‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 64 sur 282 · CHAPITRE VINGT -UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT -UNIEME

bord. Ils signifièrent tour à tonr place, marché, lien où Ton s assemble pour négocier , discuter, délibérer, et par suite lieu où l'on rend la justice, barreau.

L'usage s'était introduit depuis longtemps d'appeler le code des Wisigoths Forum- Judicum. Les Espagnols en firent Fuero-Juzgo.

Le Dictionnaire espagnol définit le mot fuero, loi, statut, coutume, ordonnance particulière d'un état, d'une province, ou même d une ville, lex municipalis ; — for, juridiction, droit, justice, équité, autorité, pouvoir, puissance. Tambien se somelen los scylares al fuero y juridiction ecclcsiaslica, les séculiers sont aussi soumis à la puissance et à la juridiction ecclésiastiques. « Les lois ne peuvent défendre quelque chose, dit Àlfonse le Savant, dans las Siete Partidas, que lorsqu'elles sont revêtues de la force et du pouvoir que nous avons dit, lesquels ont pour marque trois caractères: le premier, Y usage; le second, la coutume; le troisième, le fuero (comme qui dirait l'assentiment et la publicité). Du temps naît Y usage; de l'usage, la coutume, et de la coutume le fuero x. »

Dans le sens général, les Fueros sont donc, en Espagne, les lois particulières stipulant les privilèges, les immunités, les prérogatives et les libertés locales d'un royaume, d'un duché, d'un comté, d'une ville ou d'un couvent; diplômes, chartes octroyées par les grands pouvoirs naissans en Léon , en Navarre, en Aragon, en Castille, en Catalogne, par les rois et les comtes de ces différens pays, soit à toute une vaste circonscription territoriale , soit à un simple municipe, au fur et à mesure que la puissance chrétienne allait retirant quelque lambeau de l'Espagne des mains des conquérans musulmans; contrats synallagmatiques, engageant et liant étroitement et

l Embargar non pueden nioguna cosa las Icyes que non hayan la fuerza é el poder qne habcmos dicho, sino très cosas : la prima vso, la segnnda costume, la terccra fuero. Naace del Uempo ««0,6 del uto costume, è do la costume fuero (Alfonso el Sabio, exordio del Lit. 2, de la Part, primera).

130 HISTOIRE D'KSPàGUE.

diversement ces grands pouvoirs aux diverses parties de la nation espagnole à mesure qu'elle se formait. De là, la diversité et le caractère politique particulier qui la distinguent entre les nations européennes; caractère qu'on ne peut comprendre sans la connaissance de son passé, l'un des plus complexes et des plus exceptionnels que l'histoire signale.

Du règne d'Alfonse date le premier droit écrit, modificatif du code wisigoth, dont le texte soit venu jusqu'à nous. De toutes parts naissaient alors, de la force même des choses, ces libertés locales particulières à l'Espagne. Chaque état, presque chaque ville, à partir de ce règne, voulut fixer par écrit ses fuerosr c'est-à-dire ses droits, ses privilèges, ses obligations propres. C'est ainsi que le comte de Casulle en usa à l'égard des principales villes de sa juridiction, à ce qu'il semble, dès le commencement même de ce siècle. Le plus ancien acte de ce genre émané de Sancho, dont l'authenticité soit certaine, ne remonte pas cependant au-delà de llannée 1012; ce sont les fueros accordés en cette année à la ville de Nave de Albura, située sur la rive gauche de l'Ébre x. Divers indices portent à croire que Sancho dut trouver de la résistance de ce côté. Nous avons vu les prétentions de l'aïeul de Sancho mal accueillies dans l'Alava, par un chef de ce pays nommé Vigila, par contraction Véla. Les fils de Vigila ou de Véla avaient continué l'opposition de leur père, et de 1012 à 1017, une rupture violente éclata entre ceux-ci et le comte de Castille. Ce fut aussi dans cet intervalle, et peut-être au sujet même des fils de Véla, que Sancho et son neveu le roi de Léon se brouillèrent. Au moins voyonsnous Alfonse nommer son oncle avec bienveillance dans un acte de 1012 parmi les principaux personnages de sa cour (et etiam dus et adjutor meus Sanctius cornes) », et dire dans un

■ Voyei Llorente, Memorias de las Provincial VajcoDgadai, part, m, p. MO. 2 Esp. &>gr.,t. uxvij appead. n.

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