‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 44 sur 282 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

auquel il la laissa en héritage eo mourant. Avant de partir pour la conquête d'Almérie Zohaïr le Séklébite avait donné la ville et le territoire de Castillon à Abou Djaïsch Moud jehid ben Abdallah el Ahméry, roi des îles Baléares et de Dénia, dont nous avons parlé à plusieurs reprises. Le gouvernement de la ville de Castillon de la Plana fut confié à Aly, fils de Moudjéhid, qui succéda à son père dans la souveraineté de tous ses domaines. Celui de Castillon commençait à peu de distance au nord-est de Valence, en tirant vers la Catalogne, et s'étendait jusque vers Pcniscola, et peutêtre jusqu'au port des Alfaqucs. Son territoire proprement dit, ce que les Espagnols appellent la Huerta, était peu considérable. Toute la partie qu'on en pouvait arroser avec les eaux du Mijareset de la Aeequia de Almalafa, monument encore subsistant de l'industrie arabe, était d'une extrême fertilité : une faible portion, la plus aride, était plantée d'oliviers et de vignes; le reste était cultivé comme aujourd'hui : les champs, divisés et bornés par des mûriers, étaient semés alternativement une année de chanvre, et l'année suivante de blé. Communément ils donnaient deux récoltes par an, la première de chanvre ou de blé, la seconde de melons ou de haricots. Plus tard, on y cultiva la canne à sucre, lorsque les Arabes l'eurent introduite en Espagne, d'où les Espagnols la transportèrent dans la suite à Madère et dans les colonies d'Amérique1. On y semait aussi du lin et du riz; mais cette dernière culture y a été interdite de nos jours comme nuisible à la santé publique.

Abou el Abbas Ahmed beu Raschik, des Bény Schoéid de Murcie, homme juste, savant et très estimé des Ahmérys,

* La canne à sucre, ou plutôt l'art d'en extraire la substance que lei Arabes ont nommée tukkar, parait avoir été connue dès le commencement de ce siècle es. Syrie et surtout dans le territoire de Tripoli, au rapport d'Albert d'Aix (I. ?, c. 37); au moins les croises y trou? éreni-iis le sacre fort en usage a leur arrivée, Y«rs 1099.

gouvernait les Iles de Maïorque et Minorque pour Moudjéhid et son fils Aly, et il y resta sous leur obéissance, jusqu'à sa mort, postérieure à l'année 440 (1048). Sous l'obéissance de Zobaïr était aussi le pays de Tadmir, que tenait comme kaddim (commandant) le scheik Abou Bekr Àbmed bcn Tschak ben Zeïd ben Taher, de l'illustre tribu arabe de Kaïs, homme juste et si modéré, qu'il ne prit jamais d'autre titre que celui de Mouthélym (redresseur de torts), lors même qu'il fut devenu maître indépendant de son gouvernement. C'est de lui qu'est issue la dynastie des Tahéridcs, rois de Murcie. Abou Bekr Ahmed cl Kaïsy demeura toujours au service des Ommyades et des Ahmérydes, et resta fidèle à leur ligue jusqu'à sa mort, dont on ignore l'époque. Moudjéhid était aussi en d'étroits rapports de parenté avec l'émir de Séville Mohammed el Abbédy : celui-ci avait épousé la fille de l'émir de Mayorka et d'Yébysat, et Bent Moudjéhid était la plus aimée de ses femmes.

Ainsi, d'Almérie aux frontières de la Catalogne, et jusques à Tortose, tout le pays était aux Ahmérydes, et presque sous la suzeraineté du roi de Valence, Abd cl Aziz, petit-fils d'El Mansour, et fils du hadjeb Abd el Raliman, tué à Cordoue en 1009. El Mondhir le Tadjibite et son frère Mohammed gouvernaient Saragossc et Huesca. De Mérida à la frontière des chrétiens jusqu'à l'Océan et à l'embouchure du Guadiana, à l'exception du royaume actuel des Algarves, commandait Abdallah ben el Afthâs, autre Tadjibite; de sorte que presque toute la partie orientale et méridionale de l'Espagne, et la majeure partie de la province d'El-Gharb, comprenant alors l'Estramadoure espagnole, avec le Portugal presque entier, depuis Viseu et Coïmbrc jusqu'au cap Saint- Vincent, était au pouvoir des Ahmérydes et des Tadjibitcs, familles unies par le sang et par les alliances, et qui formaient parmi les rois de Tayfés qui s'étaient partagé la Péninsule h la chute des Ommyades un parti puissant, fort peu disposé à recon-

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