CHAPITRE VINGT-UNIEME
étant tombée dans le domaine royal en vertu de la loi gothique, à cause de deux homicides commis, par son seigneur Rodericus Pereci (Rodrigo Perez), le roi Âlfonse la donna à Riquilus, en récompense de ses bous services; et celui-ci, en témoignage de sa reconnaissance, lui fit présent d'un faucon, comme il est dit dans lacté, qui est à la date du 19 août de 1ère 1060, et porte les signatures de Xemenus, évéque d'Astorga, de Nunus, évéque de Léon, de Vistruarius, évèquc de Santiago, et de Suarius,qui prend le titre d'éveque de quatre évêchés, par les raisons déduites par Florez sur l'autorité de ce document1.
Dans le même temps, Égilanus, abbé du monastère des saints martyrs Facundus et Primitivus, sur le rio Cea, vendit à Saiomona, religieuse et fondatrice du monastère de Saint- Vincent de Léon , un emplacement (solar) avec cor le, jardin et courant d'eau, et trois petazolos ou pièces de terre dans Jes environs de la ville de Zuleiman, sur les bords du Torio. Par les signatures des moines de Sabagun qui prirent part à cet acte on connaît les différentes fonctions établies dans ce monastère. Outre la signature de l'abbé Égilanus, en effet, l'acte porte celles de Gyprianus, prêtre et prévôt, de Stéphanus, tesorarius $uper villas Aquilani, de Furacasas, cellararius, de Vimara, decanianus Legione, de Mémo, prêtre et stabularius, de Sisebudus, orarius juslus super Sarraces.
C'est à l'année 1023 qu'appartient le célèbre testament de Flora, abbesse du monastère de Saint-Jacques de Léon. Cet acte, dont nous avons parlé plusieurs fois déjà, à propos de la destruction de Léon par El Mansour, contient le triste récit de ce qu'eut à souffrir un monastère de filles lors du saccage de cette ville par les vainqueurs. Nous en donnerons ici l'analyse.
Quelques années avant les incursions du héros arabe dans
• Espafta Sagrada, t. xnr, p. 60.
les terres du royaume, un certain Arias avait fondé, avec son fils Valdredus, à Léon, un couvent sous l'invocation de sainte Christine ; il y avait mis ses quatre filles : Jus ta, Maria, domna Infanta, et Granda, ainsi que ses deux petitesfilles , Uonorifica et Flora, auxquelles s'étaient jointes d'autres servantes du Seigneur, que l'acte appelle Xpti cerlatrkes. Pour subvenir à leur entretien, Arias donna tous ses biens. Longtemps après, à la mort d'Arias, le monastère demeura à ses filles, et Valdredus étant mort peu après son père, sa femme, domna Mater, se relira dans ce couvent avec son fils, qui se nommait aussi Arias (m ipsa hasa Sanctœ Christinœ), est-il dit dans l'acte. C'est là qu'elles passaient leur vie dans l'austérité monastique quand El Mansour se rendit maître de la ville de Léon. Le général arabe, non content de démolir le couvent, emmena en captitivité toute la famille d'Arias et de Valdredus, domna Mater et son fils exceptés. Après avoir passé quelques années dans l'esclavage, les religieuses obtinrent la permission de retourner dans leur patrie, probablement lors de la pacification dont nous avons parlé sous l'année 995 z,à l'exception de deux qui restèrent en captivité, on ne sait pour quelle cause. Celles qui étaient revenues, désirant vivre en communauté comme auparavant, mais n'ayant pas les moyens de rétablir leur monastère, firent arranger un oratoire dans un domaine qu'elles avaient entre l'Urbigus et le Vernisiga, vers le village appelé Villar-de-Mazarefe, où elles vécurent avec domna Mater et son fils, sous la règle de saint Benoît, jusqu'à ce que toutes les religieuses étant successivement mortes. Flora, fille de domna Mater et de Valdredus, demeura seule héritière de ses tantes et de sa sœur. Flora, voulant continuer sa vie dans la retraite, se réunit aux religieuses de Léon, où elle fit transporter les corps d'Arias, de Valdredus et de Justa ,
* Voyez ci-devant, t. iv, p. 441.