CHAPITRE ONZIÈME
à la main, et se jeta sur l'écayer pour le taer. On parvint à l'apaiser ; mais il ne pardonna ni à Técayer ni à son maître, et finit par enlever les états de ce dernier.
Quoi qu'il en soit de ce récit, toujours est-il que Pierre IV d'Aragon et Jacques III de Majorque, comme leurs pères ne vivaient pas en très bonne intelligence, et que dans les évé* nemens qui se préparaient, comme leurs pères encore dans d'autres événemens qu'on a vu plus haut, ils s'allièrent chacon selon sa convenance à des partis opposés. Pierre promit sa /coopération maritime aux rois de Gastille et de Portugal; Jacques s'abstint, conformément aux clauses de son traité avec l'émir de Marok.
Ainsi, dès le printemps de 1339, Aboul Hassan Ali avait fermement conçu de le projet faire la guerre sainte en Espagne. Des navires y transportaient journellement des troupes de guerriers de sa nation. Ils les y faisait passer avec leurs femmes et leurs enfans, s'imaginant déjà être maître de la Péninsule entière comme du temps de Bodtigue, et il voulait la peupler de ses gens. Gibraltar, Algésiras et Bouda en étaient remplis, et il en inondait le royaume de Grenade. L'émir de Grenade leur faisait bon accueil, et les animait à la grande entreprisé (eldjibed) que les musulmans désiraient. C'était toujours le même sentiment profond qui, de tout temps, avait animé les émirs andalous, et que la communauté de religion explique; le même sentiment qui, au temps de Yousouf ben Tascbfin , avait fait dire à l'émir de Séville El Motamed : — « T aimerais mieux garder les chameaux du roi de Marok que de payer tribut aux chiens de chrétiens, » On attendait d'un moment à l'autre le grand passage comme aux jours d'Tousouf ben Tascbfyn l'Almoravide ou d'Abd-el Moumen TAlmohade. Le bruit courait que la guerre commencerait par le royaume de Valence, pour recouvrer le premier ce qu'on avait le plus récemment perdu. Dans leurs craintes commanes, les rois d'Aragon, de Gastille et de Portugal ou-
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blîètètti; lMil*s ^iefs, et se icônfédérèrent «outre te piéri! côrirmuD. La ^première chose x(a\m Tésolut fat d'envoyer une flotte formée de la marine ^es trois nations pour couper le pasi^ge atit Africains el; combattre leur flotte. Le roi de -Castille, le plus menacé, forarkiit le plus grand nombre de vais* sarnt t^u'il p«it. Le roi d'Aragon la moitié de ce nombre. Dès te mottent on apprêta l'escadre, etl'amiral de CastiHe, Jofré, xifè^Hpa aH/%c elle le détroit.
Pendant ce méïne temps, le roi de Camille crnt 'cenvenaiMe d>Ataqucfr tes Africains qni occupaient IRonda, Aehidona, A*iiteqttera «et les terres voisines. ïl sortit de Séville aocoi»pagné de D. Juan Manuel, de D. Juan Nuflez, du grand ÎD. fiil âe Albotuoz, archevêque de Tolède, auxquels s'étaient jofintB les volontaires de Séville sous la bannière de la cité, D. Inan Alonso de Albuquerqoe, ainsi que beaocoup d'autres seigneurs, les conseils d'Andalousie, et plusieurs corps •des chevaliers des différons ordres mlitaires de la Péninsule, formant à enxlous une armée imposante. Ils entrèrent dfms le territoire des Arabes, taillant et détruisant tout ce qui se présentait devant eux. Cependant il trouvèrent pea de gens à tuer ou à captiver. Tous les Arabes des villes on- *vertes et 'des campagnes s'étaient retirés dans les forteresses. A'ifonse livra un petit combat à un parti d'Arabes qui avait fait une sortie de Bouda, et les tua presque tous. Il continaa à ravager la campagne jusqu'à Teba, et de là, avec le butin ^t les captifs qu'il put faire, il retourna à Séville, après les grandes chaleurs de l'été 1339, laissant sur la frontière des tshefs expérimeiités, et les places bien pourvues de troupes et de vivres. Ferdinand Ferez de Portocarrero resta à Tarifa; Ferdinand *Perez Ponce de Léon è Arco8,«t'D. Alfonse de Biesma,*évèque de Hondoûedo, è Xerez.Le commandement igénéral fot confié à D. Gonçalo Martinet d'Oviedo, qui, déjà -grand-'unUpe depuis plusieurs années *ée l'ordre de €alatirava,avtntHété depuis peu élu à la<màmki dignité^danstUor-
dre d'AlcsiQtara, avçc l'appui du, roi, doct il ét/a^\ atoi^ foiflî aimé. Plusi^ars seigneurs considérables, à U ^^te d^ leursi Iroupea, demeurèrent pareillement çn Andalonsiç, et le rc^ donna Tordre aux milices des villes de seconder quand iU les en requerrait D. Gonçalo Martiqez 4 Ovi^do. A \^ fLqttQ castillane, forle de vingt-quatre voiler, qui gardait le détroit sous les ordre» de Tamiral de Gc^^tiUç Joffré Tenorio,^ Tinrent sur ces entrefaites se joindre 4ouze yaisseat^i; ^r^* gonais, que le roi d'Aragon Pierre-l^CérémonieMs; enyojaU pour le même objet sau3 les ordres de son amjra^ Jo£fr^ Gï\^'^ beit de Cruillas.
Ceci se passait dans Tautomne de U39> e^ l q^çadre com-^ binée occupa le détroit to^t Tbiver, jusqu'à Vwu^ 8^ivant^, s^ns pouvoir toujours faire obstacle au passage d^ Jlf^r^iÇ^lu^ qu elle avait pour mission d empêcher. Tous ie^ jours c(?p^i^ dstnt arrivaient à la cour 4 Alfouse^ à S^yiUç, d'effrf^yi^U^ rapports sur les préparatifs ei^traordinaireëi que faisait AM^l*^ Hassan c}ans le but avoué 4e reconquérir T^gp^gu^, et Al** fonse crut qu il fallait en faire de pou moins e^^traprçliuaire^ de son côté pour repousser Venuemi. Il se rendit à Madrid, y recueillit le pluç de troupes et d'argent qu'il put, et ordonna que tous ceux qui lui devaient leurs services ou ui^ contingent de guerre se rendissent en personne ou euvoyei^^ sent leur contingent à }a frontière du côté des lyiaures {à Iq, frontera de los Moros) dans le courant du mois de mars 1340. Il envoya en même temps une ambassade au pape à Avignon pour le prier de lui accorder les grâces et les indul* gences de la croisade.
Pendant ce temps, à la têtç des troupes royales de la froutière de Grenade était placé le grand-maitre de Tordre d Alcautara, D. Gonçalo Martinez d'Oviédo, et ces troupes n'y furent pas oisives. Martinez réunit un corps d'hommes et de chevaux, et se mit à courir tes terres mnsulffiaoes jusques à Alcala de Ben-Zaydc. Yousouf sortit de Grenade avec une ar-
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mée poar arrêter ces déprédations ; il pénétra avec elle dans le royaume de Jaen jusqa^à un château appelé Silos, appartenant à l'ordre de Saint-Jacques, et y mit le siège. Le vieil et vaillant grand-maître de cet ordre, D. Vasco Rodriguez Gornado, se trouvait à Ubeda ; il se joignit à Gonzalo Martinez d'Oviedo et courut avec lui au secours de Silos. Un engagement s'ensuivit dans lequel les chrétiens demeurèrent vainqueurs. La guerre continua de la sorte sur cette frontière pendant plusieurs mois, marquée presque journellement d'escarmouches dont quelques-unes méritent qu'on les décrive. Abd-el-Melck, fils d'Aboul-Hassan, que les historiens espagnols appellent Abomelique, avait hiverné à Algésiras avec un grand nombre de troupes berbères qui avaient passé le détroit en diverses occasions. Il résolut en ce temps de faire une campagne qui imposât quelque terreur aux chrétiens. Ses troupes étaient avides de butin, et il s'avança avec elle^ par Médina-Sidonia et Xerez, commettant toute espèce d'hostilités. Son principal objet était de s'emparer par surprise ou d'assaut de Lebrija, dont il savait les magasins et les silos abondamment approvisionnés de froment en quantité suffisante pour fournir à la subsistance des châteaux castillans de cette «frontière. Il avait résolu de s'en emparer à teat prix pour pourvoir aux besoins d*Algésiras et de Gibraltar, où régnait la famine, l'escadre chrétienne qui gardait le détroit interceptant les arrivages de vivres de la côte d'Afrique. Il sortir d'Algésiras avec un corps de cavaliers d'élite, alla camper dans l'OIivar de Xerez, et envoya de là un détachement de quinze cents chevaux pour s'emparer du blé de Lebrija»; mais l'alcaydé de Tarifa, D. Fernando Ferez Portocarrero, ayant eu avis du mouvement projeté, dépécha des courriers aux andelantados de cette frontière,
1 Y estando Abomelique entre Olivar de Xerez sus tiendas puestas, embid mil y quinientos cavalleros de los moros escogidos que el tenia^ que conh en la tierra y L d pan de Lebrixa (Chr. del Rey D. Alonso el XI, c. 105).