CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
affectât beaucoup d'attachement à son service. L'émir Édris, voulant se défaire de Mousa, l'envoya en avant avec des lettres pour l'émir de Grenade, dans lesquelles il pressait celuici de récompenser Mousa comme le méritaient ses loyaux services. Habous comprit ce que parler voulait dire : il fit couper la tète à Mousa dès qu'il se présenta, et répondit à Édris que Mousa avait reçu la récompense qu'il méritait. Mousa ben Afan était cousin d'Édris et de Mohammed ben Édris, saheb d'Aldjéziras ; lorsque celui-ci apprit sa mort, il se disposa à la venger et voulut profiter de l'absence d'Édris, qui était parti avec sa cavalerie pour le pays de Ronda, où Habous était occupé à combattre contre les troupes de Séville, commandées par Mohammed ben Abcd. Mohammed d'Aldjéziras vint donc à Malaga avec de bonnes troupes , composées en grande partie de noirs africains, et ceux-ci entrèrent sans résistance dans la ville. Ceux qui gardaient la kassbah se joignirent à eux, et Mohammed s'y assit sur le trône et y fut proclamé émir par ces troupes réunies. Le peuple cependant, qui aimait son émir, prit les armes contre les noirs et les contraignit à s'enfermer dans la kassbah, où ils se fortifièrent et se défendirent avec beaucoup de valeur. Ceux de Malaga formèrent un grand campement, et, ayant exactement bloqué le fort, ils offrirent aux noirs de bonnes conditions , et firent si bien que beaucoup d'Africains passèrent de leur côté. Les habitans avertirent de cet événement leur émir, qui revint sans tarder avec ses troupes et pressa le siège , invitant les noirs à venir se mettre sous sa sauvegarde et à sa merci, et menaçant de mort ceux qu'il trouverait dans la kassbah quand il y entrerait d'assaut. Par là, il séduisit les noirs,' qui s'échappèrent de la forteresse, dont ils sortirent pendant la nuit par un souterrain , et Mohammed, se voyant abandonné de ses meilleures troupes, se remit entre les mains de son cousin, ne doutant pas qu'il ne lui fît ôter la vie ; mais Édris le fit partir pour l'Afrique
avec toute sa famille, pour la forteresse de Hisn Aïrasch, où il avait laissé ses trésors et sa fille. Édris s'assura la possession d'Algésiras, d'où il passa bientôt eu Afrique, prendre possession de Tanger et de Ceuta. Tous les noirs se rangèrent à son service, et il renvoya dans leur pays ceux qui répugnèrent à servir en Espagne. Pendant qu'il était en Afrique, comme les Slaves albarquetines, Bazikala et Sékan, qui avaient été gouverneurs de Geuta et de Tanger, voulaient faire quelque mouvement, le peuple qui les abhorrait à cause de leur avidité et de leur cruauté, au lieu de favoriser leurs projets, les accusa et les dénonça publiquement devant Édris : « Mouley, lui dit un Andalous , ces Slaves qui t'accompagnent et t'entourent sont des traîtres, qui te servent avec fausseté et un cœur déloyal, veulent te perdre, et trament des conspirations contre ta vie : souffre que nous les traitions comme le mérite leur perfidie. » 11 ne fut pas possible de les sauver des furieuses et terribles mains du peuple, qui les déchira en un moment, après les avoir soustraits à la vue de l'émir. Peu de temps après Édris partit pour l'Andalousie, emmenant avec lui le plus jeune de ses fils, dont il laissa l'aîné en Afrique , en qualité de wali des gouverneniens de Ceuta et de Tanger. — Abdelaziz El Mansour, de Valence, mourut en l'année 452 — 1060, et eut pour successeur son fils Abd el Rahman ben Abdelaziz, qui était gendre de Dzy el Noun de Tolède, et fut surnommé El Modhafer. Contre sou gré, il envoya ses troupes à la guerre d'Andalousie , ce dont il ne put se dispenser du vivant de son père.
Vers ce même temps Dzy el Noun, émir de Tolède, entra dans les domaines de Gordoue avec une puissante armée , prit des villes et des forteresses, vainquit dans des escarmouches et des rencontres réitérées les troupes de l'émir de Gordoue, malgré les secours que lui prêtèrent ses alliés de Séville et de Badajoz , et , dans une sanglante bataille, il enfonça et défit Tannée des coalisés auprès du