CHAPITRE VINGT-DEUXIEME
de Ceuta et de Tanger, et à laisser Édris saheb tranquille de Malaga et de ses dépendances. Le slave Nadjah obtint qu'Édris prendrait poor wazir un riche commerçant appelé £1 Sehétayfa, avec lequel Nadjah était fort lié. C'est ainsi que ce Slave et les siens se tirèrent de ce siège qui les avait réduits à l'extrémité, sans espoir d'être secourus. Hassan retourna dans ses états de Tanger et de Cebta. 11 était marié à une de ses cousines, nommée Safyya, fille de son oncle Édris, frère d'Aly, lequel, en considération de celle-ci, ne s'était point érigé en saheb de Cebta; mais le slave Nadjah, par amour pour la belle Safyya, ou, ce qui est plus certain, par ambition du commandement, assassina deux ans après le prince Hassan ben Yahya, prétendant lui succéder sur le trône et dans sa couche. À la nouvelle de la mort de Hassan, Édris de Malaga réunit sur-le-champ ses pareils pour tirer vengeance de ce meurtre. Nadjah rassembla ses partisans avec lesquels il passa en Andalousie, dans le dessein d'y semer la discorde entre les Alides, et l'on raconte qu'avant de partir il assassina un jeune fils de Hassan; d'autres disent que ce fils mourut de maladie : Dieu le sait, dit l'auteur arabe. Il laissa à Cebta et à Tanger, pour wali, Meroubad Bihi ben El Slaby. Comme il avait médité de longue main ses criminels projets, il amenauVavec lui une grande quantité de cavalerie avec double solde. Il vint sur une grande flotte, et s'empara aussitôt des deux forteresses de Malaga et de son alcaçar, où il entra par surprise, au moyen de ses intelligences avec EISchétayfa; il renferma Édris dans sa propre chambre, comme dans une prison, et il ne pensait pas à moins qu'à le tuer et à se rendre maître de tout ce que les Alides Hassanides possédaient en Espagne et en Afrique. El Schétayfa servit beaucoup ses projets par son autorité et ses richesses, en donnant d'abondantes provisions et double paie aux Berbers et aux autres gens grossiers et ramassés sans choix qui composaient l'armée de Nadjah. La nouvelle de ces violences arriva à Algesiras, et sur-le-
champ Mohammed ben Kasem rassembla ses troupes pour marcher contre les Slaves de Malaga, eu faveur de son parent Édris ; mais Nadjah , répandant le bruit que Mohammed venait pour se rendre maître de la ville, se porta au-devant de ses troupes pour les combattre. Chemin faisant, quelques scheikhs, de ceux qui marchaient avec lui sans le servir de bonne foi, lut conseillèrent de retourner à Malaga pour y attendre les ennemis ; il répondit qu'il voulait seulement y retourner avec quelques cavaliers pour y terminer certaine affaire des plus importantes. Son dessein était d'ôter la vie à Édris et à ses plus fidèles serviteurs. Mais, comme il s'en retournait dans ce but, seul, avec un petit nombre de ses cavaliers slaves, les scheikhs andalous et quelques généraux de Malaga, qui étaient partis avec lui, firent un détour et allèrent les arrêter lorsqu'ils arrivaient à un défilé étroit placé sur leur route. Là, ils les chargèrent à coups de lance et tuèrent le slave Nadjah avec dix des siens. Alors, deux de ces cavaliers s'avancèrent et entrèrent en courant dans Malaga, criant : « Bonne nouvelle! bonne nouvelle! {albricias, albricias) victoire! victoire ! » Et étant arrivés au lieu où se trouvait EL Schétayfa, ils le déchirèrent à coups de poignard , excitèrent et ameutèrent le peuple, promenèrent dans les rues Édris, et le proclamèrent de nouveau. Édris apaisa le peuple et empêcha l'effusion de sang qui menaçait les partisans et les parens d'El Schétayfa , et des Slaves qui habitaient Malaga. Ceux de l'armée de Nadjah, quand ils connurent le sort de leur wali, se dispersèrent; la plupart passèrent en Afrique; quelques-uns se mirent au service de Mohammed ben Kasem, se faisant ainsi les vassaux de celui contre lequel ils allaient combattre. De son côté, Mohammed , instruit par Édris de tout ce qui était arrivé, congédia ses troupes et resta à Algésiras.
Ces événemens entravaient les projets de réunion et de paix médités par tyehwar de Cordoue , qui voyait avec un