‹ Histoire d'EspagneChapitre 20 sur 108 · CHAPITRE onziiBiE · texte numérisé non relu

CHAPITRE onziiBiE

Les cbrétieiMi ehargèrent alors Aliatar, reotourèrent, et, quoiqull sb défendit vaillamment, rabattirent criblé de blessures sons leurs lances. La fortune ou le ciel favorisa évidemment les chrétiens en cette rencontre; car, bien qu'ils eussent commencé le combat dès l'aube, près de la rivière, et non sans cris et sans tumulte, cependant la plupart des musulmans da camp demeurèrent endormis dans leurs tentes, jusqu'à ce que l'avantage fût tout à fait acquis aux chrétiens. Ceux-ci entrèrent alors dans le camp, blessant et tuant sans péril les ennemis à mesure qu'ils sortaient à demi-éveillés de leurs tentes. La plus grande partie des Berbères abandànnèrent tout ce qu'ils avaient, et s'enfuirent à Algésiras et dans lés monts voisins. La panique fut telle qu'ils oublièrent leur chef Âbd-el-Melek seul dans le camp. Il essaya de fuir, mais il n'avait pas de cheval. Les chrétiens qui poursuivaient et tnaient les fuyards étaient répandus dans toutes les directions. Il voulut se sauver en se cachant entre des roseaux* sur la rive du Patute,mais il craignit d'être vu des chrétiens qu'il aperçut de ce côté, et il se jeta à terre parmi les morts, espérant qu'on le prendrait pour l'un d'eux; pour le paraître lesblessui^s et le sang ne lui manquaient pas. Mais il ne put tromper les chrétiens. Un de leurs soldats^ remarquant que ce mort tressaillait, lui donna en passant deux coups de lance pour l'achever, sans le connaître, et marcha à la poursuite des autres. Quand Abd-el-Melek se vit seul, il essaya de se lever, mais il le fit avec peine à cause de la grande quantité de sang qa*il avait perdue. Un des siens, qui s'était caché dans des broussailles, le vit, et il youlait l'emmener avec lui, mais Abd-elrMelek ne se sentit pas en état de le suivre et l'engagea à se sauver seul comme il pourrait. L'Arabe partit , et Abd-el-Melefc, dévoré par la soif, se traîna vers le Patute pour s'y désaltérer, et mourut sur la rive. Les chrétiens s'emparèrent des tentes et du bagage des Arabes, et y trouvèrent de grandes richesses. Ils en ramenèrent les vm. 8

rSQ HISTOiac DBSPAGIXE.

troupeaux que rennemi leur avait enlevés, ^t firent un graad nombre de captifs; entre morts et prisonniers, les Arabes, dit-on, perdirent plus de dix mille hommes dans -cette affaire. Les vainqueurs se retirèrent à Xérez, et quelqnes Arabes qui erraient fugitifs dans les sierras voisines du Patute, sur Tayis^ que leur donna celui de leurs compagnons qui avait TU Abd-el-Mdek dans les derniers momens de sa vie, Tallèrent chercher oii il était mort, et portèrent à Algésiras le corps de leur générai si misérablement tué <.

Cet événement, rapporté sans date par les chrétiens i^t par les musulmans, e^t placé par les uns à la fin de 1 339, et par Içs autres au commencement de 1340. La destruction complète des Africains s*en serait suivie peut-être si une intrigue de palais n'avait empêché le grand-maitre d'Alcantara, God* çalo Martinez d'Oviédo, de poursuivre la guerre en Andalousie. Cette intrigue, c'est encore à la maîtresse du roi qu'il faut en faire honneur, ainsi qvie de la belle expédition qui en fut la conséquence, et qui eut pour effet la mort don brave capitaine sacrifié aux plus méprisables intérêts et à la passion d'une femme.

Rien de plus compliqué du reste que cette intrigue, et il lions faut ici, pour la bien faire comprendre, rappeler an fait qui s'y rattache, et qui en est au fond la cause génératrice.^

A peu près vers le même temps oùj après la mort du derjliier grand-maitre d'Alcantara, Gonçalo Martinez d'Oviédo avait été nommé à sa place, la grande-maitrise de Saint- Jacques était aussi devenue vacante par la mort de Yasco Bodriguez Cornado» et les chevaliers avaient élu à sa place l'un des plus braves d'entr'eux, Yasco Lopez. Cela déplut fort à Alfonse, qui aurait voulu voir donner la grande-mattrise à

t TmiI ot rédt est tiré entSèrvmeiit, et pNai|u« laot pour mot, ^ la Chronkiiie d^AUbiue X4 (c 203).

GMAPITRB OHZIÈMB. 131

don .Frédéric son fl(s. C'est avec un grand respect, et sans aotr© explication, que les historiens d'Espagûe qualifient ce dernier. Or, ce don Frédéric son fils, dont on nous parle comme d*Qn homme capable d'être grand-raattre, était le frère jumeau de Henri de Trastamâre, et avait alofs envi roo sept ans ; mais il parait qn'Éléonore avait à cœur de voir «et enlaot de son amour grand- maître dun ordre religletît et militaire an sortir du berceau, et que lé ror Alfoiisti iie tmava rien que àe naturel et de légitime dans ce désir de Éà ««Itreftse. Pour faire mettre là le marmot, il fallait en-Ater le grand-maitre, Yasco Lopez. Ce fut centre lui qa*on agit d'abord. Éléonore, ses amis, ses parens et le roi n'épargnèrent rien pour Taccablèr, le dégoûter^ le fétfcre dé<;éter si possible était. Il échappa à cette dernière raison royale; oons verrons tout à l'heure comment. Mais on attaqua son élection, le roi la désapprouva; on y forma des oppositions, oli voulut y voir plusieurs nullités qni la rendaient invalide, et dans Yasco Lopez des défauts en raison desquels il était ineapable de posséder une charge si importante (que sans doDte un enfant ao*dessous de sept ans était plus en état de remplir, d'après le roi et Éléonore) ; de sorte que toutes ee8 chicanes firent prendre à Yasco Lopez le parti de se retirer en Portugal. Mariana qualifie cette démarche d*impru* deate ; mais, à voir de quelle façon, dès son bas-âge, le bon roi Alfmise avait pris rhabitude de faire traiter quiconque s'opposait à ses voléntés ou même à ses caprices quand il eroyatl le pouvoir sans danger, il semble qu'il faudrait la qualifier au contraire de prudente. Par là, dit le mféme historien, le nouveau grand-mattre se rendit coupable, ^l'innocent peut-être qu'il était. Cela nous semble, à nous, «ae concession un peu bien bénévole '. On regarda à k cour

' Non senior leges {nroceniili cum hiimana charitate, reli|pionisque mansiietudine coacordant. Infâme infie^ non est omne id quod infâme intègre decrevit regum po-

] 33 HtSTOinS d' £SPA6If e .

sa retraite, ajoute-t-il, comme un ^avea des fautes qu on lui reproctiait ; on lui en fit un crime, et, pendant sou absence, on le déposa. La grande^maitrise ayant été ainsi déclarée vacante dans une assemblée de Tordre tenue à Ocana, on fut sur le point de nommer à la place de Yasco Tenfant, âgé de moins de sept ans, qui avait ce mérite suprême, devant pieu et devant les hommes, d'être né des amours d'ÂUonse et d'Éiéonore. Toutefois, par une sorte de respect humain, parce que, dit la chronique, ce don Frédéric était très enfant et ne pouvait travailler au service que Tordre devait faire pour le roi dans la guerre contre les Maures, le roi eut pour agréable qu'ilB fissent frère de leur ordre don Alfonse Mélendez de Guzman, frère de doua Eléonore, et lui donnassent la grande-maîtrise. Tous les prieurs, les comoiandeMrs et les frères le reçurent en conséquence pour grand-maître de SaintrJacques , lui livrèrent les châteaux de Tordre, et il prêta hommage au roi pour lesdits châteaux <.

On nomma de la sorte, comme pour garder la place au petit bâtard (grand-maître prédestiné), son oncle D. Alfonse Melendez de Guzman, frère de la concubine publique du roi, car tout cela se faisait le frout levé. Soyons justes ici envers Mariana. « Tous les gens de bien, dit-il, furent affligés de oe choix; plusieurs. sen plaignirent et en murmurèrent haute* ment: nul n'apfirouva la déposition injuste du grand-maître donYasco Lopez, et tous condamnèrent Télection de Guzman, et trouvèrent mauvais que cette importante charge, qui devait être le prix du mérite et de la vertu, devînt la récompense d'un crime scandaleux et d'un adultère public^. »

Dans cet état de choses, notre grand-maître d'Alcantara,

1 Y por quanto este don Fadrique era muy oino, y no podia trabajar en el scrviGÎo que la orden havia de hazer en la guerra de los moros al rey, el rey tuvo por bien que freylassen à don Alfonso Melendez de Guzman hermano de doîîa Leonor, y que le diessen el maestrago. . . ( Chr. de D. AloDSo el XI., c. 195).

2 Marianâ, Hist. de Espafia, 1. xvi.

Gonçalo Martinez d^Oviédo, avait eu le tort inexcusable de blâmer, avec tons les gens de bien dont parle Mariana, les prétentions du roi et de sa maîtresse sur la grande-inaitrise de Saint-Jacques, et, par le même sentiment de dignité, le choix non moins étrange du frère de la maltresse du roi à cette place. Gela suffit pour attirer sur lui toute ta haine d'Éléonore et des siens, qui jurèrent sa perte. Yilasan dit formellement qu'Éléonore lui en voulait parce qu'il avait cherché à empêcher Télection de son frère Alfonse Melendez à cette grande-maîtrise de Saint- Jacques, et qu'elle tourna contre Martinez le cœur du roi, en Taccusant de dire beaucoup de mal du roi et d'elle '. Le roi étant à Madrid et ce don Gonçalo Martinez sur la frontière, ajoute-t-il, dofia Ëléonore et d'autres, par son conseil, dirent au roi ces cho*ses comme elle les leur disait. Il manda Gonçalo Martinez près de lui pour qu'il eût à lui dire si les choses qu'on lui rapportait ainsi étaient vraies ; et en même temps, comme s'il eût prévu que cet ordre ferait tout craindre au grand-maître et qu'il n'obéirait pas, il ordonna que, dans le cas où il ne voudrait pas venir, on l'appréhendât au corps, et le lui amenât prisonnier. Gonçalo Martinez était à Xérez avec les chevaliers qui venaient de vaincre Abd-el-Melek, lorsque y arrivèrent les hommes d'Alfonse porteurs de lettres qui constataient leurs pouvoirs, et où il était sommé de comparaître devant le roi. Il comprit par leur teneur que celui-ci, poussé par Ëléonore, en voulait à sa vie, et il partit incontinent avec tous ses gens pour Moron, qui appartenait à l'ordre d'Alcantara. De là, dit la chronique, il écrivit de libres et fières lettres au roi, pleines de remontrances et de repro-

^ Y dona Leonor ténia con el gran sana porque quisiera estorvar à su hennano doo Alfonso Melendez que no buviesse el maestrago de Santiago, y buscavaje mal con el rey, diziendo que dezia el maestre don Gonçalo Martinez mucho mal del rey y della (Chr. del rey D. Alonso el XI, c. 104).

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obes^^. Geft l«ttnB6 envoyées, Gonçalo fit prêter à Faleayda et au autres hommes qu*il laissa dans ce chAtean de lloron le serment de n'y point recevoir le roi, ni personne pour lai. Il se rendit ensnite anx chftteanx de Magazela et de Bienquereneia, et y prit le même serment des alcaydes et des antres gens qu*il y laissa, de la même manière qu'il Tavait (ait à Horon; il 8*en fut de là aux châteaux qne possédait Tordre d'Alcantara sur la frontière de Portugal. Suivant notre guide Yilasan, Alfotise, dès qu'il eut vu Fa lettre que lui envoyait Gonfalo, où oeiui-ci le bravait avec tant de hardiesse, et qii4i eut su d'un autre côté lessermens que le grand-midtre avait demandés aux alcaydes des châteaux de Tordre d'Aïeantara situés sur la frontière de Portugal, lui envoya dire, par un chargé de pouvoirs, qu'il était étonné qu'il ùe compA« rùt point devant le roi, lorsque le roi le faisait ainsi appeler; à quoi le grand-maître répliqua qu'il n'irait pas à lui, ni ne se mettrait en son pouvoir^.

Presque dans le même temps que ceci se passait en Castille el pendant qu'Alfonse cherchait ainsi à faire tomber dans un piège Gonçalo Martinez, c'est-à-dire vers le mois de février 1340, le&> affaires se présentaient sous mn asped sinistre devers Gibraltar. Joffré Gilabert de Gfuillas, amiral d'Aragon, que le roi Pierre lY le Cérémonieux avait envoyé pour veiller à la garde du détroit de compagnie avec Tami* rai de Gastille Joffré Tenorio, étant descendu de son vais*seau avec quelques almogavares pour surprendre Algésiras, un combat à terre avec les Arabes s'ensuivit, dans lequel il fut tué d^uti coup de flèche ; lui mort, la flotte du roi d'Aragon abandonna le service du roi, et s'en retourna en Gâta-

* Vilasan dit : — Desde allf embio 081*12$ al rey, en que le embioà dezir grandes jtravimientos, y mucbas palabras de denuedo (Ibid., I. c.)

* ttrid., 1. c , paroles dans lescpidles sont reproduits jusqu*aux tours et aux rè()é- Niions habituelles de la Chronique.

GfiAPiTftB onziku . 1 35

logo^, laiftsant Joffré Tenorio, amiral de Gastille, seul atec U06 escadns insuffisante à la garde du détroit <•

Gonçalo Martinez, grand-maitre d'Âlcantara, cependaiit, dès qu'il eut envoyé au roi la réponse dont il a été ||)arlé plus haut, munit de toutes choses les châteaux d'Alcantara, de Santivanez, aux Deux-Tours (Santi\aâez de Ambas-Torres) et la tour de Piedra-*Buena, qui sont sur la frontière de Portugal ; il y laiPSQ des alcaydes auxquels il fit prêter serment comme il avait fait dans les autres châteaux d' Alcantara^ et se retira lui-même à Valence, autre place appartenant à l'ordre, et aussi sur les frontières du Portugal^. Et parce que le roi don Alfonse de Caslillé et le roi don Alfonse de Portugal n'étaient pas bien ensemble, malgré la trêve qni existait entre eux, poursuit Vilasan, Martinez envoya dire au Portugais qu'il mettrait ceux des châteaux de l'ordre d'Alcantara qui étaient sur la frontière des deux royaumes, savoir: Valence d'Alcantara, Santivaûez, et la tour de Piedra-Buena, sous la dépendance de sa couronne, s'il voulait lui prêter appui contre le Castillan. A quoi, suivant la même source, et cette notice peint assez bien la politique du temps, le roi de PoN tugal fit réponse que « tant que durerait la trêve qui était entre lui et le roi de Gastille, il ne pourrait l'aider à faire là gaerre à ce roi, même au prix des cbâteactx en question, mais que, passé le temps de cette trêve dont le terme était proche, il lui ferait donner la grande-maîtrise de l'ardre d'Avis dans son royaume, et le recevrait alors sous sa dépendance avec les villes et les châteaux qu'il lui offrait^. *>

* Chf. dcl p«7 D. Alonso el Xt, l. c.

* Un IMorien récent a confondu cette Valence avec la Valence universellement connue, située sur la Méditerranée ( la Valence du Cid); il y a trois auires Valenoes célèbres en Espagne : la Valencia de don Juan, située dans la province de Léon, la Valencia du Minho, et la Valencia d'Alcantara, située au sud du tage, entre la Sierra de San-Mamed et le fleuve. Il s'agit ici de cette dernière.

3 Teiluel, c. 205.— Nous ne voulons prêter attention, on le pense bien, qu'aux écrivains originaux, et nullement aux écrivains de seconde main, dont un rapporte

136 HISTOIRE D'BSPAGIIE.

lie roi de Castille reçut à Mérida ces nouvelles', et apprit en même temps que quelques frères de Tordre d'Âlcantara s'étaient séparés de leur grand- maître, avaient gagné la ville d'Alcantara, s'étaient emparés du couvent de Vordre, et Toccupaient. IlsTen firentavertir le lendemain, et il les envoya prier de nommer chef de leur ordre un d*entr eux à qui il croyait pouvoir se fier, lequel se nommait Nuûo Ghamiço. L'ordre tout entier, jusque dans les commanderies les plus reculées, se divisa en deux partis, les uns restant fidèles à leur ancien grand-maitre malgré ses différends avec le roi, les autres adoptant le nouveau, bien qu*élu, ce semble, un peu frauduleusement. Alfonse était à Caçalegas, bourg pea distant de Talavera-la-Béal, lorsqu'un messagede Muûo Ghamiço vint faussement lui annoncer que le roi de Portugal se préparait à prendre les châteaux' situés en deçà de la frontière espagnole, que lui avait offert Gonçalo Martinez d'Oviedo. Sur cet avis, et ne prenant conseil que de sa violence, Âlfonse rassembla le plus d'hommes qu'il put à Talavera, et alla « manger et dormir >» à Elvas d'Estremoz, dit Yilasan; c'est-à-dire en Portugal même, faisant ce jour là seize lieues^ Voyant que ce n'était pas de ce côté que devait porter sa colère, il se ravisa, prit son chemin vers le nord-est, et alla le lendemain ^ manger et dormir » à Gaceres ; il fit ce jour-là vingt-cinq lieues. Il acheta là des chevaux et des armes pour les donner aux chevaliers et aux écuyers volontaires qui étaient venus avec lui, et qui en étaient dépourvus; et, dans

toute cette afifàire comme il suit (sans dire même comment le grand-mattre dont il parle s'appelait et comment il finit) : « Le grand-mattre de Tordre d'Alcantara, ditil, chargé de plusieurs crimes, fut cité à comparaître pour s'en justifier; mais, craignant le crédit d'Éléonore de Guzman, favorite, du roi, son ennemie déclarée, Use jeta dans le parti des Maures et se retira auprès du roi de Grenade, »

* On lit dans la chronique : Alva, Ribera de Tormes; mais c'est une faute de copiste ; il faut lire : Elva^ ribera d'Estremoz, ce qui se roncllie seul avec le reste du réelt de Vilasan.

GHAPmUS OAZIÈBIIE. 13?

la nait oième, il fit appeler près de lai tons les conseils voisins et les chevaliers du couvent d*Alcantara, pour qaïls vinssent tons là, d'où l*on se rendrait ensuite à Valence. Il partit de Gaceres la nuit suivante, fit trois lieues d*£spagne, et arriva à Valence avant que le soleil fût levé; il y trouva Nufio Gbamiço« le nouveau grand-mattre, et tons les frères de son parti, qui Tattendaiént et avaient formé déjà, quoiqa*en petit nombre, une sorte de siège du château où Gonçalo Martinez s*était enfermé. Goûçalo avait eu pour sa part de butin, après le pillage du camp des musulmans t^ la suite de la victoire dn Patute où avait péri Abd-el-Melek, les pennons de ce chef et de quelques autï*es chefs illustres; il les avait apportés avec lui à Valence, et, le Jour que le roi y arriva, il fit planter tons ces pennons au haut de la grande tour avec le sien an milieu, flottant par dessns tous les autres. Ce]our-là^ le roi ne fit contre lui aucune tentative, ne lui fit ni demander rentrée de la forteresse ni dire quoi que ce fût. il plaça seulement pour la nuit des hommes à lui autour du château et pour en garder les issues. Ces gardes surprirent, au rapport de Vilasan, an messager du grand-maitre porteur de lettres adressées par lui à l'infant don Pedro, héritier présomptif de la couronne de Portugal, qui habitait en ce moment, dans le voisinage de Valence, une ville appelée Portoalegre, et à qui il envoyait dire que le roi de Gastille était arrivé là avec peu de monde, et qu'encore bien que le roi de Portugal eût une trêve avec le roi de Gastille, si lui, don Pedro, qui n'en avait pas, voulait lui venir en aide, il loi donnerait tous les châteaui de l'ordre d'Alcantara qui reconnaissaient son autorité sur cette frontière.

Alfonse, dès que le jour fut venu, s'approcha en personne de cette Valence où Gonçalo Martinez avait résolu de se défendre snrtout par le secours d'un certain nombre de chevaliers léonais et des Asturies d'Oviédo, ses compatriotes et ses parens. Le roi s'avança jusque très près

1 38 riiscOH» oWâHas.

d ane des portes de la yille, à la portée de la voii, et ordOfnna aux sentinelles d'appeler Gonçalo Hartinez. Les s«n«* tanelles qui étaient au haut de la porte et dans les tours rappelèrent, et Gonçalo Martinet parut à une tour appelée de Bébagatos. Dès qu'il le vit, le roi lui demanda s'il n^ se souvenait plus du serment qu'il avait fait pour ce châteaiï et pour tous ceux de l'ordre d'Alcantara, de Faoeueillir, lui, le i roi, dans tous et dans cbacun, toutes les fois qu'il s'y présenterait, ajoutant qne, puisqu'il était là, il le reçût donc dans i ce château et jdans cette maison qui était au roi^ que le roi venait. Gonçalo Martinez répondit que sa crainte était trop i autorisée par la conduite passée du roi envers ses plus fidèles | serviteurs pour que personne s'en étonnât ; que le roi agissait ! avec eux à sa guise, quelles que fussent ses promesses et leurs j services, et que, par ces motifs, il ne le recevrait pas dans le château. Le roi alors, rappela le serment que Gonçalo avait \ prêté entre ses mains il y avait si peu de temps qu'il lui sem* i blait encore que. ce fût d'hier (qw le parecia al rey que lo i ténia aun fresco en la mano); il le pria de garder ce serment, et de li'être pas félon par crainte de p^dre la vie, allant jus- 3 qu'à offrir de lui jurer sur les Saints- Évangiles qu'il né le fe- | rait pas mourir, etc. Gomme pour échapper à cette obsession directe, mais sachant trop le sort que lui réservait Alfouse, 1 Gonçalo Martinez dit au roi qu'il voulait avant d'aller plos j loin conférer à cet égard avec sa compagnie d' Asturiens et de ^ Léonais, sans les conseils desquels il s'était promis de ne rien | faire ; et, peu d'instans après, le roi étant resté là, un Àsta- | riei), bijo dalgo, parut au haut de la tour, lequel dit au roi , que, tout bien considéré, Gonçalo Martinez persistait à ne , pas vouloir l'accueillir dans son cbàteaii. Chose singulière, le roi^ne se le tint pas pour dit ; il insista pour qu'on appelât de nouveau Gonçalo Martinez, et qu'on l'avertit qu'il avait quelque chose eneoreàluidire.Maislesorten était jeté, et Gonçalo Martinez préféra s'exposer à tout plutôt que de se livrer à AI*

foose. Il pat ot au sommet d'niitf wtre toor, dite da Ttéaori et donna ordre aux nens de tirer des pierres, des flèches et tontes sortes d armes contre le roi et contre cemx qni étaient avec loi. Ils le firent aussitôt, et tirèrent an toi, qui reçnt deux coups de pierre dans wm éca, pois, eu battant en riy traite,, un autre coup de piwre à Varçon de sa selle, et vtU a^tre dans les flancs de son cbeval. Des pierres seulement, à ce qu*il semble, furent dirigées contre le roi, mais ceux qui étaient avec lui eurent plus à souffrir : un frère d* Alcantara reçut un coup de flèche dans la poitrine dont il mourut dans la jouruée, et plusieurs autres se retirèrent blessés.

Le roi régira là-dessus la maison où il s'était arrêté, la veille au soir, avec le gros de ses compagnons; il y fit appeler, ce jour«là même, tous les cbefs qui étaient venus là avec lui, et rendit devant eux une sentence par laquelle il condamna Gonçalo tfartinez au supplice des traîtres; cela de sa pleine autorité et science certaine, etsans appel. Restait à prendre Gonçalo M artinez pour Texécuter, et ce fut à quoi tendirent tous les efforts du roi, secondé de ses adhérens et de ses créatures. Était-*ce l'intérêt de T Espagne , Tintérèt de la sainte religion du Christ dégagée de tout mélange humain, que le roi s'occupât à ce soin de vengeance dans les cireonstancea au milieu desquelles on était? C'est ce que tous les récits des historiens rassemblés sous nos yeux semblent implicitement tenir pour certain, à vpir de quel ton ils racontent la chose. Que le lecteur fasse en cela la part de la justice et de la raison de Dieu, nous poursuivrons, quant à nous, notre r6ie de rapporteur impartial; mais qu'on cesse de~ nous dire que la paix, la paix ii^rieure et nationale, est toujours le résultat direct de rinstitution politique résumée par le mot: royauté. Toute la suite de l'histoire le démentirait.

IiC roi donc, le maître, Te souverain, c'est-à-dire un despo* tique et emporté jeune homme de vingt-neuf ans Ittré à toutes ks passions et à toutes les fougues d'un amour adultère

I 40 HISTOIllE D'bSPAGNE.

poar ane concabine de noble parage, dont la famille était devenue en quelqae sorte la sienne, venait de décider seul, avec Favis, si Ton vent, de son conseil d'État et de guerre, formé de quels élémens, Dîea le sait! venait de décider, disons-noas, qae le besoin le pins urgent de la monarchie était de délivrer la chrétienté d*un vaillant capitaine naguère vainqueur, il est vrai, de ses étemels ennemis, mais coupable do crime « d'avoir dit du mal de dofia Éléonôre et du roi ; » en d'autres termes, coupable d'avoir blâmé les scandaleuses faveurs dont la famille de cette femme était l'objet, et pour quelle cause ! au détriment de la république chrétienne ; crime d'état au premier chef, et première origine de tout le reste.

Gonçalo Martinez , sentait sa situation désespérée, et à l'instant même où le roi le condamnait à mort hors de Valence, dans une maison rustique du hameau voisin, il réunissait au sein de Valence tous les chefs qui venaient d'agir avec lui contre le roi, et leur disait que, jusque-là, il n'avait pas osé confier les tours du château à leur garde, mais que désormais c'était raison qu'il les leur remît et se confiât en eux; que s'il était coupable, ils ne Tétaient pas moins, et que tous ensemble avaient ainsi beaucoup à faire pour échapper a la mort; qu'il comptait sur eux comme sur lui-même. Et incontinent il partagea la garde des tours entre ceux qui étaient là avec lui, compromis au même degré que lui-même; au moins le pensait-il. lien donna une àPeralvez Escarpiço; une autre à Àlvar Bodriguez, fils de Juan Buy Alvarez de Osorio, dont Alfonse avait traîtreusement fait assassiner le père; une autre à Ru j Fernandez', distingué des autres ricoshombres de ce nom par Ic' surnom de Xodor ; une autre à Diego Suarez et à Fernand Gomez d'Almaçan , cousinsgermains, anciennes créatures du roi, qu'une injure grave avait détachés de son service ; une autre enfin à Diego Perex, fils de Gonçalo Ferez de Grijalva. Ayant ainsi distribué les

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tours phucipales de Valence d*Àicantara à ses principaux compagnons, il répartit les antres moindres à de moindres chefs, tous cependant également braves, égalemeqt résolus et obligés, à ce qu'il croirait, à vaincre ou à mourir avec lui.

Il s'était trompé àTégardde deux de ces chefs, et les autres même n'étaient pas tous gêna si isûrs qu'il le pensait. Fernand Gomez et Diego Suarez d* Almaçan, à la garde de qui il avait confié la tour du Trésor, étaient, comme nous I avous dit, deux créatures d'Alfonse, et malgré leurs griefa contre le roi et les griefs du roi contre eux, ils virent là une occasion de rentrer en grâce et d'avancer leur fortune, comme il arrive, par la trahison de la cause à laquelle ils s'étaient engagés. Ils firent dire secrètement au roi, par un enfant qu'ils lui dépéchèrent, qu'ils étaient disposés à seconder ses desseins si le roi le tenait pour agréable et leur promettait de les recevoir à résipiscence au prix de* ce qu'ils feraient pour lui ; qu'il fit, s'il y consentait, fabriquer des échelles de bois et de corde, et qu'ils lui enseigneraient comment il pourrait s'introduire, lui et ses gens, daus la place, par la tour qu'ils commandaient, et s'en rendre maître. Alfonse consentit à tout ce qu'ils désiraient, et fit faire aussitôt, dans une maison couverte, un grand nombre d'échelles de corde ; il convint avec eux, par l'intermédiaire de l'enfant qui leur avait servi à communiquer avec le roi, de ce qu'il y avait à faire la nuit suivante. Cette nuit venue, qui fut très noire, le roi s'avança en personne, sans bruit, avec tout son monde, vers la tour du Trésor ; quand tous ensemble furent arrivés au pied de cette tour, ceux qui étaient dedans les entendirent, et leur jetèrent une corde au moyen de laquelle on monta les échelles; ils le^ attachèrent de manière que les gens du roi pussent aussi monter ; dès qu'ils furent en haut ils commencèrent à crier : <* Caslille ! Castille pour le roi ! » Gonçalo Martinez et les autres qui étaient dans les autres tours demandèrent pourquoi on criait ainsi; il leur fut répondu que c'était le

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roi qcA venait d'entrer dans la tour du Trésor. Tous ceux qui gardaient les autres tours se tinrent alors pour f^rdus, et envoyèrent demander grâce au roi, lui offrant de lui livrer, à ce prix, chacun la tour dont il disposait; le roi aceepta leur offre, et promit de ne leur faire aucun mal. GoDçalo MM*tiiiez seul ne demanda rien, et se disposa à se défendre aveo ses fidèles Astariens et Léonais, dans la tour maîtresse, qui était très grande et très forte, et bien pourvue de vivres, d*eali et d'armes. Les troupes du roi s'emparèrent de tontes les tours du château, à Texception de celle du grand-maitre, et remplacèrent le pennon de Gonçalo et la bannière d 'Alcantar4 par le pennon royal. On s*en tint là pour le moment, et le roi rentra dans la maison qu'il occupait avee ses offieiers, eomme la nuit était plus d*à moitié passée.

Le }our venu, il se rendit avec tout son monde au pied de la tour de Gonçalo, et le fit sommer de se rendre ; se voyant ainsi entouré d'ennemis, et pressé ^ar ses meilleurs compagnons de s'abandonner à la volonté du r<H, il' jugea toute résistance inutile, desoendit de la tour, et se livra. On l'eDmena en la présence du roi, qui l'accabla d'injures, et lui reprocha, entre autres choses, d'avoir manqué au respect dû à sa personne eu disant du mal de lui (dizienië mal del) ; en conséquence de quoi il le déclara traître au premier chef, et, cela dit, ordonna à un de ses officiers, Alfonse Fernandez Goronel, érigé pour la circonstance en alguazil-mayor, de faire accomplir à l'instant même, sur le prisonnier coupable, sa justice royale, Gonçalo fiiartines fut livré au glaive, et sa tête tomba aux pieds du roi. Goronel fit brûler ensuite son corps et jeter ses cendres au vent, conformément aux dispositions de la sentence rendue la veille par Alfonse. Gela fait, Alfonse remit la ville, le château et les tours de Valence au nouveau grand-maître de son choix, Nnûo Ghamiço, dont il reçut le serment sur la tête sanglante de son prédécesseur. Ainsi finit GMiçalo Martines, lo héros du Patate, digne, ce

CffAPlTRE OHZIÈME. 143

semble, d'an m^llêor sort par ses longs et honorables ser-^ vices. Le champion royal d'ÉIéonore de Guzman alla ensuite sans retard s'emparer de^la tour de Piedra-Buena et du chèteaa de Santivaûez aax Deux-Tours, où il surprit les derniers amis de Gonçalo Martinez. Il remit ces deux forteresses au gr^nd-mattre Nuflo Ghamiço, et se rendit de là dans les campagnes de Truxillo « à dessein, dit Ferreras, de prendre le plaisir de la chasse dans les montagnes de cette contrée 'i »

Tout celtEi se passait au moment où la Gastillelétait puissamment menacée parles armes d*Aboul -Hassan, et où la présence du roi en Andalousie eût pu, plus que cette triste exécutiop de GoDçalo Martinez d'Oviédo et que les parties de chaise dAlfonse dans les montagnes de Truxiîlo, servir la cause de la chrétienté et tourner à sa propre gloire. Mais Êléoqore de Guzman n*eût pas été de cela si satisfaite, et son auguste amant préféra à cette gloire de bon aloi Todieux honneur de cette vengeance barbare, exercée sur un homme qui avait toujours vaillamment porté la croix et l'épée de l'ordre qui Tavait choisi pour grand- maître.

Ainsi, dans l'histoire de cet Alfonse XI, comme dans Thistoire de son père et dans celle de son graud-père, les troubles et les désordres précèdent et accompagnent les exploits qui soutiennent Thonneur des armes castillanes. Le règne de Sancho lY, de ce mauvais fils qui détrôna un monarque savant et législateur^ a intronisé la politique despotique et d'intrigues en Espagne. Sous son petit-fils Tadultère règne et gouverne, sans attirer l'interdit des papes d'Avigaoa sur le rojaume,. et il se perpétuera, comme nous le verrons, sous le fils et Siocoesseur d' Alfonse, Pierre le Cruel.

* U Ghffonliiiit dit : por œmr los montes que eran en essas camarcas, ce fui revient en eflM; au dire de Ferreras. Tfous avons suivi, et presque littéralement traduit^ pour toute cette affaire, la Chronique d'Alfonse, c. 206, 207 et seq.

144 HisTome d']$sfagnb.

Tçl est le spectacle que nous donne > la monarchie, héréditaire en Castille, à peu près h toutes les époques, pins ou moins : cause de troubles et de désordres plus que de grandeur au moyen-age, dans sa lutte avec les seigneurs; cause d'abaissenient moral et de servilité lorsque tout plia sous le pouvoir absolu du rey netto. La conclusion se peut aisément tirer, en dépit des sophistes et des faux sages '.

Cependant, malgré toutes les mauvaises passionsdu roi,malgré les crimes des uns et les sottises des autres, ce qui reluit en Espagne, ce qui brille, ce qui s'accroît, au quatorzième siècle comme dans les précédens, c'est la nationalité chrétienne. Autrefois, c'était sur les bordsdu Tage,du Guadiana ou du Gaadalquivir, au-delà de la Sierra de Arocbe, dans les champs d'Ourique, dans les plaines de Tolosa ou de Muradal, que les musulmans livraient leurs grandes batailles, et, étaient défaits. Maintenant, les voilà acculés pour ainsi dire au détroit, maîtres à peine du petit royaume de Grenade, qae défendent ses montagnes, ses ravins étroits et sinueux, ses gorges inaccessibles plus que ses habitans, et réunissant toutes les forces du Maghreb et del'Andalous sans. pouvoir porter la guerre au-delà du contrefort européen que quelques milles à peine séparent de TAfrique.

On en était là, au commencement de 1340. Telles étaient les occupations du roi de Castille, après un succès militaire qui semblait devoir arrêter tout court, les tentatives des Africains en Andalousie. Le roi chassait dans les monts de

^ Servttulis igitur non pads interest omnep potestatem ad unum transferre. Nani paxy ut jam diximus, non in belU privatione, sed in animorum uuione consistit. (Tract. poUt., c. 6, S 4.) — Or, Tunion des «àprits ne peut être que le résultat et l'œuvre glorieuse de la liberté, du libre consentement d*un peuple ; non pas de je ne sais quel consentement présumé ou corrompu sous des systèmes b&tards, mais d'un consentement éprouvé et déterminé par les discussions libres ; l'œuvre enlln du bon sens national et des droits de l'homme mis en pratique, en d'autres termesy du suffrage universel organisé.

GflAPrrBB OHZTÈMe. 145

Traxillo , à l'approche du printemps /. Il était dans an boorg appelé .Bobledillo (la petite chênaie) , abondant en gibier, et il faisait comme tous les Nabnchodonosor qae Tbistoire nous montre, en digne inspirateur du livre portant pour suscription : Este libro mandamos fazer nos el noble rey don Mfonso^ que fabla en todo lo que pertenece à la mti' nera de la Monteria^ lorsque son alcayde, préposé à la direction des arsenaux de Séville , >int Tavertir de Tétat déplorable où se trouvait sa flotte. L'amiral Joffré Tenorio avait gardé tout Thiver le détroit avec à peine quelques galères mal appareillées: la plupart de ses hommes de mer étaient morts ou malades; il manquait de vivres et d'équipages ; huit de ses galères avaient dû se retirer au port de Santa-Maria , faute de matelots et de soldats, pendant que dans tous les ports de la Mauritanie se réunissaient de nombreux vaisseaux pour transporter en Espagne une armée musulmane formidable, et en quelque façon tous les hommes en état de porter les armes des pays soumis au souyerain de Fez et de Marok.

Âboul-Hassan toutefois n'était pas prêt encore à passer en personne en Andalousie; mais, à la nouvelle de la mort de son fils, il avait envoyé promptement de l'autre côté du détroit un corps de trois mille cavaliers d'élite, tant pour rassurer les siens qui tenaient en son nom Algésiras, que pour s'accoutumer et s'aguerrir contre les chrétiens, en attendant qu'il pût venir se mettre lui-même à leur tête Jls étaient débarqués à Algésiras et à Gibraltar pendant qu'Alfonse faisait sa belle expédition de Valence contre le malheureux Gonçalo Martiaez d'Oviédo, et ce n'est pas nous qui le disons, c'est la chronique du roi elle-même^.Ges cavaliers berbers,pour montrer

> Oydo aveys eomo d rey don Alonso vino à tierra de TrugUlo & correr Iqs vefiados de aquella comarca, entre tanto que venia el verano (Ibid., c. 210). * T entre tanto que el rey don Alonso fue a Valencia, estos cavalleros moros pof

vm. 10

146 msTOiRE d'espagiïe.

qa*il8 ne se tenaient pas pour battus, goumirent tout d'abord à des incursions de pillage les campagnes d*Â.reos,deXerez et de Medina-Sidonia. Se trouvant sans chef par la mise hors la loi de leur adelantado-major le grand- maître d'Âlcantara, que le roi assiégeait en ce moment même dans le château de Valence, ite donnèrent là bannière de Xerez à un simple chevalier, et marchèrent contre les nouveaux débarqués. La fortune favorisa les chrétiens ; ils rencontrèrent les musolinans dans les campagnes d'Arcos, les attaquèrent et les eoùtragnirent à battre en retraite vers Algésiras. Parmi les prisonniers d'importance qui tombèrent aux mains des chrétiens dans cette affaire, est mentionné un chef du nom de Bontui, très vaillant, dit la Chronique, et très estimé d'Âboul -Hassan (moro de grand gnissa)^.

Averti de ce petit succès en même temps que du triste état de sa flotte, à Robledillo, dans les derniers jours de février, te roi se rendit enfin à Séville où il arriva le dernier jour du earnaval {dia de carnestollendas). La situation exigeait de Factivité, et il en montra plus que de coutume. Par le Guadalquivir, il descendit en bateau jusqu'à San-Lucar de Barrameda dans l'espace d'un seul jour, suivi par terre des compagnies d'hommes d'armes qu'il avait appelées pour équiper la flotte. Il rencontra dans le fleuve un navire chargé de blé que l'amiral Joffré Tenorio avait pris aux Africains, et qu'il envoyait à 6éville. Son capitaine Bernard de Ebro informa le roi qu'au rapport des Maures qui conduisaient ce navire à Gibraltar quand on l'avait pris, Aboul- Hassan était à Ceuia dirigeant lui-même le passage et l'organisation de l'armée destinée à venir en Espagne. Le roi passa de San-Lucar de Barrameda an port de Sainte-Marie où étaient les huit galères dont nous avons parlé plus haut,

mostrar que no se tenfan por vencidos entraron à correr Uerra de Arcos, y de Xeiti y de Medina-Sidonia, etc. (c. 209).

« n>ld., 1. c

GHAPItËE ONZIÈME. iî*?

les ât équiper dé mmears et d*àrchet%, et led ënVôyà à râiniral, et) attendant mieûl.

Mais toutes ces précautions étaient bien tardives. A peine de retour à Séville, Alfonse y apprit, par le capitaine d'une nef que lui avait dépêchée à cet effet Tamiral Joffré Tenôriô, que la flotte d'Aboul-Hassàû, forte de plus de soixantè-dit galères et vaisseaux, et de près de cent quarante voiles Aïoindres, avait passé tout entière le détroit, et débarqué à Algésiras et à Gibraltar une iiûmense quantité d'hommes, de chevaux et d*armes(. les galères et les vaisseaui avaient été mouiller sous le mont de Gibraltar; le reste des navires tenait et remplissait lu Vaste baie. Cette ftolte, mandait ramlral, avait passé de Geuta à Algésiras à la faveur de la iioit;maiiâ eût-elle passé de jour, il y aurait eu de la témérité à lui de s'opposer à tant de vaislseaux parfaitement équipés, avec si peu de forces. L'amiral castillan lï^'avait en effet que vingt-sept galères, six navires de haut boM, et un petit nombre de nefs de transport, contre plus de deux cents voiles dont se composait la flotte ennemie.

Néanmoins, il disait qu'il les aurait empêchés de passer, on du moins combattus, si la nuit n'avait favorisé leur passage. Le cœur de ce brave homme paraissait là tout entier; mais plusieurs jugèrent à la cour qu'il n'avait pas assez fait, et le roi lui-même, cela se sent malgré les ariibages de la chronique en cet endroit, fut de ceux-là; il manifesta au moins quelques soupçons, et les autres aeeusèrentTenorio dé s'être vendu pour une somme considérable au chef des Africains. Par malheur, l'amiral avait en ce moment à Séville sa femme, dofia Elvira, noble et fière femme, que ces bruits désolèrent ; elle en écrivit imprudemment a Joffré, pour qui cette nouvelle inattendue fut un coup de foudre.* Eperdu, sans prendre conseil de personne, il résolut de mourir, car TaRernative de mourir ou de vaincre ne lui était pas même laissée. A Tinstant, il fit donner le signal du combat, et partit avec sa galère capitane et un gros vaisseau monté par des hommes

148 HiSTOiuB d'espagne.

à lui, suivi à contre-cœur par les antres galères, effrayées à la vue des inombrables voiles de la flotte musulmane. Elles allaient néanmoins à sa suite, avec la presque certitude de succomber dans un combat si inégal. La plupart furent prises en effet tout d'abord et quelques-unes coulées à fond, pendant qu'avec sa seule galère Joffré Tenorio tenait tête à quatre galères ennemies. Ceux qui montaient le gros vaisseau de baut-bord qui suivait la galère de Famiral, crurent bien faire en passant presque tous sur son bord pour combattre avec lui ; mais cela même tourna contre lui. Les musulmans s'emparèrent du vaisseau, le poussèrent contre la galère, et du haut du pont de ce vaisseau, de beaucoup plus élevé que celui de la galère, accablèrent l'es chrétiens d'une grèle de pierres et de flècbes. Le nombre des défenseurs de Tamiral, presque tous gens de sa maison et ses parens, allait diminuant de moment en moment autour de lui, mais il en était si aimé, que la plupart, même blessés mortellement, s'approchaient de lui, lui baisaient la main, et tout affaiblis par la perte de leur sang et à demi-morts, soutenaient le combat devant lui, le couvrant de leurs corps jusqu'à ce qu'ils tombassent à ses pieds. Les Africains entrèrent trois fois dans la galère capitane et. en furent trois fois repoussés. L'amiral tenait d'une main le grand étendard de Gastille et combattait de l'autre avec l'épée; mais enfin un Zénète lui coupa un pied: il tomba, et un coup de barre de fer sur la tête l'acheva et le précipita dans la mer; on l'en retira et lui coupa la tète, qui fut portée comme signe visible de la victoire à Aboul- Hassan, spectateur du combat du haut d'une almina de Geuta. Les chrétiens des autres galères, dès qu'ils virent l'étendard abattu et la capitane prise, se recueillirent sur les vaisseaux, et à la faveur d'un vent frais d'ouest qui soufflait en ce moment, mettant toutes leurs voiles dehors, gagnèrent la haute mer, et se sauvèrent à Garthagène, laissant les galères abandonnées au milieu de l'eau. Les Maures, les voyant ainsi sans défenseurs, s'en emparèrent ; elles étaient tout appareillées,

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