CHAPITRE VItfGT-TROISlÈ
émirs d'Espagne de ce temps ; il était magnifique, timide, superstitieux et cruel, au dire du chroniqueur employé par Conde*. On ajoute qu'il était beau de sa personne, spirituel et poli, mais voluptueux à tel point qu'il porta jusqu'à huit cents le nombre des femmes de son harem, tout en conservant une prééminence marquée sur toutes les autres à sa principale épouse, fille de Moudjèhid el Ahméry, le conquérant des Baléares, et sœur d'Âly, saheb de Dénia : c'est d'elle que lui étaient nés sa fille chérie Thaïrah, et le fils qui lui succéda et prit part aux affaires du gouvernement dans les dernières années de son règne. On reprochait aussi à l'émir Abèd, comme nous l'avons vu, un penchant à la cruauté, et Ton cite à l'appui la collection de coupes enrichies d'or et de pierreries, dont nous avons parié ailleurs, qu'il avait fait fabriquer avec les crânes des personnages marquans tués de sa main ou de celle de son père, au premier rang desquels figurait le crâne du khalife hammoudite Yahya el Motaly. Mais de toutes ses bonnes et mauvaises qualités, la plus marquée était l'astuce, la mauvaise foi, la perfidie qu'il employa sans scrupule à l'agrandissement de sa puissance. C'est ainsi que nous l'avons vu s'emparer de Cordoue par la plus insigne trahison. Il recommanda vivement à son fils, à son lit de mort, de se garder des Lamtounes ou Al Morabityns, que nous aurons plus d'une fois occasion de mentionner par la suite, et si célèbres sous le nom d'Almoravides; de chercher à s'assurer et de bien garder les clés de l'Espagne, Djébraltarik et Aldjésirah, et surtout de travailler à réunir en sa main l'empire morcelé d'Espagne, qui lui appartenait comme maître de l'impériale Cordouc*.
Abou el Kasem Mohammed, son fils, alors Agé de vingtneuf ans, deux mois et quelques jours, fut proclamé sous les
f Conde, c. 5.
2 lbid., 1. c.
titres d'El Motamed A'lay Allah, El Dzafer, El Mouwayyad Billah (raffermi devant Allah , le vainqueur, le protégé d'Allah). Brave, libéral, magnifique, doux et humain dans la victoire, excellent dans l'art des vers et protégeant, à l'envi de son ami Moezz el Dawlah, saheb d'Alméria, tous ceux qui cultivaient les lettres, le nouvel émir avait toutes les qualités de son aïeul et de son père, moins la cruauté de ce dernier; il gagna par là tous les cœurs et rendit à leurs foyers ceux que la cruauté de son père en avait exilés; mais il avait aussi du premier l'insatiable ambition et la politique astucieuse de son père, et on lui reprochait, comme à celui-ci, d'être mauvais Musulman. 11 buvait du vin, en usait surtout en temps de guerre, et le permettait à ses troupes pour s'animer au combat1. Abèd n'avait point bâti assez de mosquées ; Mohammed faisait sa société intime des chrétiens et des Juifs lettrés de ses états. Bien plus, il cimenta dans la suite, comme nous le verrons, par le don de sa fille Zayda, une étroite alliance que l'habileté de son wazir Ebn Omar sut lui procurer avec Alfonse de Castille, jusqu'alors son ennemi. Son talent pour la poésie était surtout remarquable ; ce en quoi personne ne le lui disputait, hors son ami déjà nommé plus haut, Moezz el Dawlah, saheb d'Almérie, protecteur éclairé comme lui des poètes et des gens de lettres. Il faut mentionner aussi, entre les rois musulmans les plus distingués de ce temps, et dignes émules des Bény Abèd de Séville, quoique d'une puissance moindre, les sahebs de Santa-Maria d'Orient (Albarracin) et d'El Salah, petit territoire entre la Manche, Cordoue etCalatrava, connus sous le nom de Bény Razyn.
Le hadjeb Ezz el Dawlah Abou Mohammed Houdzayl ben Khalf ebn Razyn qui, suivant le rapport d'Ebn el Abàr el Kodhaï , s'était enrichi à force d'exactions et de rapines,
i Voycx ce que nous avons dit au sujet du vio, t. iv, p. 316 el seq..