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CHAPITRE TREIZIEME

' revinrent, en grand désarroi, se remettre et prendre quelque

repos à Tahuste (Tausle) en Aragon, tandis que Pierre regagnait sa chère Se ville '.

i Pierre fut de retour à Séville vers le milieu d'août*. Il

apprit en arrivant qu'un chevalier appelé Matheo Mercer, de r la ville de Valence, et vassal du roi d'Aragon, courait, avec

E quatre galères, les mers du détroit de Gibraltar, faisant

!{ guerre et dommage aux vaisseaux marchands de Gastille que

j;. les besoins de leur commerce appelaient dans ces parages, et

gt il fit armer sur l'heure cinq galères, pour les envoyer contre

i Mercer, sous les ordres d'un chevalier à lui, qu'il aimait

beaucoup, et dont il avait fait son ballestero-mayor après la

li''

If 1 mort sans doute du vieux Pero Lopez de Padilla. C'était un

,^j nommé Zorzo, corruption génoise du nom de George. Ce

^ Zorzo, originaire de Tartarie, avait été pris enfant par les Gé-

^j[ Dois et élevé parmi eux, et emmené en Espagne par l'amiral

g D. Gil Bocanegra. Il partit de Séville, à la recherche des

^ quatre galères de Mercer, les joignit sur la côte de Barbarie

j^. près d'un lieu appelé One, du royaume de Tlemcen, (entre les

. . îles Djafarin et Mers-el-Qibir), les attaqua, les prit et les

amena au roi à Séville, avec Mercer et les équipages prisonniers. Pierre, toujours justicier à sa manière, fit tuer Mercer et la plupart de ses gens dès qu'ils furent arrivés près de lui^. »Ce fut vers ce temps qu'eut lieu, entre les rois de Portugal et de Gastille, l'échange de prisonniers qui livra au premier les meurtriers d'Inès de Castro. Nous avons vu ce que Pierre de Portugal fit de ceux-ci, ou du moins des deux

^ Cronica del Rey D. Pedro, ano xi, c. 12.

* U y était certainement le 19 août 1360, d'après la date d'une alvala ou charte parliculière donnée de Séville, le 19 août de l'ère 1S98, à D. Garci Ferrandez Manrique « son vassal et alcalde-mayor de la noble cité d'Algesiras, > pour lui concéder la faculté d'avoir et de nommer un notaire dans sa terre d'Amusco (Salazar, Pruevas de la Casa de Lara, p. 46).

' É el dicho Zorzo trajô preso al dicho Matheo Mercer, é manddle luego el Rey matar, é â muchos otros de las dicbas galeas.

que le roi de Gastille put lui livrer. L'écuange était de trois contre trois, mais Diego Lopez Pacheco était parvena à s'échapper en Aragon, et le Castillan ne put le prendre. Le Portugais fit sa livraison entière : les trois vassaux castillans, Men Rodriguez Tenorio, Ferrand Gudiel de Tolède et Forton Sanchez Galderon, dont tout le crime était d'avoir craint le roi et cherché un refuge contre ses ^olences,Iui forent renvoyés à Séville, où il les fit tuer '. D. Pero Nunez de Guzman eut un sort pire encore : nous avons vu comment il s'était soustrait à la colère du roi en s*enfuyant dans son châteaa d'Aviados. Peu après il était passé en Portugal, croyant y être plus en sûreté. Lorsque se fit le troc donc nous venons de parler, il fut arrêté, mais il parvint à s'échapper de la prison, et chercha un refuge dans le château d'Alburqnerque, dont était alcayde Sancho Buiz de Yillegas, son ami. Sachant combien le roi tenait à avoir Pero Nuûez, Sancho Ruiz le vendit. Et le roi le fit tuer à Séville très cruellement, dit Ayala, et la forme de sa mort serait trop inhumaine et trop hideuse à raconter, et cela chagrina beaucoup ceux qui véritablement aimaient le service du roi, et ne leur plaisaient point de telles œuvres*.

La main qui pesait sur lui comme la fatalité antique, le portait à frapper toujours, à frapper partout. Apfès avoir

^ É los que esto vîeron, dit noblement Ayala, tovieron que los Reyes ficieron K) que la su^meroed fué ; »mas que el tal troque non debia ser fecho, pues estos cal»lleros estab^n sobre seguro en los sus regnos.

' É el Rey fizole matar en Sevilla muy cruelmente : é la manera de su maerte séria asaz fea é crua de coutar, é pesd roucbo à los que verdaderamente amaban servlcio del Rey, é non les placia de taies obras. — Salazar, Casa de Lara, 1. xvi, cil, dit que ce Don Pedro Nuiiez de Guzman, seigneur d'Atiados, était marié avec Dona Sancha Rodriguez de Asturias, sœur de Don Rodrigo Alvarez de Asturias, seigneur de Norena, Gijdn y Trastamâra, celui qui adbpta et institua le comte Don Henri son héritier, lequel pour cette raison, fut appelé comte de Trastamàra, C\]^ T Norena. — Ce rapport de Pero Nunez de Guzman avec D. Henri de Trastamare, dut entrer pour quelque chose dans Tétrange rage du roi contre ce seigneur, rag« quMl assouvit par un supplice indescriptible et plein de raffinemens de cruauté.

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fait donner dans Séville, lui présent, à D. Pedro Nunez de Guzman, la mort hideuse dont parle et que n'ose décrire Ayala» de Séville même il régla toutes choses pour un meurtre qui s'accomplit, à quelques jours de là, dans Alfaro, sur la frontière d'Aragon. Il avait appris la démarche deGutierFerrandez de Tolède, tentée deTudèle près de l'infant D. Ferrand d'Aragon pour l'amener à rentrer dans l'obéissance du roi. Soupçonneux comme tous les despotes, il avait tenu et condamné dans son cœur cette démarche comme une action digne de mort. Il était lui-même le tribunal secret de ses victimes, et il choisissait ensuite assez bien le moment de Texécution. Il le préparait par la ruse et la fourberie, quand il ne pouvait pas agir à force ouverte. C'était ici le cas de la ruse. Gutier Ferrandez de Tolède était un personnage considéré, vénérable par Tâge, connu par de longs et glorieux services, qu'on ne pouvait faire tuer tout à fait sans préparation. D'autant mieux qu'il était aimé des siens et avait des troupes à lui qui eussent pu le défendre, si l'on ne s'y fut bien pris pour le tuer.

Pierre donc lui écrivit à Molina, où était le siège de son commandement sur la frontière d'Aragon, une lettre pleine de témoignages de confiance, par laquelle il lui ordonnait de se rendre sur-le-champ aux frontières de la Navarre, dans la petite ville de Sadava, pour y joindre ses efforts ^ ceux du cardinal de Boulogne, légat du pape, qui y travaillait à la pacification des deux royaumes. Il lui enjoignait, préalablement, de se rendre à Alfaro, où il trouverait D.Garci Alvarez de Tolède, maître de Saint-Jacques, et Martin Lopez de Gordoue, son camarero-mayor, lesquels l'informeraient de sa volonté au sujet de cette paix; il lui ordonnait de se hâter, car il s'agissait de son service et du plus grand avantage de ses royaumes. Gutier Ferrandez partit saps crainte, et s'en fut à Alfaro où commandait D. Garci Alvarez de Tolède, et il y trouva Martin Lopez de Gordoue, arrivé avec les ordres parti-

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caliers da roi. Gutier était assez bien accompagné. Le jour de son arrivée à Alfaro, il trouva le maître de Saint-Jacques passant one reyae de toutes les troupes de la garnison et du voisinage, et il passait cette revue» dit Ayala, pour avoir un prétexte de se trouver tout armé, lui et les siens, si quelque sédition venait à éclater à Foccasion de ce qu'il avait à faire ce jour-là. C'était la veille de la Nativité de la Sainte-Vierge (7 septembre). Gutier Ferrandez était descendu dans une maison préparée pour le recevoir. La revue passée, le maître de Saint-Jacques et le maître d'Aicantara D. Suer Martinez,qui commandait à Gomara, et qui avait été mandé exprès à Alfaro, furent à la maison où était Gutier Ferrandez, et, descendant de cheval, y entrèrent et le firent arrêter, puis emmener prisonnier dans la maison du maître de Saint- Jacques, oîi Martin Lopez de Gordoue lui apprit que le roi avait ordonné qu'on le tuât. Se rendant ce témoignage à lui-même : « Je n*ai jamais rien fait pour mériter la mort,» répondit-il ^. Martin Lopez lui ayant demandé, au nom d& roi, de lui livrer le château de Molina et les autres châteaux dont il avait la lieutenance sur cette frontière, afin qu'on te remît sans difficulté à qui le roi les confiait pour y conunander, suivant les lettres qu'il avait là, et il les montrait, Gutier Ferrandez dit qu'il était prêt à rendre ces châteaux au roi qui les lui avait confiés, et l'on envoya chercher un notaire qui fit sur l'heure des lettres aux alcaydes de l'alcazar et des châteaux de Molina, portant qu'ils eussent aussitôt à les livrera Martin Lopez de Gordoue, chargé de les prendre sous son commandement d'après des ordres du roi qu'il avait montrés. Il demanda aussi aux maîtres de Saint-Jacques et d' Alcantara et à Martin Lopez de Gordoue, là présens, la permission d'adresser une lettre au roi, ce que ceux-ci lui permirent de faire ; et il dicta aussitôt au notaire qui déjà avait écrit

^ Yo nunca fize cosa porque mereciese muerte.

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ses lettres aux châtelains de Molina la lettre suivante : « Seigneur, moi, Gutier Ferrandcz de Tolède, je vous baise les mains, et me dégage de ma foi envers vous ; car je m*en vais chez un autre seigneur qui est plus grand que vous n'êtes. Et, seigneur, votre grâce sait bien comment ma mère et mes frères et moi fûmes toujours, depuis votre naissance, attachés à votre personne, et que nous avons souffert beaucoup de maux et périls pour votre service, au temps où dona Léonor de Guzman avait pouvoir dans le royaume. Seigneur, je vous ai toujours bien servi, et je crois que les vérités que je vous ai dites pour votre bien et utilité sont la cause pour laquelle vous me faites tuer. En cela, seigneur, vous agissez selon votre volonté, et que Dieu vous le pardonne; mais, moi, j'ai fait mon devoiç, et je demande à Dieu de vous le pardonner; car jamais je ne méritai rien de tel; et maintenant, seigneur, je vous dis, étant à Theure de la mort, et n'ayant que ce dernier conseil à vous donner, que si vous ne cessez de tenir le couteau levé, et ne vous abstenez de faire donner des morts comme celleci, votre royaume est perdu et votre personne en grand péril, et je vous prie en grâce de vous en garder; car je parle loyalement avec vous, étant à cette heure où je ne peux et ne veux dire que vérité. »

Cette lettre achevée, on fit entrer Gutier Ferrandez dans une chambre, et là on lui coupa la tête, qu'on envoya au roi par un arbalétrier de masse. Le même jour, on arrêta à Àlfaro Pero Ferrandez Quexada, un bon chevalier de la terre de Léon, pour avoir, à ce qu'il semble, plaint trop haut le malheureux Gutier, ^et on l'emmena prisonnier à Almodovar del Rio, près de Gordoue : et de cela, dit Àyala, furent très effrayés tous les chevaliers qui étaient là '.

^ La lettre de Gutier Ferrandez fut portée au roi avec la tète de celui qui l'avait dictée. Mais 1 seul sentiment qu'elle excita en lui fut un sentiment de regret qu'on

538 BKTOnUB 1)*K8PAG1IB.

Ce n'était pas la seule nission dont eût été chaigé par le roi dans ces contrées Martin Lopez de Gordoae, son camarero-mayor; il avait d'antres ordres à remplir, et, cela perpétré à Alfaro dans la personne de Gntier Ferrandez, il prit aussitôt le chemin de Soria, où il fit arrêter la femme et les filles de Gomez Garriilo, fils de Pero Buiz Garrillo, qui avait déplu an roi, et auquel il ne voulait pas de bien. Il avait toutes sortes de raisons pour cela, qu'Ayala énumère tout au long. Ces raisons, du reste, sont très compliquées. Le roi, en effet, ne lui voulait pas de bien, parce qu'un an avant ceci, il avait pris (c'est-à-dire séduit ou violé) dofia Maria Gonzalez de Hinestrosa, fille de Juan Ferrandez de flinestrosa (cousine par conséquent de Marie de Padilla), et femme de Garciiasso Garrillo, frère dudit Gomez Garrillo, fait pour* lequel, comme nous l'avons vu, le dit Garciiasso Garrillo était passé en Aragon au parti du comte D. Enriqae; et, pour cette raison, le roi en voulait à Gomez Garrillo, frère dudit Garciiasso.

C'est pourquoi il lui fit mille grâces, et lui dit qu'il voulait lui donner de plus grandes marques de confiance qn'O ne lui en avait données jamais <; que, toutefois, et bien qu'il ne crût rien des accusations dont il avait été Fobjet, pour se mettre à l'abri de tels dires, il était mieux qu'il quittât la frontière d'Aragon , près de laquelle étaient ses parens passés au service de D. Henri (savoir Pero Garrillo, Gomei Garrillo de Quintana et Garciiasso GarriHo son frère); qu^, pour cela, il voulait lui donner le commandement d'Algésiras , alors aux mains de D. Oarci Ferrandez Manrique, qull appellerait à une plus grande charge en Gastille.

la lui eût laissé faire : «• É esta carta fué dada al Rey, é pésole mocho porqne gt il dexaron facer. — Ayala dit, en parlant de Tarrestation de Pero Ferrandez Quexada : — É levaronle preso à Almodovar del Rio cerca de Cordoba : é desto fueron inuy «spantados todos los CBl)allero8 que ende eslalNin.

^ ARtes queria fazer siejor flanaa dél que^faslB estooce fielera.

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