‹ Histoire d'EspagneChapitre 11 sur 108 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Rocbe-Noire, hauteur escarpée qui domûie le château, tandis qae ceux qui le gardaient^ se fiaut à son escarpement et à sa force naturelle, se livraient au sommeil, et ils^ furent tousdécapités.L'alca7de Hamdoun et les babitans se retirèrent an* château en combattant en braves ; mais, par suite de la.[Nri8e de la Boche-Noire, ils ne purent s'y défendre. Il résista jusqu'à ce que le manque de provisions et la fatigue de ses^troupes le forcèrent à se rendre à de bonnes conditions. Tous sortirent saub avec leurs armes, leurs vètemens et tout ce qu'ils purent emporter : il en sortit mille cinq cents hommes, ainsi que beaucoupdefemmeset d'enfans, qui passèrent à Baza.

Ces pertes n'abattirent pas le courage d'Iso^l et la fortune ne tarda pas à l'en dédommager par la mort célèbre et singalière des deux infans castillans qui étaient devenus la terreur des Musulmans de cette frontière.

De la forteresse de Tiscar,disentles Arabes, le prince de Cas*' tille Bedrouft et son frère D. Yahya (lisez son oncle D. Juan) ' s'avancèrent courant et dévastant la plaine, depuis Alcabdaft. jusqu'à Alcala de Ben Zayde(Alcala-la-fiéal); ils assiégèrent la forteresse d'Illora, dont ils brûlèrent le faubourg, marchèrent an autre jour sur Pinos, et le matin de la SaiotrJean parurent à la vue de Grenade. Ismaël appela à lui les scheikbs et les guerriers de la ville, et leur représenta la honte qui résultait pour eux de ces libres algarades des chrétiens jusque sous les murs de la maison de l'islauûsme (Dar-el-Islam). Toute la jeunesse de Grenade s'arma et se réunit à la garde de l'émir. 11 donna le commandement de ses troupes à un Persan nommé Mahradjan, l^omme courageux et intrépide, et se mit en marche avec l'élite de ses cavaliers. Le Persan rangea ses escadrons et conduisit les Musulmans à la victoire. Les chrétiens ne purent résister à leur bravoure, et bieatàt Us commencèrent à plier et à cédw le champ;

* D. Juan était Bis d'Alfonse-le-Sagei et Pierre fils de Sanclio4e-BKave.

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on enfonça et rompit l'ordre dé bataille des ichrétiens ; oir les ponrsaivit et on les cerna de tous côlés, et les deax vaillans princes de Gastîlle y périrent en combattant. Tons deux tombèrent au plus rude et au plus ardent de la mêlée. Les Musulmans continuèrent jusqu'à la nuit la poursuite de Tennemi, dont l'obscurité favorisa la fuite. Les vainqueurs trouvèrent le lendemain le champ couvert de cada* ytes^ et le pillage du quartier des chrétiens les dédommagea des fatigues de la victoire. Telle était la chaleur du jour, que le premier soin dlsmaël fut de faire enterrer les corps des vainqueurs et des vaincus tués dans la journée et gisans pélemèlesur la (erre, de peur qu'ils n'infectassent instantanément l'air de miasmes putrides. Les Blusulmans qui avaient succombéen cette journée furent ensevelis avec leurs vètemens et leurs armes.» C'est, dit l'écrivain arabe, le plus honorable linceul que le vrai croyant puisse emporter de ce monde '. » Les auteurs espagnols appellent cette bataille la journée diê Infems, et disent que D. Juan et D. Pierre ayant eu Timprudence de se séparer, et le dernier voulant se porter au seeoursde son oncle D. Juan, aucun de ses hommes ne voulut le suivre. La chaleur était excessive. Soit qu'ils en fussent accablés, soit qu'ils fussent effrayés du nombre des ennemis, le jeune infant eut beau faire : personne ne bougea. Tons paraissaient plutôt disposés à la fuite qu'à l'attaque. Quelquesuns même commencèrent à fuir. Pierre s'agitait, leur fermait le chemin, les tournait de force la face vers l'ennemi ; mais aueua n'avançait. Les voyant à ce point sans courage, sa raison s'égara : il se frappa lui- même de son couteau de guerre comme pour leur montrer que ce n'était rien ; il s'en

^ C'eit fNaqac le verset du Koran : t Inhumez les martyrs comme ils sont morts, avec leurs armes et leurs vètemens ; ne les laves pas, car leurs blessures, au jour da Ju(|[eoient, auront Todeur du musc. » — C'est par erreur que Conde dit que cette défaite eut Ueu à U fin de l'année 718 (février 1319); eUe eut lieu le surlendemain de laSaintrJlcan(2ejttin iai9).

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perfa le earp^^ perdit la parole^ et tomba éewa cheval^ mort à ietre, comme dit la chronique {se tullô el cuerpo ^ perdiô el iiMa, y oayb del caballomuerto m tierrd). LMufant D. Jaan l'attendait à quelque distance ; et comme si tout devait étfs eitraordinaire dans cette journée, en apprenant la mort de son neven, il fut à son tour frappé d'égarement; il per-* dit la parole et le sentiment et demeura ainsi évanoui depuis midi jusqu'au soir dans un état qui n'était ni la taiort ni la vie (giie nin moria nin vivia). Il acheva de mourir enfin dans la nuit, et on abandonna son corps comme on avait fkit celui de son neveu. Ainsi moururent les deux infans, en rase campagne et sans btessures de personne (sin herida de nadie). Ismaêl envoya à Gbrdone, dans du camphre, le corps de l'infant D. Juan, qui fut retrouvé et reconnu le lendemain par les chrétiens prisonniers, et il fut de là transporté dans le magnifique monastère voisin de Burgos, appelé Nuestra Senora de las Huelgas^ dont nous avons parlé souvent déjà, et qui avait été fondé, ainsi que l'hôpital qui y est annexé^ par Alfonse VIII, roi de Gastille. Ce fut, depuis ce roi^ comme le Westminster ou le Saint-Denis de l'Espagne avant l'Escurial, et c'était un honneur pour les princes castillans d'y être inhnmés. C'était un riche et puissant couvent de fem<^ mes, dont l'abbesse jouissait des plus hauts privilèges, et s'intitolait : « Par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, abbesse du monastère royal de las Hùelgas^ de l'ordi^e de saint Bernard, près de la vtUe de Burgos ; supérieure, matrone, prélat et administratrice générale^ tant au spirituel qu'au temporel, du monastère de las Huelgas, ainsi que de toutes les égliseà , couvens, hermitagcs et paroisses dépendant dé cette juridiction, parla vertu des huiles apostoliques; avec les pouvoirs omni modo privativa quasi episc^palis fmUius iiœcesis^ la licence et l'autorité royale, et la notoriété publique, etc., etc.» Cette abbesse avait aussi le droit de publier des demissoria, d'accorder des permissions de prêcher, de

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laneer des censares de sa coar ecclésiastique. Elle jouissait encore de plusieurs autres prérogatives et immunités étrangères aux communautés religieuses de filles. Son peuvoif comprenait sous sa juridiction treize villes et un très grand nombre de villages, dont les curés et les magistrats étaient à sa nomination. Burgos était d'ailleurs la véritable cité gothique de la Péninsule ^. Certaines familles espagnoles ont mis longtemps tout leur orgueil à descendre directement des Goths, et elles y trouvaient un motif de consolation dans lés afflictions de Tadversité.

Y qaan propno nos es tambien à todos Àunque vivamos miserablemente»

Piensas que descendemos de los Godes *•

( El €onde de Rebolledo.)

Aussitôt après la victoire, Ismaël courût le pays et recouvra toutes les forteresses que lui avaient prises les infans. Les Castillans lui demandèrent une trêve, et il en fut signé une de trois ans entre les deux peuples ; mais Témir laissa d*un autre côté, à ses guerriers, le champ ouvert pour la gloire. En paix avec la^ Castille, il se tourna contre TAragon , qui , i la faveur de la minorité du roi de Castille , et soutenu des

^ Sur Vorigine du nom de Burgos il est bon de rappeler ici leà paroles d'Isidore de SévUle : --Burgarii, dit-il, iprigiaum lib. ix, c. 4, de Civibus) à Burgis dieH,<iuia crebra per limites, habitacula constituta burgos vulg6 vocant. Unde et Burgondionum gentis nomen inhœsit : quos quondam subacta Germania, Romani per castra disposuernnt, atque ita ex locis nomen sumpserunt (Ibid., 1. c).

2 Le nom de Godos est devenu quelque part cependant un titre de réprobation, c'est parmi les citoyens des jeunes républiques de l'Amérique méridionale. Ils appellent les Espagnols, leurs anciens oppresseurs, los Godos; maisil a fallu pour cela cette prodigieuse révolution qui a fait dire à M. de Chateaubriand :« .... Quand on a vu la pltis vieille monarchie du monde renversée, l'Europe tour à tour conquise et conquérante Qu'y a-l-il après de pareils événemens ? Ce qu'il y a ! portes vos

regards au-delà des mers : l'Amérique entière sort républicaine de cette révolution et remplace un spectacle étonnant par un spectacle plus étonnant encore. » (Chateaubriand, IntrodL aux Œuvres complètes.)

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