CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
fat, ainsi que nous l'avons vu, le premier seigneur et le fondateur de cette dynastie, et sa souveraineté indépendante sur Santa-Maria d'Orient date de Tannée 1011, époque où Sooletman el Mostaïn Billah achetait des partisans en leur conférant des domaines héréditaires.
Il règne une grande confusion dans l'histoire de ses successeurs,* à raison de la ressemblance des noms et des titres de ces princes , à l'égard desquels les dates d'avénement ou de décès sont même presque complètement ignorées , en sorte qu'il est fort difficile d'attribuer avec précision à chacun d eux le petit nombre d'évèneraens où ils ont figuré en ces temps de désordres et de dissensions.
En donnant une solution conjecturale aux incertitudes que laissent sous ce rapport les récits tronqués ou contradictoires des historiens, on doit penser que ce premier Houdzayl fut celui tjui reçut , à Y avènement de Djêhwar au trône de Cordoue , l'invitation de rendre hommage au successeur des khalyfes, invitation qui fut dédaigneusement accueillie par l'émyr d'Albarracin , dont la faiblesse relative était compensée par l'amitié et la protection de Saragoce et de Tolède.
Mais il est probable que le pouvoir était passé des mains de Houdzayl à celles de son frère Abou-Merwân A'bd-el- Melek ben Khalf , lorsque Djehwar tenta de réduire à l'obéissance , par la force des armes , un adversaire dont la puissance était si disproportionnée à la sienne. Djehwar envahit aisément le territoire d'£l-Sahlah(1039), voisin de Cordoue; mais l'émyr d'Albarracin réclama les secours d'Ebn Dzy-el- Noun , et, grâce aux renforts qu'il en obtint, il recouvra le territoire envahi avec d'autant plus de facilité que son affabilité et sa douceur lui avaient gagné l'affection de son peuple. Bientôt, du rôle d'auxiliaire l'émir de Tolède passa au rôle de chef direct de la guerre , et les Bény-Bazyn suivirent ses drapeaux avec autant d'ardeur qu'il en avait mis lui-même à soutenir leur cause.
A'bd-el-Melek fut remplacé par son fils Abou-Mohammed Houdzayl , surnommé E'z-el-Dawlah, comme son oncle ; lié d'une étroite amitié avec l'émir de Valence Abd el Melek el Modzhaffer, gendre d'El-Màmoun de Tolède, il l'accompagna à Xelba lorsqu'il le vit dépouillé par son beau-père irrité (1065).
Abou Mohammed Houdzayl ebn Razyn mourut peu après l'émir de Séville Ebn Abêd, vers 1070; au moins voyonsnous vers ce temps son frère , d'autres disent son fils z , Abou Merwan Abd el Melek, nommé aussi Ebn Aslay , et revêtu du titre honorifique de Djésam el Dawlah, lui succéder an pouvoir : prince accompli , qui fut le héros et l'ornement de sa dynastie , plus illustre par son courage que par sa naissance , poète célèbre , guerrier expérimenté , chéri de ses soldats dont il partageait la nourriture et le costume. Dès qu'il eut reçu la puissance, il donna tous ses soins à assurer la défense de ses domaines par la construction de plusieurs forts ; il embellit ses ailles de nouveaux édifices, et y accumula de? richesses considérables. Fidèle comme ses prédécesseurs à l'alliance de Tolède, il prit une part active aux expéditions de Yahya el Mâmoun contre Murcie et Séville. Puis, lorsque Tolède eut été enlevée aux Musulmans par Alfonse, ce fut à Saragoce qu'Abd cl Melek prêta le secours de son bras ; c'est en voulant dégager Ahmed ebn Houd assiégé dans Huesca par les chrétiens, qu'il fut battu, avec les sahebs de Xativa et de Dénia, à la bataille d'Alcoraz, où les annales aragonaises font périr les quatre rois maures dont les tètes figuraient en noir sur l'ancien écu d'Aragon (1006.) — Abou Merwan Abd el Melek Djésam el Dawlah vécut, comme nous le verrons, jusqu'en 1102, et fut l'allié, le protecteur et l'ami, autant qu'on peut le comprendre, du turbulent et séditieux héros auquel est resté le nom arabe de Cid.
• Conde l'appelle son frère, c. 3.