CHAPITRE VIHGT-DEUXU»t
prétentions, il se servit d'un moyen inattendu. Il publia que Je khalife Heseham el Mouwayyad, qu'on croyait mort, tfo Vêtait pas ; qu'il venait de reparaître à Calatrava ; que ce prince infortuné était venu implorer son secours , et qu'il s'était empressé de lui donner asile dans son alcaçar et lui avait promis de le rétablir dans le khalifat et de le servir comme son légitime souverain. Il fit annoncer officiellement cette fausse apparition aux scheikhs et aux commandans des provinces ainsi qu'aux walis des principales villes d'Espagne et d'Afrique. Quelques-uns, par crédulité ou par politique, ajoutèrent ou firent semblant d'ajouter foi au dire d'Ebn Abôd, lui promirent obéissance, et se déclarèrent en sa faveur. Pour mieux colorer cette fable, on fit en quelques endroits la khothbah pour Heseham, et dans les zékas de Séville on battit monnaie à son nom (moharrem 427 — novembre 1 036}. Les plus fins politiques eurent beau mépriser ce conte, il n'en servit pas moins à rétablir les affaires de l'émir Mohammed et à préparer toutes choses pour ses projets ultérieurs.
Cependant l'armée des princes alliés de Malaga, Grenade et Carmona x, campait devant Alcala (Alcala del Rio), dans la province de Séville. Mohammed ben Abdallah el Bersily occupa de nouveau Carmona, et, réuni à ses alliés, alla courir avec eux le pays de Séville. Ses puissantes kabaïls étendirent leurs algarades jusqu'aux environs de la ville, et parvinrent, ravageant et brûlant tout devant elles , à entrer dans El Trayana (le faubourg de Triana). L'émir de Séville rassembla les restes de son armée, et par la valeur de Ayoub ben Ahmer ben Yahya el Yosebi de Libla, général de sa cavalerie, parvint à vaincre les alliés et à les repousser et chasser de ses terres. Mécontens de leurs mauvais succès, s'imputant les
i Ces princes étaient Badys ben Uabous el Modhaffer de Grenade, Edris II, ben Yanya el Àly de Halaga, et Mohammed ben Abdallah el Bertily de Carmona,
166 HISTOIRB D' ESPAGNE.
uns aux autres la fâcheuse issue de cette guerre, Us se séparèrent, et s'en retournèrent chacun chez soi. Ayoub crut, par ces services, s'être assuré la possession de Huelba et de Djésirah-Schaltis , dont il avait la lieutenancc , et , rentré dans ses foyers , y gouverna en souverain comme Ahmed el Yohsebi, son frère, le faisait à Libla, dont il avait la seigneurie absolue, malgré Ebn Abéd de Séville, et Ebn £1 Afthas de Badajoz, qui cherchaient, par des voies détournées, à se rendre maîtres de ses états.
En 1039, arriva la mort d'El Édris ben Ali, émir de Malaga, qui était valétudinaire, et, par l'influence du général Ebn Bokynah, Yahya ben Édris, connu sous le nom de Hassan, lui succéda au trône. Les scheikhs et les principaux sahebs de la viUe et de ses dépendances s'accordèrent pour le reconnaître, ce qui eut lieu avec l'approbation générale. Quand la nouvelle de la mort d'Édris beu Aly et de cette élection arriva à Geuta, où commandait le slave Nadjah, il laissa aussitôt à sa place un autre général slave de ses amis, traversa le détroit et se rendit à Malaga avec Hassan ben Yahya, dans le dessein de couronner ce jeune homme, qu'il avait élevé, et qu'il dominait, et de tenir ainsi les deux états dans sa puissance. Mais Ebn Bokynah, ayant appris son débarquement, marcha contre lui de Malaga avec un corps choisi de vaillans cavaliers. Nadjah et Hassan se virent forcés de se retirer dans la Kassbah, où ils entrèrent au moyen des intelligences qu'ils avaient avec l'aicaïd. On les y assiégea avec beaucoup de vigueur et d'opiniâtreté ; les troupes de Hassan étaient également fort courageuses et se défendaient avec beaucoup de valeur et de fermeté, faisant, dans des sorties et des surprises, beaucoup de mal aux assiégeans. Mais, comme le siège se prolongeait et que les provisions manquaient à ceux de Hassan, le slave Nadjah proposa de capituler, et on convint d'un arrangement par lequel Hassan consentit à retourner à sou gouvernement