CHAPITRE VITiGT-DEUXlÈ
Abdallah avait été souffert près de deux mois à Saragosse après le meurtre d'El Mondhir. En le chassant le peuple dévasta et pilla l'alcaçar, dont il enleva jusqu'aux marbres, et qui aurait été entièrement ruiné si Souléiman ben Ahmed bt n Houd ne fût survenu de Lérida, et n'eût pris en main les rênes de ce royaume, désormais perdu pour les Tadjibitcs, (moharrem 431 — sept, ou oct. 103i>). — « Toute cette terre limithrophe des chrétiens, dit Roderich de Tolède dans son histoire des Arabes, se rendit à Souléiman, fils d'Ahmed, qu'on appelait Ebn Houd. Ce Souléiman avait été caïd d'El Mondhir, fils de Yahya, dont nous venons de parler1. »
Cette révolution eut son effet sur tous les Tadjibitcs. Mohammed ben Yahya, frère d'El Mondhir et vvali d'Huesca, fut également chassé de son gouvernement, et se rendit à Valence près d'Abd el Aziz Abou el Hassan ben Abd el Rahman, qui en était souverain. Abd el Aziz maria deux de ses fiJles aux deux jeunes fils de Mohammed; l'un se nommait Abou el Abwas Maan, et l'autre Saméda Abou Othba. La dévotion de Mohammed l'ayant porté à entreprendre le saint pélérinagc de la Mekke, il s'embarqua, peu après les fêtes de mariage de ses deux fils, et périt en mer. En ce temps tomba malade Zohaïr el Ahméry le Slave, saheb d'Almérie et d'un assez vaste territoire dans l'Espagne méridionale; il mourut de cette maladie eu l'année 432 (104 1), déclarant pour successeur, dans toutes ses terres et seigneuries, Abdel Aziz Abou cl Hassan ben Abd el Rahman ben el Mansour; et celui-ci y envoya, pour son lieutenant ou naïb, son gendre Maan Abou el Ahwas, qui les gouverna avec indépendance et justice, et dont elles devinrent le domaine héréditaire. C'est ainsi que les
« ToU terra illa contermina christiania se reddidit Zuleman filio Damatb, qui Aben Huth dicebatur. Hic Zuleman fueral alcaydu» Mundir ftlii Hyahye, de qoo diximas (Rod. Tolet., Hist. Arab.,c. 48). — Le récit de Conde est des plas c mbroaillés et des plus contradictoires. On pent voir comment il raconte cette révolution (m« part., c. î): l'explique et en fasse disparaître les contradictions qol pourra.
HISTOIRE DESPAGNE.
Tadjibites relevèrent leur maison dans l'Espagne méridionale.
Sur ces entrefaites, Mohammed ebn Abêd de Séville, dont la fable de l'existence d'Hescham avait relevé la fortune, mais qui s'était lassé de soutenir son mensonge, résolut d'en tirer parti une dernière fois, et fit répandre la nouvelle de sa mort, en même temps que publier des lettres supposées, par lesquelles Hescham el Mouway yad ben el Hakem déclarait Mohammed ben Ismaïl ben Mohammed ben Ismaïl ben Koraïsch bon Abcd son héritier et son vengeur. Ces fables, bien que de peu d'effet, dit la chronique arabe, sur les hommes puissans ou instruits, ne laissaient pas d'exercer quelque empire sur l'imagination des peuples et sur celle des Slaves ahmérides, qui aimaient jusqu'à l'ombre du pouvoir et du nom des Ommyades; en sorte que, à l'exception des émirs et sahebs de Gordoue, de Garmona, de Grenade et de Malaga, presque tous les chefs qui s'étaient, par ce motif, déclarés pour Ebn Abcd, lors de la publication de sa première fable, continuèrent d'entretenir des intelligences avec lui, soit ouvertes, soit en secret.
La puissance de Mohammed de Séville était alors égale, sinon supérieure, à celle de tous les émirs nés de la ruine du khalifat. Ses alliances s'étendaient jusqu'aux îles Baléares. Son fils Abèd 1 était gendre de Moudjéhid Abou cl Djaïsch, roi de Dénia, des Baléares et de Gastillon de la Plana. Il lui naquit un petit-fils de cette union, dont les astrologues sévillans furent appelés à tirer l'horoscope. Les conjonctions planétaires et l'examen des étoiles leur permirent de lui prédire grandeur et prospérité pour une partie de sa vie; mais ils entrevirent, à certains signes qui accompagnèrent leurs opé-
i Conde le nomme Mohammed comme son père et «on OU, ce qol jette te p)us grande obscurité dans son récit; mate Deguignes, Cardonne, et , avec plos d'autorité encore, Casiri, nomment le second émir de Séville de la race des Abèdiie», Abcd, comme Taïeul dont le nom scryait a caractériser cette famille.
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rations célestes, que sur le déclin de ses jours la pleine lune de sa fortune décroîtrait et subirait une éclipse totale. La mort de Mohammed ben ïsmaïl suivit de près la naissance de son petit-fils, qui fut nommé Mohammed comme son grand père. Au moment, dit le chroniqueur musulman , où Ebn ïsmaïl se disposait à marcher contre ses ennemis avec les troupes qu'il avait rassemblées dans ce dessein, le Seigneur arrêta ses pas par une maladie dont il mourut dans l'avantdernière nuit de la première lune de djoumada 433 (24 janvier 1042). Ses funérailles furent célébrées avec pompe et Ton proclama, le deuxième jour de la seconde lune de djoumada (28 janvier), son fils Abêd, surnommé el Motadhed ». — Le nouvel émir était beau de sa personne, d'un esprit vif et rasé, mais fort voluptueux, adonné aux femmes et non moins cruel. Déjà du temps de son père il avait un riche harem de soixante-dix belles esclaves de différens pays, amenées à grands frais et entretenues avec profusion et prodigalité : e* dès qu'il fut roi absolu, il eut, à ce que raconte Ebn Hayyarr, huit cents femmes pour ses services et ses plaisirs. Néanmoins il aimait tendrement la fille de Moudjéhid el Ahméri, saheb des Baléares, et sœur d'Aly ben Moudjéhid, prince de Dénia, et c'est à l'aide de cette parenté que son père était parvenu à conserver dans son parti les Alamérides. El Motadhed fit des vers élégans que réunit en une collection le fils de son frère ïsmaïl. Il était quelque peu impie, ou du moins il avait la réputation d'être peu religieux, et dans les vingt-cinq châteaux de ses domaines il n'éleva qu'une djéma et qu'une minbar. Il fit construire à Bonda une belle maison de plaisance, où il entretenait le nombre de domestiques convenable pour en prendre soin. Dans le palais de Séville, il conservait dans un riche buffet diverses tasses garnies d'or, d'hyacinthes, d'éxneraudes et de rubis, faites des crânes des personnages
puissans décapités de sa main et de son épee, ou de celle de son père : on y voyait la tête de l'émir Yahya ben Aly, celle duhadjeb Ebn Hazwoun, celle d'Ebn Schoudj,et beaucoup d'autres qu'y ajouta sa cruauté. A la fin de cette année 434 mourut le wali de Santa-Maria d'Oksonoba, en Al-Gharb, nommé Saïd ben Haaroun, et son fils Mohammed, ben Sald hérita de ses états.
« Quoique l'issue de la guerre que Djehwar de Cordone faisait au saheb d'El Salah et à son protecteur Ismaïl ben Dzy el Noun de Tolède, dit la Chronique de Gonde, ne fût pas très heureuse, ceux de Gordoue et de ses dépendances faisaient tous leurs efforts pour le service de leur émir, sex posant volontiers aux dangers d'une guerre malheureuse, reconnaissans qu'ils étaient de son gouvernement bienfaisant et sage, ainsi que de son admirable justice; car si la dure nécessité de la guerre leur présentait de justes et honorables dangers à la frontière, tout dans l'intérieur était dans une sécurité et dans un calme parfaits, et ses peuples étaient comme au sein d'une tranquille paix, dans l'abondance et le bon ordre, en sorte qu'ils ne cessaient de bénir son nom; ils l'appelaient le père du peuple, le défenseur de l'État, et lorsque dans tout son royaume on n'avait pas d'autre crainte que celle de sa mort, celle-ci arriva dans la nuit du djooma , six de moharrem, d'autres disent de safar 435 (1044) ». »
Après la pompe funèbre de Djehwar, qu'accompagnèrent en pleurant tous les habitans de Gordoue, et à la suite de laquelle parurent même les femmes retirées , fut proclamé émir son fils Mohammed ben Djehwar Aboul el WaKd. C'était un homme vertueux et prudent, digne fils d'un si bon père, mais d'une santé débile et valétudinaire. La djéma et le meschouar de Gordoue lui jurèrent obéissance3, et les espé-
1 Coude, c 3.
2 Ce* e*pre**ion* eemblent indiquer que le gouvernement de Cordon* était