CHAPITRE DIX-HUITIEME
doue,Khalaf ben Merwan ben Ommyah ben Haywat el Sahary, ainsi appelé du lieu de sa naissance, Sahara Haywat, village fondé par son bisaïeul dans l'Algarbe d'Espagne ; il avait été cadi de Tolède, charge que lui avait donnée £1 Modhaffer, et dont il s'était démis après la mort du wali Abdallah ben Abdelaziz, sous prétexte de dévotion, mais réellement, à ce qu'il semble, parce qu'il lui répugnait d'être quelque chose, lui ommyade et merwan, par la toute-puissance d'un moafery . Mohammed fit en même temps wali-el-codhàh (walilcoda dans Gonde) ou grand-juge (wali des cadhis) de l'algarbia de Cordoue le cadhi Ahmed ben Abd el Rahman ben Saïd el Houzamy, homme très-populaire et d'un grand mérite. Enfin, il donna à son propre fils Obeïdallah le gouvernement de Tolède, et plaça près de lui son favori Souleïman ben Mohammed ben Battal, surnommé Abou Ayoub, de Badajoz, célèbre par ses poésies et son esprit. Ayant ainsi peuplé F administration et l'armée de ses créatures, Mohammed eut soin d'éloigner d'Hescham toutes les personnes de son service intime, ou ayant sa confiance, et il mit à leur place des affidés de son parti.
Ces mesures furent prises avec une promptitude remarquable, les quatre ou cinq premiers jours de son entrée au pouvoir. Son avènement en qualité de hadjeb avait eu lieu peu de jours avant la mi-février 1009. On était au 22 février, et, dans son ambition impatiente, il faisait publier déjà qu'Hescham était atteint d'une grave maladie qui laissait peu d'espoir à ses fidèles serviteurs. Le peuple ne s'émut guère du danger du khalife, accoutumé qu'il était à ne le point voir, et à le considérer comme un vain fantôme. Quand Mohammed vit le peu d'intérêt qu'on montrait pour le danger d'Hescham, et que les walis, les warirs et les katebs du conseil d'état ne doutaient point qu'il ne dût être le successeur fbtur du khalife qu'on croyait mourant, il songea à faire assassiner Hescham; mais le slave W adhah, que son dévouement
pour £1 Mansour avait fait surnommer l'Alahméride, et qui était alors chambellan d'Hescham et lui était attaché, dissuada Mohammed de son dessein, en lui faisant comprendre que, pour en venir à ses fins, il n'était point nécessaire d'ôter la vie au malheureux khalife, qui, caché dans une retraite sûre et bien gardé, ne ferait aucun obstacle à ses projets : il lui représenta qu'il pouvait, à cet effet, prendre toutes les sûretés désirables, et il lui proposa lui-même ce qu'il croyait le plus convenable. Mohammed se laissa persuader, et, d'accord avec le Slave Wadhah, on enferma Hescham en grand secret, et on confia sa garde à des gens en qui l'on avait toute confiance. On dit qu'il fut placé dans la maison du wazir Housséin ben Hayy; que l'on chercha un homme qui ressemblât par son âge, sa taille et sa tournure au fils de Sohbeya, qu'on l'enleva pendant la nuit, qu'on l'étouffa; que, l'ayant mis dans le lit d'Hescham, on répandit le bruit que la maladie était très grave, et qu'on célébra, comme par son ordre, la déclaration et la reconnaissance de son hadjeb Mohammed, fils d'Hescham, fils d'Abd el Djabar, fils d'Abd el Rahman el Nassr, de l'illustre maison d'Ommyah , comme futur successeur. Les walis et wazirs s'assemblèrent; on publia cette déclaration et, peu d'heures après, la mort du khalife. On mit dans le cercueil le Hescham supposé, et il fut enterré en grande pompe dans la première cour du palais, à côté d'Abd el Rahman III et d'El Hakem II, le 25e jour de la dernière lune de djoumadah 999 (23 fév. 1009)'.
Le même jour fut proclamé khalife à Cordoue Mohammed ben Hescham. Il prit le titre de Mahady Billah, (directeur
I Roderich de Tolède dit que Ton enterra au lieu d'Hescham le corps d'an chrétien qui lui resaemblait, et que Mohammed avait fait tuer à cet effet : — lsen captum in domo cojuidam tui conplicb occoltarit, et eom mortuum pubticavit, et quendam christianam lsen simillimum ialerfecit, que m mort nom senioriba* et aliis dcraonstravii, el decepti similitudine, crediderunt , et statim honore regio sepcliernnt (Roder. Tolet., Dût. Arah., I. c).