‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 7 sur 282 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

tribus les orgueilleuses prétentions d'Abd el Rahman ben El Mansour à la succession des Bény Ommyah. Il n'en fallait pas plus pour aigrir les esprits des nobles arabes attaches à cette famille, et qui déjà avaient plus d'un grief contre les Bény Ahmer, et en peu de jours ils formèrent une armée au service de rOmmyade Mohammed descendant en ligne directe du magnanime Abd el Rahman III, ni plus ni moins que le khalife régnant, et Mohammed marcha sur Gordoue à la tète de cette armée.

Instruit de Forage qui s'était formé contre lui, et de la marche de Mohammed, Abd el Rahman partit de Cordoue avec la cavalerie africaine et la garde du khalife, et se porta au devant de son ennemi; mais, à peine avait-il quitté la ville, que Mohammed fut informé par un wazir de son parti et du départ d'Abd el Rahman et du peu de soldats des gardes qui étaient restés à Gordoue. Sur cet avis, il divisa ses troupes, et, prenant en toute hâte des chemins détournés, avec l'élite de sa cavalerie il entra à Gordoue, se rendit maître de la garde du palais ainsi que de la personne d Hescham, et fit sur-lechamp publier la destitution du hadjeb Abd el Rahman et sa propre nomination au poste dont Abd el Rahman était dépossédé. G'est ainsi que la fortune commença tout à coup à faire défaut aux Alahmérys. Instruit de ce qui se passait à Cordoue, Abd el Rahman, transporté de fureur, et contre l'avis de quelques-uns de ses généraux, reprit aussitôt le chemin de la ville, se confiant, plus qu'il n'aurait dû, à la faveur populaire dont il croyait jouir. Il entra à Gordoue sans résistance avec sa cavalerie; mais, arrivé sur la place du palais, il y trouva réunis en troupes nombreuses les partisans de Mohammed, à la tète desquels s'étaient mis les principaux scheiks de la ville. N'écoutant que sa colère, il les attaqua incontinent : au premier choc les cavaliers d'Abd el Rahman enfoncèrent et culbutèrent cette multitude; mais le hadjeb, voyant, contre son espoir, le peuple ameuté ne faire aucun cas de ses ordres,

H1ST0IBE D ESPAGNE.

et s'accroître sans cesse en criant d'une voix effroyable î qu'il* meure! qu'il meure ? ordonna lui-même la retraite; ses cavaliers, cherchant à s'ouvrir un passage au milieu du peuple, renversèrent et culbutèrent tout ce qui s'opposait à eux; mais beaucoup tombèrent dans la mêlée. Abd el Rahman se défendait ou attaquait avec une bravoure digne d'un plus noble combat; mais, arrêté de toutes parts et blessé de plusieurs coups de lance, son cheval s'abattit, et lui-même, grièvement blessé, tomba au pouvoir de ses ennemis, qui l'amenèrent à Mohammed, lequel le fit incontinent mettre à mort. Abd el Rahman expira ignominieusement cloué à un pieu, le mardi 18 de djoumada el akher 399 (16 février 1009). Homaïdy, dans Conde, dit qu'il fut crucifié dans la lune de redjeb, c'est-à-dire dans le mois suivant ; mais les dates des faits postérieurs confirment celle qu'indiquent d'autres auteurs dignes de foi. Ainsi finit le second fils d'El Mansour, après avoir exercé le pouvoir un peu plus de quatre mois1. Ses biens furent appliqués au fisc, ses amis se cachèrent, et son nom ne fut plus prononcé qu'accompagné de méprisantes railleries, et accolé au sobriquet injurieux de Schandjoul, que quelques historiens croient signifier le petit Sancho, Sanciolns, Sanchuelo, épithète dont le sens et le motif nous échappent ; peut-être faut-il lire, au lieu de Schandjoul, Schadjoual, l'homme aux longs pieds3.

Mohammed, devenu hadjeb par le moyen que nous venons de voir, distribua les principales charges de l'état et du palais à des hommes sur lesquels il pouvait compter; il nomma, entre autres, président du diwan ou conseil-d'état de Cor-

1 Roderich de Tolède, qui le traite fort durement, le fait gouverner quatre mois et demi : Cum autcm Abderrameu quatuor mention» et dimidio prefoisset, enm ob suam nequitiam peremerunl ( Hist. Arabum, c. 31).

2 Schandjoul eat la forme employée dans les manuscrits arabes, comme nous Pavons relevée nous-incme ; Sancbuelo, l'équivalent que Conde donne de celte forme (c. 104); enfin on lit dans Roderich de Tolède : — Abderramen qui jJerlsloriè Sancfolos dfcebtinr (ubi supra, 1. c.) .

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