‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 85 sur 282 · CHAPITRE VINGT- DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT- DEUXIÈME

grand chagrin s'allumer de plus en plus le feu de la discorde et de la guerre civile, sans que ses conseils paternels ni la douceur et la justesse de ses raisonnemens eussent aucun résultat. L'ambition des émirs , l'avidité des walis et des alcaïds, rendaient impossibles toute mesure de justice et d'intérêt général; personne ne s'occupait que dé sou intérêt particulier ; ce qu'on ne pouvait obtenir par la violence, on l'obtenait par la ruse. L Espagne était ainsi morcelée et tyrannisée par autant de rois de tayfes qu elle comptait de divisions territoriales1, et le bruit des armes, des factions et des discordes empêchait d'entendre la voix du juste et bon émir de Cordoue, et surtout de la suivre; ainsi parle une chronique arabe contemporaine3. Djehwar, voyant que la persuasion ne pouvait rien sur de tels esprits, résolut de soumettre par les armes les plus voisins et les moins puissans de ses ennemis. 11 envoya un général avec de la cavalerie d'élite occuper la campagne d'El Sahlah, que tenait comme sienue propre Houdhaïl Ez el Dawlah Abou Mohammed, saheb d'un autre territoire plus important, situé, comme nous l'avons dit, à Santa- Maria d'Orient, et qu'on appelait Santa-Maria d'Ebn Razyn3. Les troupes de Cordoue occupèrent quelques villages ; mais cette entreprise réussit mal à Djehwar, et attira sur lui un puissant ennemi, avec lequel il n'avait eu jusque-là encore aucune guerre ouverte. Le saheb d'El Sahlah implora le secours de son voisin Ismaïl ben Dzy el Noun, l'émir de Tolède, que nous avons vu répondre si fièrement à Djehwar qu'il ne re-

i Tay fa, peuple, tribu, troupe, suite , équipage ; suivant le Kamous, portion d'un peuple au-dessous d'un millier d'hommes, pluriel tavâyf. 3 Coude, c. 2.

3 Le territoire d'Ebn Rasyn (Albarracin) comprenait tout le pays où prend fa source le Guadalaviar (Guad al Abyadh, lo Ccuve clair, ou le fleuve blanc), Albarracin, Tcrruel et toute la vallée do la rivière d'Albambra (la Rouge), avec la ville de ce nom. Nous verrons lo ttd, ami d'un Bény Razyn, admis à occuper quelque temps un des châteaux de ce territoire,

connaissait point de supérieur, si ce n'est le Seigneur du ciel et de la terre. Ismaïl prit avec empressement la défense et la protection d'Houdhaïl Abou Mohammed. Les troupes de F émir et celles du saheb se réunirent et entrèrent dans le territoire d'El Sahlah, des villages et des villes duquel ils reprirent possession avec d'autant plus de facilité, que Houdaïl y était fort aimé pour sou affabilité et sa douceur, et avait pour partisans les principaux sebeiks du pays x.

Dans l'Espagne orientale cependant, les mêmes inquiétudes agitaient les Musulmans. Une révolution sanglante renversa, en 1039, les Tadjibites de Saragosse, et leur substitua les Bény Houd. Voici comment la chose arriva : Soulcïman ben Mohammed, chef de cette dynastie, était sabeb dcLérida,où nous avons vu le dernier khalife de Gordoue, Hcscham III, son ami, se retirer avec sa famille. Soit que Souleïman eût un parti tout formé à Saragosse, soit que les circonstances seule» aient fait songer à lui, il fut appelé, en cette année, à prendre possession du gouvernement de cette ville; voici par quelle singulière circonstance : El Moudhir le Tadjibite régnait à Saragosse avec toutes les prérogatives qui constituent le pouvoir absolu chez les Arabes. Allié de Bamire, roi d'Aragon, qu'il avait secouru contre son frère Garsia, roi de Navarre, riche, aimé du peuple, il paraissait l'arbitre de l'Espagne orientale, lorsque tout à coup son cousin Abdallah ben El Hakem lui coupa la tête dans son palais. L'auteur arabe ne nous en dit pas davantage, et semble ne pas s'inquiéter du motif qui arma la main d'Abdallah. C'était endjoulhedjah 430 (août ou sept. 1039). Quelques amis proclamèrent Abdallah; mais le peuple se mutina, le chassa de Saragosse, et le contraignit de se retirer à Bota-el-Yelrwoud, château inaccessible dont il était alcaïd sous le gouvernement de son cousin, et où étaient sa famille et ses trésors.

i Conde, 1. c.

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