‹ Histoire d'EspagneChapitre 3 sur 108 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

« Don Juan Ramirez, qui avait été lié d*amitié avec le comte don Àlyar, feignit d'avoir reçu du roi quelque sujet de mécontentement, et s'en alla au château de Belber, où était le comte, à qui il fit entendre qu*il s*était réfugié pour mettre sa personne en sûreté. Il demeura quelques jours ayec don Alvar, qui ne cessa de lui donner des marques de son estime; mais, ayant enfin trouvé une occasion favorable pour Texécution de son projet, il poignarda le comte rebelle. Dès que cette nouvelle se fut répandue, tous les châteaux et toutes les forteresses se soumirent au roi. Don Juan Bamirez eut pour récompense la propriété du château de Belber, et le roi se fit apporter beaucoup de richesses que le comte avait amassées à Tordehumos. Le roi, ainsi débarrassé de Tinquiétude que le comte don Alvar pouvait lui donner, partit pour le Portugal, accompagné de l'infante Doâa Eléonore sa sœur, afin de célébrer son mariage. »

Pas un mot, comme on voit, qui montre que le bon Jean

de Ferreras trouve à cela quelque mal. Le roi comprit

Puis, remarquez bien ce généreux et dévoué assassin (dont Ferreras lit mal le nom dans la chronique, et qu'il désigne par le nom de son père), s'animant dès qu'il est informé de l'andace d' Alvar, et : le roi ainsi débarrassé de l'inquiétude que le comte don Alvar lui donnait, etc. Tout cela ne vous paraît-il pas excellent?

Les trahisons de notre roi Louis XI sont célèbres, et il n*est pas d'historien français qui ne les ait plus ou moins condamnées. Les historiens espagnols racontent, on vient de le voir, plus philosophiquement celles de leur roi Alfonse XI ; ils les racontent, mais sans blâme aucun. Ils réservent toutes leurs rigueurs pour Pierre son ;fils , surnommé le Cruel ; puis reprennent toutes leurs grâces pour le bâtard du roi, Henri de Trastamare. Quant à Alfonse, la gloire d'une bataille heureuse les éblouit au point qu'ils n'ont pour lui que des louanvui. 3

34 HisTOiai: d espagsb.

gesr (41 cruauté capricieuse et puérile de ce roî «*^ense presque pas leur sens moral, et on dirait qu*il8 en racoaleot les actes plus à sa gloire qu*à sa honte.

Peu auparavant , était mort à Saragosse, le 2 [novembre 1320, le roi Jacques II d'Aragon, après un règne de près de trente^cinq ans, et au moment où il venait de rendre effectif le titre de roi de Sardaigne et de Corse qu*il portait depuis qie Boniface YIIT lui en avait donné Tiavestitare par une bulle en 1297.

Jacques eut pour successeur son second fils Alfoase. Alfonse faut avait été marié, étant encore infant, à Thérèse d'Eutença^ fille et héritière de Gombaud (Gomdebald ) d'Entença et de Constance d*Antillon. Thérèse était nièce d'Ermengand de Cabrera, comte d*UrgeIl et vicomte d'Ager, lequel , par son testament, fait dans la ville de Gamporells du comté de Ribagorça, le 10 juillet 1314, avait disposé et ordonné qu'à défaut de fils légitimes ( il était malade et prévoyait qu'il n'en aurait pas), ses exécuteurs testamentaires vendraient au roi D. Jacques II d* Aragon ses comté et vicomte ( d'UrgeU et d'Ager), au prix décent mille livres jacquaises (100,000 libras jaquesas), à la condition que Jacques II s'obligerait à marier son second fils D. Alfonse avec ladite dofia Teresa, nièce du testateur, et à nommer les nouveaux époux comtes d*Urgell , avec Tusage de ses armes , fondant ainsi, en un mot, un majorât de second rang pour les infans d'Aragon. Ce fut en vertu de ce testament du comte Ermengaud, et des traités stipulés après sa mort entre le roi d'Aragon et les exécuteurs testamentaires du comte, que sa nièce dofla Teresa d'Entença épousa l'infant Alfonse, fils de Jacques II, dans l'église cathédrale de Lérida, le 10 novembre 1314. Les époux reçurent la bénédiction nuptiale de D. Guilhem de Bocab^ti, archevêque de Tarragone, et, dans leur acte de mariage, le roi Jacques II leur fit donation du comté et delà

GHàPITRË ONZIEMS. 35

▼kxNBté, mnloraiément aux dispositions du testament d'Er« nengand '•

Mnntaner consacre toat un chaire de sa dMroniqm à l'éloge de doAa Teresa d'Ëntença. « Ce seigneor infant En Alfonse, dit-il, eut poar femme ane des plus nobles dames d'Espi^ne qui ne fût pas fille de roi, et la plas riche. C'était la filte du tarés noble En Gomband d'Entença. Ellelut appâta le comjbéd'Urgdl, toute labarotmied'ÀntiUon et tonte la biH ronnie de son père E^ Gombasd (labaronnie d'Entmçaet

celle d'Aleaieja) Le seigneur infant eut de cette dame,

à laquelle il surrécut, deux fort gracieux enfans, dont l'attté fut nommé l'infant En Pierre (depuis, Pierre IV, suroomoië le Cérémonieux), et le plus jeune l'infant £n Jacques. Il «m eut aussi une fille qui est reine de Majorque (ttuntaner écri* vaiten 1325), et qui, toute petite et à peine âgée de cinq ans, fut mariée au seigneur roi En Jacques de Majorque. Et toutes ces choses elle les vit terminées de son vivant» Puis, ainsi qu'il plut à Dieu, ladite dame infante, femme du se»* gnenr infant En Alfonse, trépassa de cette vie, dans la ville de Saragosse , le dernier mardi d'octobre de l'an mil tras cent vingt-sept , et elle fut ensevelie le lendemain, qui éttnt le jour de la fête des bienheureux apôtres saint Simon et saint Jnde, dans l'église des Fr^es-Mineurs^. » Âlfonse épousa deux ans après, comme nous l'avons dit, Éléonore de Gas^ tille, cette fille de Ferdinsmd IV, que le fils einé de Jacques II , nommé Jacques comme son père , devait épouser à Âgreda en décembre 1319, et à laquelle il renonça tout à coup, ainsi qu'à ses droits au trône, le 22 dé-

1 Voyez BofetuU, t. n, p. 9S1 <ft seq. ^ Le testament d'ErmengauA eA eemetfé aux archives de Barcelone (Varia 9 Alfonsi III, comUatus Urgelli, fol» 101), 4t l'acte de mariage dans le t. ii des Gratiar. Regn. Jacobi secundi. fol. 237).

* Ram. Munt., c. 291. — Elle mourut à Sarragosse, le 28 octobre 1327, cinq jours avant son beau-père le roi Jaofutt U, ea Mtouékaaà é*im fSn nommé don Saneho, qui mourut lui-même quelques jours après.

cembre de cette année, pour entrer dans l'ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem , et enfin dans celui de Montesa , où il mourut en 1 333.

La conquête de la Sardaigne marqua les dernières années du règne glorieux de Jacques II, et ce fut son fils Alfonse qui Taccomplit. « Il est vérité, dit Muntaner, que le seigneur roi d'Aragon, voyant ses fils grands, fiers et valeureux, convo* qua les cortès dans la cité de Gironne, oh se trouvèrent le roi de Majorque < et tous les barons de Catalogne, et là il fit publier'qu'il chargeait complètement son fils, le seigneur inlaot En Alfonse, de la conquête du royaume de Sardaigne et de Corse qui devait être sien. Aussi lui semblait-il, à lui et à tousses vassaux, que c'était grande honte pour lui de ne point le conquérir, puisqu'il y avait si longtemps qu'il s'en disait et signait roi. Tous approuvèrent cette résolution, et pardessus, tous le seigneur roi de Majorque, qui offrit d'armer vingt galères à ses frais et dépens, et d'envoyer deux cents hommes de cheval et des gens de pied ^. »

Après l'expulsion définitive des Sarrasins de Tile de Sardmgne par les forces réunies des Pisans et des Génois, en 1050, les Pisans qui avaient autrefois possédé dans cette ile des établissemens considérables, rentrèrent en possession de leur conquête, et récompensèrent les Génois de l'assistance qu'ils en avaient reçue par d'importantes concessions à Algbero et au cap septentrional, mais sous la suzeraineté de la commune de Pise. A mesure que s'éloignait cette époque de la grandeur pisane, l'influence de Pise s'en allait faiblissant ea même temps que grandissait la prépondérance des Géoois, et la Sardaigne fut souvent leur champ de bataille. Au moment de la conquête de 1050, Pise, après avoir distribué les fiefs à ses alliés, avait divisé l'île en quatre petites

I C'était alors Sandio, filB de Jacquo, roi de Mi^Joniae. 3 Ram. Mimt.y c. 27t.

Page 1