CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
Mais n'anticipons pas sur les événemens. Abd el Melek Abou Merwan, avons-nous dit, prit une part active aux expéditions d'Yahya el Màmoun contre Murcie et Séville. Disons la cause et la snite de ces guerres complexes où se montrent au vif le génie et le caractère de nos Arabes andalousiens en ces temps d'anarchie.
Nous avons vu , en parlant de la prise de Gordoue par Ebn Omar, que le général djehwaride Harêts ben El Hakem, des qu'il eut appris la mort de son émir, et l'arrestation du fils de celui-ci, s'était retiré près d'El Màmoun de Tolède, qui l'avait reçu avec les égards et les honneurs dus à un noble ennemi, dont il avait eu si longtemps occasion d'apprécier et d'éprouver la valeur et les talens. Excité par Harèts ben El Hakem, El Màmoun , au moment de la mort d'El Motadhed de Séville, voulut tenter la fortune contre le nouvel émir son fils, Abou el Kascm Mohammed El Motamed Alay Allah ; et, arec les troupes qu'il rassembla de Valence et d'Albarracin, il entra au pays de Murcie et de Tadmir, dont les walis Abou Bekr Ebn Taher et Ahmed ben Taher avaient fait alliance avec l'émir de Séville contre ceux de Valence et de Tolède; il entra donc avec une puissante armée au pays de Murcie : El Màmoun demanda également des secours à ceux de Galice et de Gastille, qui lui fournirent de la cavalerie d'élite. Abou Bekr et Ebn Taher demandèrent aussitôt des secours à leur allié Ebn Abéd, attendu qu'ils ne pouvaient résister seuls à l'émir de Tolède , qui amenait contre eux une très puissante armée
Ebn Abèd était alors tout occupé de la guerre de Grenade et de Malaga; et il fit marcher à leur secours son général et favori le rusé Ebn Omar, de Schombos. Ebn Omar partit de Séville, emmenant une nombreuse cavalerie avec deux cents chameaux et un grand nombre de mulets de bât; il
i Nous conserverons an récit de celte guerre lacoaleur qu'elle a dans l'original, el qu'on retrouve, bien qu'altérée comme toujours, dam Conde, m» p.,c. S.
HISTOIRE DESI'AGNE
sortit par Bab Makaréna , devant laquelle il demeura pendant quatre jours ; bientôt il leva ses bannières , fit battre les timbales , et partit pour le pays de Tadmir , ramassant des troupes et des provisions sur toute sa route. Ebn Omar se logea, a Murcie, dans la maison d'Ebn Taher, où vinrent le visiter les principaux scbeiks de la ville ; il leur fit tant de promesses et les encouragea tellement , qu'il les remplit de confiance ; et , sans s'arrêter plus de deux jours , après avoir tiré d'Ebn Taher dix mille pièces d'or, il se rendit près de Ebn Barandjah, seigneur de Barcelone. El Barschalouny (c'est ainsi que la chronique désigne Raymond Béreoger Ier, alors comte de Barcelone), le reçut bien, et ils concertèrent leurs arrangemens et le secours qu'il devait amener au pays de Murcie. Ebn Omar donna dix mille pièces d'or le jour que la cavalerie du comte de Barcelone se mit en marche, lui en promettant autant lorsqu'elle serait arrivée à Murcie. Pour sûreté réciproque, le Barcelonais donna un de ses cousins , qui partit avec Ebn Omar , et celui-ci promit , de la part de son maître, au comte chrétien , de lui livrer , sitôt qu'ils seraient arrivés à Murcie, le propre fils de l'émir de Sé ville, Baschid ben Mohammed. Ebn Omar écrivit aussitôt à Mohammed, par le cousin du Barcelonais, afin qu'il envoyât ses troupes et son fils, comme cela était convenu. Ebn Barandjah se mit aussitôt en marche avec un corps de cavaliers brillamment équipés. A [son arrivée aux champs de Murcie , il trouva les troupes de cavalerie qu'envoyait l'émir Mohammed ben Àbêd avec son fils Raschid, lequel passa sur-le-champ au camp des chrétiens, et demeura en ôtage auprès de Baymond. Ebn Omar prit le commandement de ces troupes, qui n'étaient pas nombreuses, et s'avança vers Murcie, assiégée par les troupes de Tolède, que commandait en personne l'émir El Màmoun, et par celles de Valence , de Dénia et de Murbiter , par les alcaïds de Xatiba et les sahebs de Conca et d' Albarracin , ainsi que par leurs auxiliaires de Galice et de CastiUe, qui ne faisaient que dévaster et ravager