CHAPITRE ONZIÈME
avec lenrs rames et leurs agrès, et ne manquant qne d'hommes poar les servir. De toute la flotte castillane, cinq galères seulement échappèrent, et se retirèrent à Tarifa^
Telle fut cette célèbre défaite maritime qui entraîna la perte de presque toute la flotte castillane.
La destruction de la flotte chrétienne devant Gibraltar est placée par Ebn el Ehateb au 4 avril 1340 : maritimo jtrœlio superavit anno Egirœ 740 die 6 scheuali, feria 3. Aucun auteur chrétien ne donne la date précise de cette défaite, mais on voit par la chronique d^Alfonse que le roi de Gàstille rapprit à las Gabeças de San-Juan la veille du dimanche des Bameaux, qui tomba en cette année le 8 avril, ce qui s'accorde on ne peut mieux avec la date donnée par Ebn el Ehateb. Baynaldus dit aussi en parlant de l'amiral : periit paulo anie dominicam palmarum '.
A Tôccasion de cette perte, le pape Benoit XII, retrou^ vaut un peu de ce saint zèle apostolique, qui le distingua particulièrement entre les papes d'Avignon, écrivit au roi de Gàstille une lettre où il mêle à ses consolations de vifs reproches, et l'exhorte à fléchir la colère de Dieu, que, par ses amours impudiques avec Tadultère Gusman et par Tin juste supplice du grand-maître d'Alcantara, il avait attirée sur lui (ad permulcendas divinas iras, qtias impudicis adultères Gusmaniœ amoribuSy injustQque magistri Alcantarœ ordinis supplicio in se concilarat). Il lui montre comment les peuples sont opprimés quelquefois par les crimes des princes {jut opprimerentur interdum ob scelera principum popuK) ; enfin, qu'il faut d'abord vaincre l'ennemi qu'on porte caché dans son sein, pour mieux vaincre l'ennemi extérieur.
« Noos avons appris, lui mande-t-il, la sinistre aventure arrivée à ta flotte. Dans cette circonstance, notre très cher fils, considère, je t'en prie, attentivement ce qui se passe a
* Raynald., Ann. Egc^ ad ann.
fqqd de 1^ çoyascience, et si elle ne te dit riep w sujet de e^te ççtncabine à laquelle tq q>s été que trop longtemps attaché pour ton s^lut et pour ta gloire.Gonaidère surtout, qu*à caiise d'eUe.^ tu w, W' mépris des préceptes canoniques, porté des mains violentes, jusqu'à Textinction de sa vie terrestre, sur ievL le gr$i|id-maitre d'Alcantar^, peif^onnage pieux et revêtu 4q çariictère ecclésic^tique. liivre à t^ passion un combat in'* teneur; f^s-toi à toi-même une guerre animée et incessante dai)^ les replis de ton cœur roy^l, afin que, te corrigeant et changeant incontinent de vie, tu éloignes de ta cohabitatiop çet^e femme, et te disposes à obtenir le bénéfice d'une abçiolution selon le véritable esprit de TÉglise.De cette façom senlepiient, la paix fermement et salutairement i^établie d^x^s t% conscience, et rentré en grâce auprès de Dieu , par qui tu règnes et gouverneras re^nu à lijii^tu pourras plus sûrement çoq^r^eucei: la guei^re contre lei^ eunepi,i&^.. »
(iOS cinq galères qui savaient pu sç sauver du combat, et qui s'étaient retirées à Xarila,, donn^^eut avis de ti^ut à Val-^ (^f^yifi de^ la place, Martin Feruaudez Portoearrero. Il partit eu personip^ pour en avertir le roi; i\ 1q trouva à Las Gabeças de SwJ^^i^; conwe w)us l'avons dit, le> samedi veille du dimaucbe des Bameaui^, vers nûnuit (dans la Bjuit du 7 au 8 avi^l X ^ ^V^ A^ P^^ ^ la^ malheureuse ^urnée et de la mort ^ V^mii^K Le peu de diligence du re», L'abandon rà il avait lalssié la gaxuisun de Tarifa, en proie à toutes les angoisses^ de l^ disette , déteriuinèrent Portoeavrevo à quitte^ le service d*Alfuua(s, quwt à I9 défense de Tarifa; et le roi papsa 4 }^er^^4d.'uJ^i]{ envoya ravi^illevla plaoe rédnU^^au^ derniers abois d^ \i^ ffiim ^.
C'est à ce moment si critique pour la Gastille que les deux
^ SicqMe pace in tua conscientia firm^ter «t salubriter sUMUta, teque. accepta apu^ Deum, per quem régnas et regeris reddilo, securius inire belium poteris contra hostes. . Dat Afin, xin Ical. julii, anno VI (1340), t. vi» Epist. secr. 104.
* Chr. dei Rey Alonso el XI, c. 243.
COAPITHE 05ZIEBIE. 151
Alfoiise de Gastille et de Portugal, le beati-père et le gendre, se révDirent pour parer au danger qai menaçait tons les états dirétieiis d'en deçà da détrcdt. Pressé par les circonstances, Aifonse XI se tourna le premier vers son beau-père, ou p)n«« tét ters sa femme dofla Maria, que de Xerez il enroja prier d'éerire au roi de Portugal, à Teffet d'en obtenir le secours de quelques vaisseaux, pendant qu'il ferait construire de noQtelles galères ou en enverrait demander à des peuples plus éloignés. Doua Maria était alors à Séville où elle vivait presque en recluse avec son fils Pierre, dans le couvent de Saint-Clément, appartenant à des religieuses bernardines '. Touchée de cette prière et n'envisageant que Fintérèt général de la chrétienté, la reine mit eu oubli tous les torts de son mari à son égard, et ne se montra sensible qu'au malheur qui venait de le frapper. Elle écrivit à son père en termes pressans et animés, et chargea son chancelier, le doyen de Tolède, don Velasco ou Vasco Fernandez, qui fat depuis évêque de Paflencia, d'aller exposer de vive voix au roi de Portugal toute la gravité de la situation, et le besoin urgent que le roi de Castille avait de ses secours ; d'aller en tin mot le prier de vouloir bien oublier lui-même, en ce moment, quelque grief que ce fût contre son gendre , et lui dire qu'il ferait eu cela une chose bonne en soi, utile à la chrétienté, et particulièrement agréable à la reine sa fille ^.
Le roi de Castille revint à Séville, et, peu de jours après, des messagers du roi de Portugal s'y rendirent pour lui annoncer la prochaine arrivée de la flotte que dofia Maria avait obtenue de son père. Alfonse de Castille, dès qu'il avdt
1 Zufiiga, Anales de SevUla, ad ann., mun. 4.
2 Le embid â dezir (con sus carias muy encarecidas) como se perdiera la flotta der rey de Castilla, y los Moros mataron su almirante ; que le rogava y le pedia po r meroed que tufiesse po^ bien de embiarle su flotta en ayuda .... y que no quisiesae en este tiempo busear contro el rey de CaslUla otro mal talante , y que en esto haria grande ayuda, y buena obra al rey de Gastilla, y à ella haria en ello mucho bien (Cbr. etc., c. 214).
ib2 HISTOIRE d'ISSPAGNE.
songé à reeoarir à Alfanse de Portugal, avait fait rendre à la liberté et renvoyé en Portugal Tamiral génois Hanael Pesaflo et son fils Charles, détenus priôonniers dans le château de Xerez; car malgré la trêve du 22 décembre 1338, on avait gardé de part et d'autre les prisonniers faits dans le cours de la dernière guerre; et ce furent le même Manuel Pesaflo et son fils Charles qu*Alfonse lY chargea de conduire la flotte portugaise à Séville. Elle y arriva dans la seconde quinzaine de mai, et Alfonse témoigna à Pesaflo son désir qu'il allât au détroit avec ses vaisseaux; mais celui-ci ne le voulut point, et déclara qu'il ne pouvait aller se poster que dans le port de Cadiz. On a justement conjecturé que l'amiral devait avoir des ordres secrets da roi son seigneur, qui voulait sans doute faire sentir an roi de Castille la nécessité de ses secours dans la situation présente, et l'obliger par là de conclure une paix solide. Il est possible cependant que Pesano n'eût d'autre n?otif que le motif allégué par lui, savoir la crainte que lui inspirait la disproportion de ses forces maritimes comparées à celles dont Aboul-Hassan disposait. Le roi avait besoin de lui, et il lui dit qu'il allât où il voudrait, et demeurât où il le jugerait le plus convenable '•
Sans attendre l'effet de sa démarche près du roi de Portugal, Alfonse avait aussi, de Xerez, envoyé D. Juan Martinez de Ley va porter à Gênes un message dans lequel il priait la république de lui vendre à prix d'argent le secours de ses vaisseaux. Il songea, dit la chronique, à s'adresser aux Génois parce que c'étaient des hommes très experts dans les guerres maritimes, (muy sàbidores de las guerras de la mar)^ et possesseurs de nombreuses galères. Pour les attirer plus sûrement à son service, il pensa qu'il était bon d'avoir un amiral i\Xi leur nation et qui fût parent du doge, estimant qu'il
* Y el rey le dixd, queestuviesse donde mas fuesse su voluntad (1. c).