‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 89 sur 282 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

neurs les ambassadeurs des émirs de Badajoz, d'El-Gharb et de Gordoae, ainsi que les scheikhs qui avaient pris part aux conférences , et tous prirent congé de lui plus conte os de sa libéralité et de sa magnificence que de sa bonne foi.

En cette année 443 (105 1), mourut Maan el Ahwas, saheb d'Àlmérie, et il fut remplacé dans le commandement par son fils Abou Yahya Mohammed ben Maan, qu'il avait fait reconnaître pour successeur à ses états avant qu'il eût dix-huit ans accomplis; on le surnomma Moezz el Dawlah, et on le traita, dès lors, comme souverain; on lui donna dans sa proclamation les noms de El Moatésim Billah, d'El Nauk Bifadl EUah, et autres titres augustes, suivant l'usage des khalifes d'Orient. C'était un jeune homme beau de corps, et d'un grand esprit, sage , libéral et vertueux, si bienfaisant et si affable qu'il avait gagné tous les cœurs, tant des riches que des pauvres; il attirait à sa cour tous les savans d'Orient , d'Afrique et des autres parties de l'Europe, qu'il distinguait et protégeait plus que tous les autres rois de son temps. Il consacrait un jour de chaque semaine à l'entretien et à la conversation des savans, et il avait dans son propre palais le célèbre poète Abou» Abdallah ben el Hédàd, ainsi que Ebn Ibada, Ebn Bolita et Abd el Melek, esprits supérieurs de cette époque. Dès qu'il fut monté sur le trône, il fut en guerre avec son frère Somidah Abou Otabi, qui voulut lui disputer la souveraineté; mais qui n'obtint rien et fut obligé de se contenter de son sort et de demeurer à la merci de son bon frère, lequel le traita toujours bien et l'honora à sa cour. Ebn Maan entra dans la famille des walis de Dénia par son mariage avec la fille de Moudjéhyd el Ahmeri, auquel il donna pour épouse une de ses filles pleine d'esprit et de beauté «.

L'émir de Séville, cependant, conformément aux termes de la dernière convention, envoya un corps de cinq cents ca-

1 Voyez ce que nons avons dit ci-devant de cette dynastie.

valiers, commandés par Ebn Omar d'Oksonoba, au secours de l'émir de Cordone contre ses ennemis de Tolède.

Abou Zeïd Abdelaziz el Bekri, sabeb de Huelba et Scbaltis, Ahmed Ebn Yahya el Yohseby, saheb de Libla, et Mohammed ben Saïd, seigneur d'Oksonoba et de Santa-Maria d'Algarbe , irrités contre Abèd, s'offrirent à passer, sans son ordre, au secours de Mohammed beii Djehwar de Cor doue, et envoyèrent en effet, à celui-ci, un certain nombre de cavaliers, qui se joignirent à ceux qu'Ebn el Afthas de Badajoz y envoyait de son côté. Abéd Abou Amrou ben Mohammed voulut profiter de cette occasion, et envoya son fils avec de la cavalerie d'élite pour recouvrer les possessions que tenait Abou Zaïd Abdelaziz. Celui-ci, étant sans forces pour se défendre, livra par capitulation la ville de Libla, et transporta ses trésors et ses principales richesses à Djézira-Schaltis ; mais Ebn Abèd s' étant emparé de Huelba, Abdelaziz ne se crut pas en sûreté à Djézira-Schaltis, dont les habitans lui parurent avoir des intelligences avec ceux de Séville et vouloir le perdre ; il se rendit en conséquence dans une forte tour située au milieu de l'eau, en face de l'ile, ét y fit transporter ses richesses ainsi que ses plus fidèles serviteurs; on l'y assiégea bientôt, et l'on empêcha qu'il n'arrivât des bateaux chargés de provisions pour les habitans de la tour. Pressé de la sorte, Abd el Aziz résolut alors de s'en échapper secrètement, le cruel Ebn Abèd ne lui laissant aucun autre parti que celui de se remettre en son pouvoir, et empêchant que personne ne vint à son secours ni ne lui donnât de vaisseau pour s'en aller par mer; il parvint toutefois, avec beaucoup de secret et d'activité, à s'en procurer un pour dix mille pièces d'or, à l'aide duquel il sortit pendant la nuit de la tour, avec sa famille et ce qu'il avait de plus précieux. Suivant la côte, il prit terre à une assez grande distance, et erra quelque temps dans le pays de Bazal , jusqu'à ce qu'on l'eût informé qu'il était poursuivi par ordre d'Abou Amrou, et que sa personne courait les plus grands

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