enterrée à Sainl-Pélage d'Oviédo, et Ton plaça sur son tombeau une épilapbe en assez mauvais latin conservée dans le cimetière attenant à celte église. Le commencement de celle épltaphe porte : En guem cernit cave a taxa teget compago sacra hic dilecta deo recubant Taratta Chritto dedicaia protêt Beremundi Régit et Geloyrm Regina, etc. 11 n'y est fait aucune allusion à son aventure.
HISTOIRE DESPAGHB
duos les occasions les plus périlleuses sous El Mansour; elle était commandée par le nouveau wali de Tolède, par celui de Badajoz et par le jeune Moansir, qui, monté sur un vigoureux cheval, marchait au premier rang, excitant l'ardeur belliqueuse de ses cavaliers par ses paroles et par son exemple. Ils attaquèrent les chrétiens, et, quoique ce fussent les héros de leur temps, qui tous avaient combattu en un grand nombre de batailles, et étaient accoutumes aux horreurs de la mêlée, ils les défirent, enfoncèrent leurs almafallas, s'élancèrent sur eux comme des dragons, et les contraignirent à fuir en désordre, laissant le champ arrosé de sang. Abd el Melek poursuivit ses avantages avec sa cavalerie; mais les chrétiens, s'étant ralliés sur des coteaux et dans des passages difficiles, revinrent à la charge : la bataille recommença. Les infidèles combattirent cette fois avec plus de succès, et les Musulmans eurent beaucoup à souffrir de leurs attaques; l'arrivée de la nuit mit fin à la lutte : à la faveur de l'obscurité les chrétiens se retirèrent dans leurs montagnes, et les Musulmans,voyant les grandes pertes qu'ils avaient faites, retournèrent à leurs frontières, et de là à Tolède et à Gordoue I.
Cette campagne fut la dernière d'El Nodhaffer, et, au ton du chroniqueur, on peut juger qu'elle fut marquée par une défaite. Abd el Melek y survécut peu, et à peine de retour à Gordoue, il fut atteint d'une maladie grave dont il mourut dans le mois de safar 399 (oct. 1008), non sans soupçon d'avoir été empoisonné. Sa perte fut vivement sentie de tous les bons Musulmans, et la cérémonie de son enterrement rassembla pour la dernière fois les scheiks et les walis arabes. Il avait gouverné l'état pendant six ans et quatre mois depuis la mort du grand hadjeb son père, non sans quelque gloire et sans quelque virilité». Dans la même an-
» Conde, c. 103.
2 D'août 1002 i octobre 1008.