CHAPITRE DIX-HUITIÈME
née, et peu de jours après la mort ôVAbd el Melek, mourut son précepteur Ahmed ben Abdelaziz ben Faradj ben Abi Houbab de Cordone, homme savant et vertueux; il avait atteint l'âge de quatre-vingt-dix ans, et il fut enterré avec pompe dans la makbora de la Busafah de Gordoue, où le cadi de la grande mosquée, Ahmed ben Dhékouan, dit la prière pour lui1.
Gomme son père, Abd el Melek avait estimé et distingué les savans. C'est ainsi qu'il avait donné la charge de cadi de Tolède à Khalaf ben Merwan el Sahari à cause de la renommée de son savoir et de sa vertu , sur la proposition du cadi de Gordoue Ebn Dhékouan. Khalaf accepta cette charge avec répugnance, et peu de temps après en donna sa démission et se retira à Cordone pour se livrer tout entier aux méditations ascétiques. Abou el Asbadj Issa ben Saïd, l'un des wazirs les plus lettres du diwan d'Abd el Melek, avait mission de réunir chez loi les poètes et les savans, et on nomme parmi ceux qui fréquentaient cette espèce d'académie Souléimau ben Moahran el Sarakousti, auteur d'un recueil de poésies qui loi valut toute la faveur d'Abd el Melek; Khalaf ben Massoud el Djarawi de Melila el Malky connu sous le nom de Ebn Amyna, savant africain qui était venu s'établir à Cordouc l'année même de l'entrée au pouvoir du lils d'El Mansour, et enfin Abou Omar Ahmed ben Abdallah El Bedji, l'homme le plus savant de son temps, et Yali ben Ahmed ben Yaly ,un des plus célèbres poètes et généraux alahmérides, qui, aux dernières heures de sa vie , témoigna par de nobles pleurs sou regret de mourir dans son lit, et non sur un champ de bataille en vaillant cavalier ou en martyr. Le seul Saïd ben cl Hassan Aboul'Ola n'alla plus à aucune assemblée après la mort d'El Mansour, même après y avoir été invité par le hadjeb luimême ; il composa toutefois uu éloge du fils d'El Mansour,
' Conde, c. 105.
qu'un ami de l'historien Ebn Hayyan lui entendit réciter en Espagne en l'année 396 (1006), mais dont l'original s'est perdu. Saïd ben el Hassan ne quitta point Cordoue cependant durant le gouvernement d'Abd el Melek; mais, peu de temps après sa mort, il passa en Sicile où il mourut de maladie en 417 (1026— 27)1. L'historien Ebn Hayyan lui-même, de qui Gonde a relevé cette notice, habitait Cordoue en ce temps ; mais il était trop jeune, étant né vers 988, pour prendre part aux conférences littéraires qui se tenaient chez le wazir Abou el Asbadj Issa ben Saïd. Ebn Hayyan (Abou Merwan ben Rhalaf ben Housséin ben Hayyan, désigné communément sous le nom d'Ebn Hayyan) avait atteint à peine l'Age de vingt ans lors de la mort d'Abd el Melek, et il ne parait pas qu'il ait rien écrit dans cette partie de sa vie. Dans la suite il composa deux ouvrages qui figurent au premier rang des sources de cette histoire, savoir le Kitab el Moktabys, qui est une histoire d'Espagne en dix volumes, et le Kitab el Hatyyn , autre immense composition historique qui ne forme pas moins de soixante volumes. Dans ce dernier ouvrage l'auteur raconte les événemens de son temps et se distingue par une connaissance approfondie de l'histoire et en particulier de celle d Espagne. Aussi est-il un des plus estimés parmi ceux qui ont traité le même sujet, et a-t-il été mis fréquemment à contribution par Gonde pour les époques antérieures au onzième siècle. Son livre se recommande non-seulement par la véracité, mais encore par la pureté et l'élégance du style. Né en l'an 377 de l'hégire (987—988), Ebn Hayyan mourut dans un âge très avancé, le dimanche 27 du mois de rabi-el-awal 469 (28 octobre 1076).
Tel était le fils aîné d'El Mansour, à tout prendre digne de son père; ce qui ne peut se dire de son jeune frère Abd el Rahman qu'on lui donna pour successeur par l'influence des
t Ebn Hayyan, dana Conde, c. 105.