‹ Histoire d'EspagneChapitre 103 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME. 5W · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME. 5W

2'' qae le roi de Castille restituerait les châteaux et les Tilles qu'il avait pris à TAragon dans cette guerre. lis se contentèrent de si petites conditions, et ils signèrent la paix an milieu de mai 1361. Elle fut publiée avec solennité dans le camp du roi de Castille, près de Deza, en présence du légat, de D. Bernard, vicomte de Cabrera et de Mosen Bemon Aleman de Cervellon, plénipotentiaires du roi d'Aragon. Le héraut d*armes la publia en ces termes : « Notre sei* gneur le roi fait savoir à tous les seigneurs, prélats, comtes et chevaliers, et à toutes autres personnes de quelque condition qu'elles soient dans les royaumes de Castille et de Léon, qu'il a paix et bon amour, fermes et véritables, avec le roi Don Pedro d'Aragon, et ses royaumes et snjets; et ordonne qu'aucun des siens ne soit assez osé pour faire guerre ni mal quelconque aux royaumes d'Aragon ni à leurs habitans, sous peine de tomber dans sa disgrâce, et sous toutes les autres peines qu'encourt celui qui rompt la paix faite par son roi et son seigneur.» Et tous ceux qui étaient là avec le roi, ajoute Âyala, qui entendirent cette publication delà paix, en eurent un très grand plaisir ; car tous ceux des royaumes de Castille, qui étaient là avec le roi , faisaient la guerre tout à fait contre leur volonté et à contre-cœur *. Il avait été aussi question, dans la partie secrète des négociations, d'un mariage entre le roi de Castille et Tinfante dona Juana, fille du roi d'Aragon, comme si des deux parts on eût oublié que Pierre était marié avec Blanche de Bourbon, et lié d une sorte de lien matrimonial (qu'il prétendit depuis avoir été un véritable mariage) avec Marie de Padilla, toutes les deux vivantes. Il fit aussi reconnaître comme son héritier D. Alfonse, fils de Marie de Padilla , et tout enfant encore , pour le fiancer à

^ É todos los que y eran oon el Rey que oyeron este pregon de la paz ovieron muy grand placer, porque cesaba la guerra ; ca todos los del Regno de Castilla la facian mucho contra su voluntad.

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Tinfante doAaLeonorS la plus jeune ded fllles du roi d'Aragon; en sorte que si ce double mariage avait eu lieu, Pierre de Gastille aurait été beau-frère de son flis et de sa bru, et, vice ^>ersà , celui-ci aurait été beaorfrère de sa belle-mère et de son père '.

La paix avec TÀragon ainsi conclue, Pierre se rendit de Deza à Séville^. II y était depuis quelques jours à peine, lorsque, par un redoublement de haine contre Blanche de Bou^ bon, dont la cause est restée un mystère, et comme si elle eâl été un obstacle à quelque plan politique conçu par lui, auquel peut*étre n'était pas étrangère la pensée du mariage dout il a été parlé, du roi avec une infante d'Aragon, il résolut de s*en défaire. Elle était prisonnière à Médina-Sidonia , sous la garde dlnigo Ortiz de Estuniga, chevalier que le roi avait chargé de cette délicate mission. Déterminé à se défaire de la reine dès son retour à Séviile , le roi envoya à Médina- Sidonia un homme appelé Alfonse Martinez de Urueâ, créature d'un médecin italien peu scrupuleux , dont la talens avaient été employés contre D. Juan Alfonse d'Alboquerque sept ans auparavant ^ et qui joignait à la conaaissance de la médecine celle des finances, puisqu'il était devenu grand comptable ou intendant des finances du roi. La chronique rappelle Pablo de Perosa (Paul de Pérouse). Alfonse Martinez de Uruefla, son serviteur, avait mission expresse de

^ Il n'ayait pas encore deux ans, étant né à ToniésUlai, au mois d'août 1359.

* VoJr, sur ces curieuses négociations, Zurila^ Anales de Aragon, 1. ix, c. 33, 31, 36 et seq. — Par suite de cette paix, le comte D. Henri, son frère D. Sancho, et les chevaliers castillans de leur parti se réfugièrent alors de ce côté-ci des Pyrénées. Us entrèrent à force ouverte dans la sénéchaussée de Carcassonne, au mois de juillet de cette année (1361), nonobstant la résistance que leur opposa Pierre de Voissins, seigneur de Rennes, qui se mit au pays de Fenouillades pour les arrêter ai passage (Voir Hist. de Languedoc, t. iv, p. 317.)

3 11 était à Séviile le 10 juillet, où il concéda à la ville de Murde le droit de placer dans ses armes, à Torle de Técu, les châteaux et les lions des armoiries royalis (Voir Cascales, p. 287.)

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donner à la reine des herbes ponr la faire motirir ; il parla, suivant Tordre du roi, de la commission dont il était chaigé, à Inigo Ortiz de Estuniga; mais celui-K;i reçot mal cette ouverture. Il se rendit aussitôt auprès du roi, et lui dit que jamais il ne tremperait dans une telle action. Le roi pouvait retirer la reine dofla Blanca de sa garde et en faire alors à sa volonté; mais pour lui elle était sa dame, et à souffrir qu'on la tuât il commettrait trahison.

Le roi fut très courroucé contre Inigo Ortiz de ces paroles, et lui ordonna de remettre la reine à Juan Ferez de Rebolledo, originaire de Xérez, et Tun de ses arbalétriers, ce qui eut lieu; et dès qu'elle fut au pouvoir de rarbalétrier,qui Temmena, à ce qu'il me semble, de Medina-Sidonia à Xérez, c'en fut fait d'elle : Tordre de mort fut exécuté, on ne sait comment, et peut-être Juan Ferez ne prit^il même pas le soin de lui « donner des herbes » , selon Texpression d' Ayala. Ainsi mourut Blanche de Bourbon, après huit années de mariage^ qui ne furent pour elle, à quelques mois près, que huit années de captivité et d'infortune. Elle avait à peine vingt-cinq ans révolus* Mariée à dix-sept ans, comme nous Tavons vu, elle était arrivée en Espagne dans la seconde quinzaine de février 1353. Ainsi furent trompées les espérances de gloire et de bonheur qu'on avait fondées sur ce mariage d'une petitefille de saint Louis avec un petit^flls de saint Ferdinand. On lui avait fait faire à Faris une couronne royale, qu'elle ne porta que quelques heures, dont le roi Pierre hérita, si Ton peut hériter de ceux qu'on assassine, et qu'il transmit à la troisième de ses filles, en termes assez singuliers '.

* Voir son testament, £adt le IS novembre de l'ère 1400 (1362): ^ Otrosi mando à la infant Dona Isabel mi ^a la corona Francesa, que fué de Dooa Blanca flja del Duc de BortK»! ^ Ce que lui fut celte DoUa Blanca, fija del duo de Barbon^ il n'en dit mot. A quel Utre il possédait cette couronne frangaiee, qui avait appartenu à ladite dote Blanca, il ne se {ardepas moins de te dire.

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Telle fat la fin de Blanche. Yierge-éponse, elle n'avait connu qne l'abandon dans son horrible mariage, et Timagination des peuples dut être naturellement touchée de cette extraordinaire infortune. Jeune, belle, sans que l'histoire lui attribue rien de ce qui justifie le malheur, elle mourut abandonnée, et sa mort souleva l'indignation universelle. Et de cela eurent grand chagrin tous ceux du royaame, dit Ayala, dès qu'ils le surent, et il en arriva beaucoup de nul à la Gastille ^

Presque en même temps, et sans qu'on puisse déterminer au juste si ce fut avant ou après la mort de Blanche, à peu de jours d'intervalle toutefois, eu deçà ou au-delà de cette mort que le récit d'Ayala fait naturellement placer au mois de juillet, mourut à Séville, de sa maladie, aussi au mois de juillet (plutôt avant qu'après Blanche), Dona Maria de Padilla, la maîtresse favorite du roi, qui la regretta beaucoup et fit mener son deuil par tout le royaume ^.

Aucun auteur contemporain n'indique le jour ni même \e mois dans lequel mourut Blanche de Bourbon ; sealemeot, nous savons avec certitude que ce fut de Séville qae le roi dépêcha au gouverneur de Medina-Sidonia Tordre de donner ft des herbes » à la triste captive, reine de nom. Or, il est constant que Pierre ne fut de retour à Séville qu'au mois de juillet, et, sur divers indices et sur certaines habitades d'Ayala, qui parle souvent d'un fait avant un autre qui l'a précédé dans l'ordre chronologique, je le répète, je penche à croire que Pierre ne fit mourir par le poison sa femme légitime Blanche de Bourbon qu'après la mort naturelle de sa maîtresse Marie de Padilla. Quoi qu'il en soit, il est impos-

* É pestf mucho dello à todos los del reg^o despues que lo sopieron, é v\n6 por ende mucho mal à CastiUa.

' En este afio (1361) moriô en Sevilla de su dolencia Doiia Maria de Padilla : é fizo el Rey facer alli, é en todos sus regnos grandes llantos por ella, é grandes oompUmentos... É morid en Sevilla en el mes de jnlio deste dieho a&o.

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