CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
et ordonna à tous ses alcaïds d'aller le joindre avec leurs troupes. Cette ligue fut couclue l'an 440 (1048) : il entra donc avec une puissante armée sur les terres de l'émir de Cordoue, vainquit en diverses escarmouches le général Haréts ben El Hakem, et s'empara de beaucoup de forteresses de la frontière ; en sorte que ce brave général n'osait plus tenir la campagne contre ceux de Tolède, et évitait par des stratagèmes d'en venir à une bataille. Mohammed de Cordoue, voyant qu'il ne pouvait seul résister à un si puissant adversaire, chercha aussi de son côté à faire alliance avec ses voisins, et à se mettre, avec leur aide, en état d'arrêter l'ardeur de Dzy el Noun de Tolède. Il écrivit à Abèd Abou Amrou El Motadher, l'émir de Sé ville, pour le prier de vouloir bien s'unir avec lui contre l'émir de Tolède, sinon par amitié, au moins par cette considération que Dzy el Noun ne menaçait pas seulement l'empire de Cordoue, mais la liberté de tous les états d'Andalousie. Abèd Abou Amrou ben Mohammed répondit au message de Mohammed ben Djehwar qu'il ne désirait rien tant que son amitié; que son fils Abd el Melek el Walid savait combien il lui était attaché; qu'il pouvait compter sur son intervention , bien qu'elle ne pût lui être que d'un bien mince secours pour le moment, embarrassé qu'il était dans des guerres continuelles avec ses nombreux ennemis ; que, dans tous les cas, il l'aiderait, bien que moins efficacement qu'il ne l'eût souhaité. Non content de cette alliance, l'émir de Cordoue envoya un ambassadeur dans le même but au saheb d'El-Gharb, Mohammed ben Abdallah ben El Afthas el Modhaffer Abou Bekr. La générosité de Mohammed ben Abdallah el Afthas se montra en cette occasion, et il proposa aussitôt sincèrement de concerter ane triple alliance entre Mohammed ben Djehwar de Cordoue , Abèd ben Mohammed de Séville et lui ; et il envoya le wazir Ayoub ben Ahmer el Yohsebi, de Libla, à Séville avec ses pleins pouvoirs. Les wazirs commissionnés
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se réunirent à Séville, et, après diverses discussions, une ligue fut conclue entre eux dans la première lune de rabieh 443 (1051), ponr le maintien et la défense mutuelle de leurs états, mais seulement contre les ennemis extérieurs qui voudraient opprimer la liberté des peuples d'Andalousie ou guerroyèr contre leurs souverains, sans s'immiscer eux-mêmes d'ailleurs dans les intérêts particuliers ni dans le gouvernement les uns des autres, non plus que dans les satisfactions et droits réciproques qu'il pourrait y avoir à régler entre eux actuellement ou par la suite. À ces conférences assistèrent les scheikbs et principaux seigueurs du pays, les sabebs de Libla, Huelba, Djézira-Schaltis, et Mohammed ben Saïd,saheb de Santa-Maria d'Algarbe et d'Oksonoba, qui tous voulaient être compris dans cette ligue, et y être compris comme souverains. Le wazir Ayoub ben Ahmer el Tohseby , qui était de ce nombre , appuyait cette prétention; mais Abêd Abou Amrou ben Mohammed de Séville s'y opposa et [dit : qu'ils n'étaient que de simples raïs 1 qui tenaient pour lui ces terres en licutenances à vie, et qu'étant en effet ses vassaux, il ne pouvait consentir à ce qu'en sa présence ils affectassent la souveraineté des tayfes que son père leur avait concédées; qu'après la mort d'Ahmed el Yohseby, en l'année 433 (1042), Abdelaziz el Yohsebi en avait hérité en la même qualité, ainsi que ses frères, et qu'il ne pouvait les en regarder comme maîtres absolus. Et, dès ce moment, il songea à les ranger, de gré ou de force, sous son obéissance. Ebn el Afthas demeura peu satisfait de cet arrangement; l'émir de Cordoue ne le fut pas davantage, car tout s'y fit en faveur de l'émir de Séville; mais il lui fallut dissimuler, à cause du besoin qu'il avait des secours de celui-ci. Abèd cependant combla d'hou-
« Ârrayaces dans Conde. Voyex ci-de?ent, sur ce mot, t. iy, ce que nom avoni dit, appendice m.