CHAPITRE OnzIEME
fiODverainetés connues sons le nom de jndicatures : celles de Gagliari, de Gallara, d'Arborée ou Oristano et de Corrès ou Logaduro, confiées aux chefs des principales familles pissi^* nés, envoyés d'abord comme gouverneurs, mais qui rendirent promptement la dignité de juge héréditaire dans leur famille. Peu à peu ces jndicatures s'étaient affranchies de fonte reconnaissance de suzeraineté envers Pise , occupée tout entière de ses luttes de terre et de mer avec Gènes. La victoire de Molara, remportée par les Génois sur mer, le 6 août 1284, acheva la ruine des Pisans;et en même temps qu'ils perdirent, avec leur confiance en eux-mêmes, tous les établissemens disséminés sur les mers, ils furent réduits, dans File de Sardaigne, à la seule judicature de Gagliari. .
« Le comte Ugolino délia Gherav'desca, dit M. Mimant', nommé dictateur sous le titre de capitaine général, après la défaite de Molara, offrit même de leur céder le château de Castro qui domine Gagliari, pour la rançon de leur onze mille prisonniers ; mais un mouvement digne des plus beaux temps de l'antiqnité, sauva ce débris de la puissance pisane. Les prisonniers pisans furent indignés d'apprendre à Gênes la négociation dont ils étaient l'objet. Ils obtinrent de leurs vainqueurs la permission d'envoyer des commissaires à Pise pour y manifester leurs sentimens. Introduits dans le, conseil, les envoyés déclarèrent : que les prisonniers ne consentiraient jamais à une capitulation aussi honteuse ; qu'ils aimaient mieux mourir dans la captivité que de souffrir qu'on abandonnât lâchement une forteresse bâtie par leurs ancêtres et défendue au prix de tant de sang et de travaux ; que si les conseils de la république étaient capables de persévérer dans une résolution aussi insensée, aussi criminelle, les prisonniers ne voulaient pas leur cacher qu'à peine rendus à la liberté , ils tourneraient leurs armes contre des magis-
* Hist. de Sardaigne, t. n, p. 161 .
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trats on pniUlaimnes ou traitres, et qu'ils leftpunindent d'à- Toir sacrifié la patrie etrbonnear à de vaines et éphémères janissaiices. »
A côté de cette prorince pisane avait grandi la jadicature d'Arborée, devenae oomplètement indépendante ; et presque en même temps BcRuiface YIII, en vertu du droit exercé par les papes de conférer à leur gré Tinvestitore de la Sardaigne, avait conféré, par les clauses de la paix de 1297, en échange de la Sicile, cette investiture à Jacques II d'Aragon, et Jacques ajouta en effet à ses titres celui de roi de Sardadgne et de Corse. Jacques II ne put alors faire valoir ses droits et remit la prise de possession effective à un moment plus fa* vorable. Bencnt XI renouvela, en 1304, cette même donation en faveur de Jacques, mais sans plus d'effet. Sous Clément Y, la même investiture fut renouvelée en 1306, et dès Tannée suivante , 1307, une flotte aragonnaise fut dirigée sur la Sardaigne, mais sans aucun succès. Enfin, une occasion se présenta pour le roi d* Aragon de se jeter en Sardaigne avec de meilleures chances, appuyé qu'il allait être par des auxiliaires de l'intérieur de Tîle. Mariano III, juge d'Arborée, étant mort sansenfans légitimes, en 1321, son fils natu* rel, Hugues , s'empara de l'autorité. Les Pisans croyant le moment favorable pour reprendre leur prépondérance sur le jttdicat d'Arborée, se prononcèrent contre les prétentions de Hugues, et se disposèrent à l'attaquer. Ce fut dans ee8 circonstances que Hugues s'adressa au roi d'Aragon.
« Hugues III, dit M. Mimant', irrité de la conduite des Pisans à son égard, résolut d'en tirer vengeance. Le nouveau droit acquis au souverain d'Aragon sur l'île de Sardaigne par la concession du pape lui en offrit l'occasion et les moyens. Il travailla secrètement et avec la persévérance de la haine à former une conspiration qui avait pour but de les expulser
« Ibid., t. i,p. 174etsuiv.