‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 6 sur 282 · CHAPITRE DIX -HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX -HUITIÈME

anciennes créatures d'El Mansonr qui remplissaient l'Alcaçar de Médina Zahra. Hescham, qui n'avait pas d'autre volonté que celle de ses serviteurs, dit Conde (et il faut entendre ceci particulièrement des Slaves et des eunuques du palais, qui portaient le nom d'Alahmérides), choisit pour badjeb, sur leur proposition, le frère d'El Modhaffer, Abd el Rahman, espérant trouver en lui les qualités et la fortune de son père et de son frère; mais les hommes se trompent d'ordinaire dans leurs jugemens et leurs espérances, car Dieu seul sait la vérité1. L'avéneroent du frère d'Àb el Melek fut salué avec empressement et bienveillance par l'émir du Maghreb Moezz ben Zeïri,qui le lit proclamer dans toutes les chaires des mosquées de ses états et lui envoya de riches présens, entre autres cent cinquante chevaux magnifiques qu'il chargea son fils Moansir de présenter au nouveau hadjeb. Reconnaissant de ces témoignages, Abd el Rahman fit de grands honneurs aux envoyés d'El Moezz, leur donna de riches vètemens et des bijoux, et renvoya Moansir à son père. Moezz en conçut la plus vive gratitude, et ayant fait choisir les meilleurs chevaux de Barbarie, il les envoya à Cordoue tfu nombre de mille a. Jamais plus beau présent n'était arrivé du Maghreb en Espagne; et ce présent était de nature à plaire singulièrement au jeune badjeb, cavalier parfait, livré aux plaisirs, passant ses journées à des exercices de cavalerie et ses nuits en banquets et en festins ; car tel était le nouveau hadjeb en effet : il n'avait de son père que la taille et la physionomie, et c'était par là qu'il avait capté d'abord la faveur du peuple; mais, de mœurs peu sévères, adonné à l'ivrognerie et aux femmes, il ne tarda pas à se montrer impropre aux affaires graves, et incapable surtout de gouverner ; c'est du moins ce que nous apprend Roderich de Tolède3. Il s'insinua tout d'abord

f Conde, c. 104.

2 Bl Kartat, 1. c.

3 Hic pessimus cl per vertus, fornicalionibus et ebrietalibus insisleba: (Roder* Tolet., Hiit. Arabum, c. 31).

à ce point dans les bonnes grâces et dans l'intimité du khalife, qu'il en conçut les plus ambitieux projets: Hescbam el Mouwayyad n'avait point de fils pour lui succéder à l'empire, mais il était en âge d'en avoir encore. Abd el Rahman , sans s'arrêter a cette considération et sans égard aux nombreux paï ens qu'avait le khalife, tous descendans comme lui d'Abd cl Rahman III et justement fiers du nom d'Ommyades, proposa et sut persuader à Uescham de le nommer son wali el ahdy ou futur successeur. D'après Roderich il contraignit Hescham à lui accorder sa demande par la menace de lui ôter la vie s'il s'y refusait1. Quoi qu'il en soit, il prit d'abord le surnom pompeux d'El Nassr Leddin Allah qui , joint à son nom d'Abd el Rahman, témoignait d'une singulière présomption ; et , pour que sa nomination étonnât moins, il résolut d'en ajourner la déclaration solennelle jusqu'après sa première campagne contre les chrétiens, dans laquelle il comptait illustrer son nom, et montrer qu'il était digne de la haute fortune à laquelle il était appelé3. Quoique ces choses se traitassent en secret dans les appartenons de l'Alcaçar, elles ne laissèrent pas que de transpirer, et d'éveiller l'indignation et la haine des Merwans si nombreux à Cordoue; un cousin du khalife, nommé Mohammed ben Hescham ben Abd el Djabar ben Abd el Rahman el Nassr (arrière-petit- fils d'Abd el Rahman III, comme l'indique son nom), s'en montra surtout offensé. Ce jeune homme était d'une grande bravoure, et il s'était flatté de succéder à Hescham à défaut d'enfans de celui-ci. Pour mieux empêcher l'effet des machinations du hadjeb , il quitta Cordoue, passa aux frontières de Gastille, réunit à son parti beaucoup d'alcaydes de ce pays , et , ayant rassemblé leurs bannières, il marcha sur l'Andalousie, faisant connaître aux

1 Iscn à regno expellere nitebatur, morlem minllans niai eu m regni instituerai suce essorera ; qui mêlait, el annuil postulant! (Ibid., 1. c.).

2 El Hakkari (dans Murpby, c. S) ta jusqu'à dire qu'Hescham consentit s le reconnaître pour sen héritier dans la dignité de khalife, par un acte daté du dernier jour du mois de rabieb 500 (corrigez 599}.

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