CHAPITRE VraGTŒBCÉ
des. Ceux qui devaient faire la ronde passaient un jour et une nuit, et donnaient ensuite leurs armes à ceux qui devaient les remplacer, suivant leur rang, et leur rendaient compte de ce qui était arrivé.
Ces mesures furent prises dans les premiers mois de son avènement. Dans le môme temps, il écrivit aux walis des provinces pour leur annoncer son élection et leur demander le serment d'obéissance. Mais la plupart s'excusèrent sous le feint prétexte d'occupations graves et urgentes qui les empêchaient de venir à Cordoue, et terminaient par de fausses protestations de soumission. Ceux qui montrèrent le plus ouvertement leur indifférence sur cette élection furent les walis de Tolède, de Saragosse, de Malaga, de Séville, de Grenade et de Badajoz. Djchwar dissimula et leur écrivit pour applaudir au zèle et à l'intérêt dont il les savait animés pour le bien général et la sûreté des provinces qui leur étaient confiées. Il terminait en leur recommandant de ne jamais oublier que la prospérité et l'affermissement de l'état consistaient dans leur union et leur accord. Malgré sa modération Djchwar sentait que l'intérêt de lïslamisme était confondu en Espagne avec le sien depuis la chute des Ommyades, et il aurait voulu, moins par ambition que par droiture de cœur resserrer l'ancien lien d'union qui rattachait toutes les provinces à Cordoue et faisait de toutes les forces musulmanes une seule force, d'autant plus redoutable aux chrétiens qu'elle était plus compacte et plus unie. Mais l'instinct et le désir de Djchwar étaient un rêve au point où les choses étaient arrivées, et l'on eu jugera facilement par un rapide coup-d'œil jeté sur l'état des provinces musulmanes à son avènement.
?ïous venons de nommer les walis de Tolède, de Saragosse, de Séville, de Malaga, de Grenade et de Badajoz, parmi ceux qui s'étaient érigés en souverains indépendans et refusaient de reconnaître Djehwar comme leur chef à aucun titre. Valence, Murcie, Almérie, Albarracin, Dénia, les Baléares
formaient autant de juridictions non moins insoumises. À Séville était maître absolu Mohammed ben Ismayl ben Abèd Àbou el Kasem. Nous avons vu quelle était sa famille; comment il était parvenu au pouvoir en 1022, et comment, par la mort de Yahya, contre qui l'animait une haine particulière et des plus vives, bien qu'il eût été lié ou peut-être parce qu'il avait élé lié avec Kasem, l'oncle de Yahya; comment, dis-je, par la mort de ce dernier (1026), il avait acquis tout-à-coup une prééminence marquée sur la plupart des émirs d'Andalousie. Il fut aidé dans ses entreprises par les plus illustres scheiks de la province, revêtus par lui d'emplois éminens de tout genre, et qu'il avait gagnés par ses largesses. De ce nombre étaient les fils d'Abou Bekr el Zobéidy, le grammairien, qui avait été précepteur d'Hescham II, ainsi que ceux de Ayrym et autres savans qu'il honora de son amitié et s'attacha par des emplois et des lieutenances importantes dans l'Espagne méridionale. Son crédit ne fit plus qu'augmenter depuis sa victoire sur Yahya ben Aly/et il ne perdit aucune occasion de s'agrandir. Certains observateurs des naissances, dit un de ses historiens, grands astrologues, avaient pronostiqué que sa dynastie serait détruite par des gens de Sabdry a, c'est-à-dire d'une île qui ne serait point leur propre demeure. Il en vint à croire que cet augure entendait parler des membres d'une famille Bersilah, qui, par la faveur d'El Mansour, de ses fils et de Wadhah, avaient été pourvus d'emplois importans et de lieutenances en Andalousie, entre autres de celles de Garmona et d'Ecija, où ils s'étaient érigés en souverains in dépend ans sous les khalifes Hammoudites. Il résolut de faire la guerre au chef de cette famille, Mohammed ben Abdallah cl Bersily, saheb de Garmona et d'Ecija, jusqu'à ce qu'il l'eut renversé. Et c'est comme il se préparait à cette expédition que Mohammed reçut les lettres de Djehwar. Elles ne changèrent rien à ses desseins, et il projeta, au contraire, de presser la campagne contre el Bersily, qu'il pou-