CHAPITRE TREIZISMJS
de ces pouvoirs, à Londres, le 1^*^ août de Tannée suivante, et qoi commence :
« Sachent touz, que corne debatz et dissensions fuissent menz entre les Engleys d'une part, et les gentz de les villes de la marisme de la Seignurie du roi de Gastell et del eountee de Yiscaye d'autre part, par cause de mais et damages faits d'ane part et d'autre, les gentz des villes susdites envoyèrent devers le très doute prince le roi d'Ëngleterre et de France loar messages, cest à dire, Joban Loupes de Salcedo, et Diago Sanches de Lupard, et Martyn Perys de Golyndano, ov plein poair pur traiter sur les dd)atz et dissensions avantdites, et pur demander, prendre et faire emendez de les mais et damages susditz, et pur requere et prendre treues et soeffrances de guerre a un certein temps en espoir de final pais qui se pnrra tailler durant les treues avantdites. Et depuis, assemblez eu la citée de Loundres les députez de Tdit très doute Prince le Boi d'Ëngleterre et de France d'une part, et lesditz messages d'autre part, lesditz messages demandèrent : Primetament emendes et satisfaction de les mais et damages queux ils ount pris et receux en la meer par les Engleys del tems du Boi don Petro ore roi de Gastell : et les députez de part le Boi d'Ëngleterre avantdit ount demandé de les députez de les villes susdites emendes et satisfactions de tous les malz et damages faitz as gentz d'Ëngleterre, de Gascoigne, et as autres subgitz ledit Boi d'Ëngleterre et de France, par les gentz ledit Boi de Gastell, et del Gountee de Yiscaye par ledit temps.... »
Ils stipulent en conséquence une trêve de vingt ans, tant par mer que par terre, entre tous les sujets du roi d'Angleterre (excepté ceux de Bayonne et de Biaritz qui en avaient déjà fait une de quatre ans) et les sujets du roi de Gastille et du eounté de Biscaye '.
< Voyez Rymer, Fœd., ad ann. — Les viUes maritimes de la Gantabrie faisaient
234 msTonuB d esp^gne.
Pierre fat malade à Séville jasqn'à la fin de l'année, et y demeura convalescent jusqu'au commencement derannéeanivante (1 35 1 ), qu'il partit pour la Gastille, avec sa mère et son ministre, Juan- Alfonse d'AIbuquerque. Celui-ci, cousin-germain de la reine <, gouvernait et réglait tout despotiquement. Par ses ordres, on envoya chercher, à Garmona, Éléônore, qu'on y avait envoyée prisonnière ; et la reine- veuve la mena partout à sa suite, satisfaite enfin de voir abattu l'orgndl de cette rivale, naguère si insolente par la faveur du roi^ A Lléréna, Frédéric, maître de Sant-Yago, demanda aa roi la permission de voir sa mère, et l'obtînt; la mère et le fils se virent, et telle fut leur douleur et leurs tristes préoccupations dans cette entrevue, que, pendant une heure que dura la visite, ils ne purent se dire une parole et demenrèrent pleurans dans les bras l'un de l'autre. Les gardiens d'Éléonore ordonnèrent à son fils de se retirer, et ce fut la dernière fois qu'il vit sa mère.
De Llerena, par le conseil de sa mère et d'Albuquerqne, Pierre fit conduire Él^onore à Talavera, ville appartenant en propre à la reine-mère, avecordrede l'enfermer dansl'alcaçar de cette ville. Elle n'y fut pas longtemps prisonnière. Quelques jours après , la reine y envoya un certain Alfonso Fernandez d'Olmedo, avec l'ordre de lui ôter la vie, dans l'alcaçar même, et il l'exécuta en arrivant. Ainsi, dit Ortiz, Diea
en ce temps un grand commerce avec les côtes de France et de flandre, où les négocians de ces yilles avaient des factoreries et des comptoirs. On trouve dans Rymer une lettre d'Édoi^M» datée de Westminster, 6 de mars 1361, dans laquelle il dit : Supplicarunt nobis mercatores et marinarii villarum de marina Gastellse et de Lapusca in dicta villa de Rupella commorantes» ut cum ipsi, et alii mercatores de locis praectictis, ad dictam villam cum bonis et mercanditis suis venientes, etc... Il prend sous sa protection et défense spéciale les marchands desdites villes qui demeuraient à la Rochelle, aUisi que les patrons, les marins et les marchands qui viendront commercer dans son port avec leurs navires.
1 Albuquerque était petit-fils de Denis, par un fils naturel ,de celui-ci, nommé Alfonse Sanchez, frère naturel par conséquent d'Alfonse IV, roi de Portugal, père de Marie.
GHAPITBE TBSIzdSBIlS. 235
châtia les offenses qui par cette femme avaient été faites pendant tant d'années à ses eommandemens, et le long et pernicieux scandale de sa vie. Encore bien, ajoute-t-il, qn'à cet égard il faille, ponr être jnste, en faire remonter la principale responsabilité an roi don Alfonse.
Tel fut le premier acte du règne de Pierre* La suite répondit à ces commencemens.
« Ce premier crime, a-t-on dit, est moins le sien qoe celai de sa mère, qui n'avait pa pardonner à sa rivale de lai avoir enlevé, avec le cœur de son mari, le crédit et la puissance dont elle aurait pu jouir. Cette cruauté en entraîna d'antres. Les amis d'Éléonore de Gn^man furent les victimes de leur attachement pour elle, ou de la faiblesse si commune qui leur avait fait préférer une maîtresse toute-puissante à âne reine sans crédit. Il en coûta cber, par la suite, à Marie de Portugal, d'avoir ainsi accoutumé son fils au meurtre et a la violence. »
Déjà, comme nous l'avons vu, après la translation de sa mère à Carmona, après son mariage avec Juana, fille de don Jaan Manuel, mariage qui avait si fort déplu au roi, Henri de Trastamare s'était retiré dans les Asturies. Irrité du menrtre de sa mère, il fut sur le point d'éclater, mais il ajourna sa vengeance.
Cependant, le roi, sa mère et son tout-puissant gouverneur et premier ministre Albuquerque passèrent les monts, et prirent leur chemin vers Burgos.
Don Tello s'était retiré à Palenzuela, ville qui faisait partie de l'apanage de sa mère. Pierre en avait conçu quelque ombrage, et il envoya don Juan Garcia Manrique ponr y observer les démarches de ce fils de doua Eléonore dans lequel, comme dans tous les fils de cette femme abhorrée, il pressentait un ennemi. Pierre poursuivit sa route vers la Castille, et, arrivé à Palencia, il y fut joint par don Tello, qui venait lui rendre hommage comme à son seigneur.
236 HISTOIRE d'espac^nb
Le jeune roi lai fit grand accueil, « en considératioD,'dit un historien, de la manière dont il dissimula la douleur et le ressentiment que la mort de sa mère dcTait lui causer. » , Don Tello, en effet, se montra en cette occasion d'une faiblesse et d une soumission extrêmes. Fût-ce par la terreur naturelle qu'inspirait Pierre à ses frères issus d'Éléonore, oa par le sentiment du devoir monarchique? Quoi qu'il en soit, il vint vers le roi, et, dès qu'il fut en sa présence, il s'avança vers lui et lui baisa les mains; le roi lui dit : « Don Telle, vous savez comment ^votre mère dofia Léonore est morte. » £t don Tello, par le conseil |de don Juan Garcia Manriqoe qui Tavait instruit à répondre ainsi, dit au roi : « Seigneur, Je n'ai d'autre père et d'autre mère que votre grâce ^ »
Jusque-là Pierre n'avait de son chef ordonné directement aucun meurtre, et, comme quelques-uns le croient, il est douteux qu'il se fût réjoui de celui de la malheureuse femme qu'avait aimée et élevée Âlfonse quasi au rang de reine.
Pierre cependant avait envoyé devant lui à Burgos un de ses officiers pour y ordonner le recouvrement de Talcavala, quoique cet impôt ne lui eût pas été accordé par les cortès qu'il venait de réunir à Valladolid. Burgos protesta. Les principaux habitans refusèrent de payer, et le peuple tua le collecteur du roi, qui voulait employer la force pour percevoir un impôt illégal. Gela parut au jeune roi un attentat cootre son autorité^ et il trouva dans Àlbuquerque un conseiller porté au despotisme, qui l'engagea à punir cet acte d'insoumission avec la dernière rigueur. Les habitans de Burgos, qui en eurent avis , prirent les armes, et Garcilasso de la Yéga, adelantado-mayor de Gastille, reconnut la légitimité de leur refus; comme eux, il craignait le caractère despotique d'Albuquerque , qui, après tout, était pour eux un
^ Sènor, yo non he otro padre, nin otra madré salvo que^vuestra merced (Pedro Lopez de Ayala, ano ii, c. 14.)
GHAPITR£ TREIZIEME. 237
étranger. Une députation fat envoyée au roi pour le pner de ne point amener avec lai son premier ministre , odieux aux Castillans, et dont Garcilasso particulièrement, qui était mal avec lui, craignait la violence. Pierre ne tint aucun compte de cette ambassade, et continua sa marche vers Burgos dans la compagnie d' Albuquerque. Instruit de cette marcbe, Garcilasso adoucit les esprits, et engagea les habitans de Burgos à recevoir le roi et son favori sans résistance. En même temps, soit pour faire bbnneur au roi, soit pour lui montrer àgoelshommesil commandait, Garcilasso alla au devant de lui avec une partie du peuple et une escorte imposante de chevaliers armés et bardés de fer. Pierre cacha le dépit que lui causait cette réception, et résolut de faire mettre à mort Gârci-^ lasso par trahison;il avait reçu en cela l'exemple de son père, et Albuquerque n'hésita pas à entrer dans ce plan ou à le lui suggérer. Il aidait à Fendurcissement de ce cœur, déjà si préparé à la cruauté par l'exemple paternel, et lui faisait faire aiasi, sous lui, à seize ans, l'apprentissage de l'assassinat, comme moyen de gouvernement.
« Lorsque le roi, dit la chronique, fut arrivé à un bourg appelé Gelada, à quatre lieues de Burgos, un jeudi du mois de mai, il y trouva Garcilasso qui était sorti pour le recevoir. En sa compagnie étaient Boy Gonzalez de Gastaûeda, ricoorne marié à doua Ëlvira Lassa, sœur de Garcilasso, et Pero Boiz Gariiio, marié à une autre sœur du même, appelée (selon l'ysage du temps) doua Urraca Lassa, et il^ menaient avec eux Gomez Garillo, fils de Pero Bniz Garillo, et beaucoup d'autres chevaliers et écuyers. Le frère du roi, don Telle, arriva ce même jour à Celada avec ses gardiens don Jnan Garcia Manrique et Pero Buiz de Yillegas; c'étaient des ennemis particuliers de Garcilasso et ils eurent devant le roi, avec le commandant général de la Gastille, une assez vive altercation de paroles. Le roi les fit taire, et ce jour-là il n*y eut rien de plus. Le lendemain, qui était un vendredi, tandis
239 HISXOIBE D ESPAGHB.
qse le roi, après ai^oir çntenda la messe, cheTaaehait poar se rendre àj^Tardajos, hameau à deox lieues de Borgos, il ne put empêcher ces ennemis de se prendre de querelle, et on fut sur le point d*en venir aux mains. Le roi arriva le lende^ main samedi à Burgos, et alla demeurer avec sa mère doâa Maria au palais de Tévêque, appelé el Sarmental. Ce samedi même, dans la soirée, il tint conseil, et quelques-uns lai dirent que Garcilasso avait toujours tranché du maître en Castille, sans presque jamais parler du roi ; et, eo outre, que, lorsque le roi avait été malade à Séville et qu'on croyait qu'il mourrait, Garcilasso et don Alfonse Ferrandez Goronel, entr'autres, avaient voulu que don Juan Nuflez devint roi. Gela, et beaucoup d'autres choses, furent dites, calculées exprès pour animer le roi contre son adelantado de Castille, et Âlbuquerque surtout dit qu'il fallait le tuer.
La reine Marie eut pitié du malheureux Garcilasso; elle lui envoya dire, dans la nuit, de se tenir sur ses gardes, et de ne pas venir au palais le lendemain dimanche , quelque chose qu'on pût lui dire. Mais, ne se sentant coupahle d'aucun crime, il ne profita pas de l'avis. « Il ne le voulut pas croire, dit Pedro Lopez de Ayala, et au contraire vint le lendemain dimanche de grand matin au palais. Les portes en étaient bien gardées, et Garcilasso entra avec Buy Gonzalez de Castaneda, Pero Buie Carillo, ses beaux-frères, mariés à ses sœurs, Gomez Carillo, fils de Pero Buiz Carillo, et quelques autres chevaliers et écuyers. Dès qu'ils furent entrés où le roi était, la reine passa dans une autre chambre avec don Yasco, évêque de Palencia, son chancelier. Et aussitôt que la reine se fut retirée, don Juan Alfonse d'Âlbuquerque fit arrêter trois hommes de la cité de Burgos qui étaient venus avec Garcilasso, et qu'on nommait Tun Pero Fernandez de Médina, l'autre Alfonse Fernandez , notaire , et le troisième Alfonse Garcia de Camargo, surnommé le Gaucher (el Izquierdo), et il les fit enfermer à part. Après quoi don Juaa Alfonse de
Alboquerque dit à un alcade du roi qui était présent, et qui se nommait Domingo Juan de Salamanca : « Alcade , TOUS savez ce que vous avez à faire. « Et Talcade alla vers le roi et lui dit : « Seigneur, ordonnez vous-même, je ne puis Tordouner. » Et alors le roi dit très bas : « Archers^ arrêtez Gardlasso. » Don Juan Alfonse avait amené là trois écuyers, élevés chez lui, armés de poignards, d'épées et de dagues ; et quand le ^oi eut dit ces paroles, d*arrêter Garcilasso, les trois écujers s'avancèrent très intrépidement vers lui. Et Garcilasso dit au roi : « Seigneur, que ce soit votre plaisir de m*envoyer un prêtre à qui je puisse me confesser ; et vous Bui Fernandez, mon ami, je vous prie d'aller trouver doua Léonor, ma femme, et de lui demander un écrit du pape où se trouve une absolution. » Kiii Femandez s'en excusa. Et on lui donna un prêtre qui se trouvait là par hasard; et Garw cilasso le prit à part^ et, causant avec lui sous un petit portail donnant sur la rue, il commença à lui parler de pénitence. Et le prêtre dit par la suite qull avait tàté les habits de Garcilasso pour savoir s'il n'avait point de dague sur lui. Et alors les amis de Garcilasso se retirèrent ensemble en un coin. Albuquerque dit au roi : « Seigneur, ordonnez ce qu'il vous plaijt qu'on fasse de lui. » Le roi n'osait répondre, et il dit : Faites ! Et deux chevaliers furent chargés de porter cet ordre aux archers, et ces derniers n'osaient pas ; l'un d'eui^ ^la vers le roi et dit : « Seigneur que faut-il faire de Garcilasso? » — « Âlbuquerque dit que vous le tuiez, » reprit le roi, Et alors l'archer donna un grand coup de masse sur la tète de Garcilasso, et on lui donna beaucoup de coups jusqu'à ce qu'il mourût. Le roi voulut qu'on le jetât dans la rue, ce que l'on fit. Et ce jour de dimanche il y avait devant le palais une course de taureaux, à cause de l'arrivée du roi; et le roi voyant comment le corps gisait par terre, et comment les taureaux le foulaient aux pieds, le fit poser sur un banc de'vant lé palais, et il resta là tout le jour. On le plaça depuis
240 HISXOIBB D'ESPAGini.
dans un -cercueil sur lé mar de la ville, près de la Coihparanda, où il demeura fort longtemps. Beaucoup d'autres personnes furent tuées alors, ou mises en prison à Burgoi , entr'autres, les trois citoyens de Bnrgos, Pero Fernandez de nedina, Alfonse Fernandez et Alfonse Garcia de Gamargo, qui avaient été arrêtés le jour qu*on tua Garcilasso. Le roi les fit amener devant lui, à quelques jours de' là, comme il était à table avec Albuquerque, et les fit tous trois taer dans la salle voisine. Beaucoup d'autres émigrèrent de la ville, par la crainte d'un traitement pareil. On arrêta la femme de Garcilasso, dofia Leonor de Gornago ou Gôrnado. Garcilasso laissait un fik de son nom, que le roi donna aossi Tordre d'arrêter. Mais quelques-uns des amis de son père parvinrent à le sauver, et se réfugièrent avec lui dans les AsturieSy où était le comte Henri de Trastamare. Gelui-ci était à Oviédo le 16 mai de cette année, comme il appert par un acte qu'il y fit en faveur de Gutierre Bernaldo de Quirro. Pieirrè donna le commandement-général de Gastille, qu'avait eu Garcilasso, à D. Juan Garcia Manrique ^
Ge sont, comme on voit, toujours des péripéties de partis, des reviremens de cour inattendus, à l'espagnole, sans règle, sans principes, sans droit, des jeux de la fortune et du hasard dans les limbes du despotisme, dans le prétendu siècle de la chevalerie, et entre des gens se disant chrétiens.
Cet acte, qui faisait pressentir aux seigneurs, et en général à tous ceux qui étaient ou qui possédaient quelque chose, une suite de caprices meurtriers comme ceux qui avaient marqué le règne d'Alfonse XI, souleva natureUeuient la colère et l'appréhension de tous. Alfonse Ferrandez Goronel, ▼aillant capitaine, mais qui avait eu le tort dç servir, comme oti l'a vu, d'instrument aux vengeances du feu roi, se relira dans son château d'Aguilar, en Andalousie , et n'en voulut
^ Chronlca dd Rcy don Pedro, etc.
GHAFIT&S TBBIZIÉlflE» 241
plus sortir. La plupart des grands se liguèrent contre le roi, 00 se tinrent dans une défensive armée. Quelques-uns se tournèrent vers Henri de Trastamare ; mais celui-ci n*osa pas même demeurer dans les Asturies dès qu'il eut appris le meurtre de Gardlasso, et alla chercher un refuge plus sûr en Portugal.
Pierre avait seize ans et quelques mois, et il n'y avait pas encore un an et demi qu'il régnait, que déjà il était lancé dans cette voie de sang. Imbu tout enfant, et par l'eiemple de son pire, de cette maxime qu'on ne règne que par la force, il frappait ou laissait frapper, persuadé que la rigueur devait être le suprême régulateur de toutes choses.
Si l'on réfléchit cependant que ceux qui eurent le dessus immédiatement après le meurtre de Pierre dans la tentedeDuguesclin, demeurèrent maîtres, pour ainsi dire,de riiistoire comme du trône, etqn'ils eurent dans les mains tous les moyens d'étouffer la vérité et d'accréditer le mensonge; qu'eu exagérant la cruauté de Pierre et en chargeant sa mémoire, on faisait sa cour à celui qui s'était emparé de la couronne par le fratricide, on restera convaincu qu'il n'a pas tenu à eux de jeter le vernis le plus odieux sur les actes de Pierre, et que leurs accusations intéressées peuvent être à bon droit suspectes jusqu'à plus ample informé.
Est-ce à dire qu'on puisse réhabiliter sa mémoire? qu'il faille, comme l'ont fait certains écrivains, chercher une excuse légitime à chacun de ses meurtres? Il a plu à Voltaire de l'essayer. Bévolté par la partialité évidente des accusations, il a entrevu une partie de la vérité ; mais, comme il arrive, il a dépassé le but en sens inverse dans une réhabilitation juste en principe. Les épouvantables mœurs de son siècle avaient entraîné Pierre; c'est tout ce qu'on peut dire de mieux en sa faveur.
Du jour où il eut fait tuer Garcilasso, nous voyons, en efbt, Pierre s'agiter toujours, toujours menaçant, toujours vm. 16
243 aBKroaiB D'iatPAfiin*
menacé) avec une autorité abeolae de Qoin^ mais inquièle «1 précaire de fait» multiplier les Hieartres et les violenoes poar régner, et ne régner jamais^
Tel est le train ordinaire de Tasurpation et da de8potÎ5Bie« Dans le domaine de la force et de la volonté sans priacâpes et sans droit, tout est action et réaction. Il n'y a qu'benr et malheur dans la lutte éternelle ouverte entre le despotisme et les intérêts. On Ta dit avec raison : un jeune prinoe, trant* porté d'une violente passion, avec un pouvoir souverain, n'a pas l)esoin d'autre titre pour faire toutes les extravagances qu'il voudra* Tel avait été Alfonse. Tel fut Pierre,
Comme son père, J?ierre s'irritait de toute résistance. Son premier mouvement^ d'ordinaire suivi d'effet, était d*ordi>naer la mort de quiconque faisait obstacle à ses volontés^ Garcilasso lui déplut, et il le fit tuer. Don Juan Kufiez lui avait déplu, il était mort, mais il avait laiesé un fils atiquel revenait, par droit d'héritage, la seigneurie de Biseaje. Pierre voulut l'avoir entre ses mains, par hmne sans douté pour son père, mais aussi et surtout pour lut extorquer pat la violence, ou en l'assassinant, cette principauté de Biscaye^ éternel objet de convoitise pour les rois de Castille.
Ce fils de Juan Munez de Lara^ nommé Nufio de Lara, était à peine âgé de trois ans, et il était élevé non loin de Burgos, à Paredes de Nava, dans la Tierra de Gampos, par les soins de Diego Perez Sarmiento, ancien majordome de son père, par dona Mencia ou Milia, femme de Martin Boic de Avendaûo, et par Juan de Avendaûo, fils de doâa Mencia. Pierre songeait à l'envoyer chercher pour Tavoir près de lui> lorsqu'il apprit que sa gouvernante, instruite du meurtre de ' Garcilasso, avait pris la fuite avec l'enfant et se dirigeait vers la Biseaye. Il se mit aussitôt en petisonne à la poursuite de l'escorte qui emportait l'enfant et le pourchassa jusqu'à une petite ville nommée Saneta-Gadea, sur le chemin du port de k Péfia d'Ordufia, par où l'on desoefid eh Biscaye; maie il
GHàPITSB fnmfxÉMi. âfS
qyj^rfl là que 4on Nafio «t léè siiBns éiatetit dt^ bOÉhs dé M })on?ét^ n'ayMt ea de repos dans leui^ fuite qii41« n'èusfiettt; pasfiië le poùt de la ftàd sur lÉbre. Ils éh avaient, pbtir plttb de «ûreté^ rompu une arche, et ils contiïibèrétit leur tàa^^ pdéciintée jusqu'à ce qu'ih fussent arrivés aVec Fenfeut dans h title de Bertneb, « ^i m éh Biscaye sur la mer, ti dout il Iftait seigoédf , ^ dit Âyala^ « Et le roi, ajoule-tMl, vèyant ça'fl ne poutait prendre don Nnâo parce qu'il n*atait àtec loi que quelques hommes montés sur des mulets, ptob^Uadé d'ailleurs^ ^eomme il l'était^ de de qu'on lui disait, que les Kseayeifè détehdraiënl tetif seigneW et riraient «lettre, a^ j^esoio, en sâreté, par mer, a 1â Boébelle, qui est dan» le it)yâanie de f hiice, bit à Bayontië, qni est de la seigûeûH^ de r Angleterre^ et qui sbUt deê lient ^nt là ttHôr foMM de la Bteoaye, Il «en retint de là >. *
Il ne fiiH'lIt point ^pendant de Saneta-^îadea sand enybyër «a 6«ieaye lope Dial& deRbjas^ qui était Un dés ïneiilenrs ebeTàliers de CasiiUe et séigneui" de Poza, M qualité dé grand bénéficiaire icle Biscaye ( por p^^mmem fàa^&t dé Yiseaigà) ^pour parlementer avec les Bisoéyens, dit Ayaia,«t les jKurifler^ en réalité pour tenter on tromper tes tiiteut» dfe rhéritèer de don Juan lïuûezde Lara, d lui ravir son héi*i^ tagev Lèpe ï>m de Bo|aB entra en Biscaye, et ft' aboucha aveè Ifs Biscayens; mais il nen pu obtenir Tenfant qu'il avait mis^ don de raMieneri Éceaduit diplomatiquement, il Voulut é^ aayer de la guerre ; il requît les hommes de toutes léê villes du roi voisines des Yascongades, et assiégea Orozco ^ qni âp* partenait à D. Juan de Avendaûo,et où se trouvaient un assez
non poditf IoMM» A tiWn l^ufib, ^ quâlKM ndil lévabft él t^ tôitsig6 si im OMes â« f eiiteiidi«lidd qfië lo» ViSN^aittoÉ te def^itderiM é le pornisti «A sâlto pôr la
de Inglatertpa, 1 éb« lugë)^ p6t là mar.iiefeà it VUctt^à, torbosè de ittlf . > 1« QiM «e OrMco, dit là aro^e.
244 msTOiBB d'sspagm.
grand DomlM*e d'éenyers de Biscaye qoi la défendirent très bien. Ils avaient pour chefe deax écuyers, dont l'un avait nom Jaan Ferez Dalpide et l'autre lûigo de Bedia. Lope Diaz fut arrêté deux mois et demi devant Orozco qui finit par capituler. Juan Àvendafio, qui était natif de cette province, et» comme nous Tavons dit, fils de la gouvernante de don Nuôo, était dans le château voisin d'Unzuela ', et refusa constamment de traiter et même de voir Lope Diaz de Bojas.
Ce succès donna à Pierre Tidée de faire poursuivre la guerre en Biscaye jusqu'à Tannexion de celle-ci à la couronne de Gastille ; il envoya en conséquence Lope Ferrand Ferez de Ayala, père de Pedro Lopez de Ayala, auteur de la Cronica del rey don Pedro ^ à laquelle nous empruntons ces détails. Lope Ferraod Perez de Ayala était chargé d'abord de s'emparer d'une enclave nommée las Incartacionês. On donne ce nom à une portion du Seflorio de Biscaye, bair gnée an nord, l'espace de deux lieues, par l'océan jCantal>rique, confinant à l'ouest avec Castro-Urdiale et les vallées de Soba, Yillaverde et Mena, de la province de Gastille^ Yieilie ; au sud, avec les vais d' Ayala et d'Oguendo, de la province d'Alava, et à l'est avec le reste du Seflorio et le bras de mer qui pénètre par Portugalète jusqu'à Biibao*. Ayala était natif de cette contrée et tirait son nom d*une des vallées qui la bornent ; il réunit ses troupes dans la ville de Yalmaseda, entra dans las Incartaciones et s'empara d'un castillar qui en faisait partie, appelé Arangua^ ; le fit répa-
^ On lit, dans quelques manuscrits de la chronique, Uceta, et dans d'autres 0f»cela. Dans Tancienue édition il y a Uncueran. C'est évidemment une ftiutei corriger. Les trois autres formes n*ont rien d'hybride, mais Uceta est le nom adiieL
*. Las Incartaciones ont 7 lieues dans leur plus grande longueur, sur un pm plus de 3 lieues et 1/2 de large, et 18 lieues environ de tour. Le terrain en cil extrêmement boisé et montueux, mais très fertile et très riche en minerai.
3 0aiis quelques manuscrits, on Ut : — B eobrd un castellar que y cn^ que i
GHAPITBE TBBIZnMB. 245
rer et le remplit de ses troupes. Dix mille Biscayens s'opposaient à sa Gonqaéte, lorsqae survint la mort du petit Nufio (vers la fin de Tannée). Il restait denx sœnrs de cet enfant appelées Tune Jaana et l'autre Isabelle, lesquelles furent livrées au roi par ceux que Thabileté d'Àyala détermina à se rendre auprès du roi aux cortès de Yalladolid, et qui vinrent en effet, avec la procuration de toute la contrée, se soumettre à son obéissance. Toutes les terres de Lara firent de même et se déclarèrent pour le roi '.
Disons, avant d'aller plus loin, Tétat de l'Europe au moment oii nous en sommes.
En cette année 1351, la chaire de saint Pierre était occupée à Avignon par Clément YI (pape depuis le 9 mai 1342), successeur de Benoît XII; TEmpire était à Charles lY, fils du roi de Bohème; il Toccupait depuis 1347. En France, Philippe de Yalois, à qui le trône était échu faute d'héritiers mâles en ligne directe, étant mort le 22 août 1350, à l'Age de cinquante-sept ans, Jean II son fils lui avait succédé , et avait été sacré à Bheims, le 22 septembre; en Angleterre, régnait Edouard III; à Naples, la reine Jeanne, veuve d'André, frère du roi de Hongrie. Enfin, AlfonselY, fils de Denis, était roi de Portugal; Pierre lY, dit le Cérémonieux, roi d'Aragon, et Charles-le-Mauvais, roi de Navarre.
Le 16 novembre 1350, le roi d'Aragon se trouvant à Perpignan avait rendu un décret par lequel il était enjoint à tous les officiers ministériels de son royaume de ne plus dater leurs actes selon l'ancien calendrier romain par kalendes.
ArangvH, Dam d'autres il y Arangun^ et dans qael<pies^uii8 Aragunte; le vrai nom basque est Arangurm.
1 Juan Nuiiez de Lara, seigneur de Biscaye» avait eu ce fils et ees filles (NuSo, Juana et Isabelle), de doiia Maria, fille de don Juan le Contrefait (el Tuerto), qu'Alfonse XI prit en traître et fit tuer à Toro, et qui était fils de l'infant D. Juan, celui qui périt dansla Véga de Grenade. Ce fut par Marie, avec laquelle s'unit Juan NuSez, qu'il devint seigneur de la Biscaye.
246 «sTcniB d'kbpâgiib.
ides t% noues , comme ils rayaient fait jadqae-là, mais par le simple quantième du mois, soit en langoe romane, soit en latin. Il abolit anssi l'ère de César communément nsitée en Espagne, et ordonna de ne plus dater Vannée àb kioartUiHfme Dei^ mais à nativitate Domim. Ce décret fat confirmé par ks cortès tenues dans cette même yilte de ^Perpignan , le 14 mars 1351. Depais lors rannée civile commença en Aragon, comme en Italie, da jour de Koë), coutume qui plus lard s'étendit à toute la Pénmsule et qm dura jusqu'en 1514. Le 27 décembre; troisième joor de Fan 1351, suivant le nouveau style, la reine d'Aragon (Marie de Navarre, première femme de Pierre lY, roi d'Aragon) était accouchée à Perpignan d'un fils qoi fut nommé Jean et qui succéda à son père sous le nom de Jean T'.
Nons. ayon^ à mesare mentionné les vicissitodes du royaume de Kaifarre et ses rapports politiques avec la Castille, l'AragoA et 1a France. Nous avons dit comment ce royaume était passé par mariage dans la maison française des comtes de Champagne et de Brie. Da jour oti, à la bataille de las Navas dû Tolosa, Sancbe, à la tête de ses braves Navarrais, eut brisé les chaînes qui entonraient la tente-rouge du Miramofin, la Navarre eut ses armes parlantes: des chaînes d'or cDchevètrées dans un chan»p. de gueule; chaînes qui, à deux époques, sont venues remplir k moitié de Vécusson des ri4s de France, josqn'an d^rniev qu*une révolution victorieose a chassé de Paris sons nos yeux. Nous avons successivement marqué la s^ des rois de Navarre depuis Sanchor«le-Fort. On saitqae Thibaut P', dit le Posthume, comte de Champagne, fils de doua BIaDca,sœur de Sanche-le-Fort, roi de Ns^varre, adojh ta, en 1224, son neveu comme successe|i)i* à la^QOWOADftdB Navarre. Thibaut devint roi de Navarre àh ans après (en 1234), et mourut à Pampeltme le 8 juillet 1253. K laissa dp. MoKgHc^te d^ Boiarboa,. sa f^mmi. dcw ûla, TWbsul et Henri, qui furent successivement rois do Navarre.
L'an 1970, Thibaut, qui avait accompagné saint LOnls, 8«i boan-^père, aa siège de Tunis, mourut àTrapan), comme BOUS l'aYOBS TU, au retour de la malheureuse croisade de Tunis, le 5 décembre, sans laisser d'enfans. Henri, frère <le Thibaut II, lui suecéda et fut proclamé roi de Navarre à Pampelune le 1^' mars 1271, sacré le 24 mai 1273. Ayant perda Thibaut son fils, il fit reconnaître Jeanne, âgée de deux ans, héritière de la couronne. Il meurt en 1274, le 21, le 22 ou le 28 juillet; Jeanne succéda à son père à trois ans.
L'an 1284, le 15 d'août, Jeanne, héritière du royaume de Navarre, épouse Philippe-le-Bel, fils de Philippe-Ie-Hardi. L'an 1304 elle meurt h Paris, le 2 avril, âgée d'environ trente-deux ans.
Toute la succession des affaires de Navarre eut lieu de cette manière : par son mariage précité avec la reine Jeanne (héritière du royaume de Navarre ainsi que dés comtés de Champagne et de Brie par la mort de Thibaut son père), Philippe-le-Bel joignit la couronne de Navarre à celle de France. C'est par là que les rois de France sont devenus une première fois rois de Navarre et comtes de Champagne et de 3ne.
Loiiis-le-Hutin (Louis X), fils de Philippe-le-Bel et de Jeanne de Navarre, hérita du royaume de Navarre du chef de sa mère, comme du royaume de France du chef de son père. Maie, après lui, la Navarre sortit denouveau de la couronne. Louis-le-Hutin ne laissa, comme on le sait, à sa mort , qu'une fille, nommée Jeanne comme son aïeule la mère de son père. Exclue de la couronne de France par la loi salique, cette fille était Théritière légitime de la Navarre et des comtés de Champagne et de Brie, états où la loi salique ne fut jamais en vigueur.
Jeanne II n'avait que quatre ans et demi à la mort de son père Louis-le-Hutin (1316). Ses oncles Philippe-le-Long et Gharles-le-Bel, qui furent successivement les tuteurs de leur
248 HiraOIBK D*B8PAGra.
nièce, prirent sans droit le titre de rois de Navarre, sans dessein, dit-on, de s*approprier oe royanme, mais senlemeat comme tuteurs de leur nièce, et suivant nn ancien usage ea vertu duquel les princes et les grands seigneurs prenaient le titre des terres de leurs pupilles. On sait par. quelles négociations Philippe de Valois, successeur de Gbarles-le-Bel, obtint de Jeanne la cession de la Champagne et de la Brie: il restitua la Navarre à ce prix.
Jeanne, par son mariage avec Philippe (1328), comte d'Evreux, arrière-petit-fils de saint Louis, et héritier du comté d'Evreux du chef de son père, Louis, comte d'Evrenx, issu du second mariage de Philippe-Ie-Hardi avec Marie de Brabant, porta ses droits dans la branche royale d'Evreux; et Philippe, comte d'Evreux, devint roi de Navarre du chef de sa femme. C'est de leur mariage que naquit ce Charles de Navarre si fameux dans Thistoire, et si justement surnommé le Mauvais, qui fut roi de Paris et devint presque roi de France durant la captivité du roi Jean son beau-père, et ne cessa d'agiter la France sous les règnes de Charles Y, son beau-frère, et de Charles YI, son neveu.
Philippe d'Évreux était mort le 16 septembre 1343, et son fils Charles lui avait succédé sous la tutelle de sa mère, qui elle-même mourut à Conflans le 6 octobre 1349 etfnt inhumée à Saint-Denis, près de Louis-le-Hutin son père. Charles lui succéda; mais il ne fut couronné et proclamé à Pampelune que le 27 juin 1351 . Il était âgé de vingt-un ans. Sachant que le roi de Castille, de beaucoup plus jeune qae lui, était en ce moment à Burgos, il s'y rendit pour le visiter ; c*était peu après Texpédition de Pierre contre le jeune Huûo de Lara. Le Castillan reçut Charles de Navarre avec la plus grande pompe et lui fit présent de chevaux, de mules et de bijoux. Le roi de Navarre demeura plusieurs jours avec le roi Pierre à Burgos, et s*en retourna ensuite dans son royaume, dit Ayala, « très content et très ami du roi de Castille. »
GHAnTBX TBKIZiraiB. 249
Hariana parle de la conr des deux rois, et dit que rien n'était plus poli et plus brillant que ces deux cours; qu'elles étaient nombreuses; que tout y était galant, superbe, magnifique; que les courtisans, aussi bien que les deux jeunes rois, semblaient le disputer de politesse et de magnificence; que la conformité de Tàge, mais plus encore le rapport de génie et d'humeur (ils étaient, en effet, dignes de se comprendre) formèrent entre eux une amitié très étroite. Le roi de Tîa- ▼arre avait avec lui le prince Philippe, son frère; il demeura quelques jours à Burgos, et tout ce temps fut employé en fêtes, en spectacles, en tournois, en parties de chasse et de plaisir <.
Pierre partit de Burgos après l'exécution de Garcilasso et se rendit à Yalladolid, ot il avait convoqué les cortès générales de son royaume ; c'étaient les premières qui se réunissaient sous son règne. On y fit un grand nombre d'ordonnanees et on y résolut divers points importans d'intérêt général.
Les deux hommes chargés d'exposer et de soutenir les vues et les intérêts de la cour à ces cortès étaient Juan Alfonse d'Albuquerque, premier chancelier du roi et mayordomomayor de la reine, et don Yasco, évêque de Palencia et depuis archevêque de Tolède, qui était alors notaire-mayor du royaume et premier chancelier de la reine. 11 était frère de Pero Suarez et de Gutier Ferrandez de Toledo, et c'était, dit la chronique, un bon prélat, dont nous raconterons plus loin la disgrâce. Les mêmes difficultés qui s'étaient élevées aux cortès d'Àlcala de Hénarès sous Alfonse XI, entre Tolède et Burgos, se reproduisirent d'abord dans celles-ci, et le roi eut recours au même moyen que son père avait employé pour mettre d'accord les deux villes; il répéta presque les mêmes paroles qu'Àlfonse avait dites, huit ans auparavant, en semblable occurrence : « Ceux de Tolède feront tout ce
* Cron. dd Rey D. Pedro^ aik) uS c. 11.
qm je feai^eonmuiDdefai, et je k dia aîMi pQ^y eax t et HMrâteni^tf quo Burgos parie. «11 en fui fait m^ lA d'me et d'autre part qb ae tint ponr contost. Le reî, teutefois, 4oAQCb SOUCI la date du 9 BOYOOsibre de cette aasée^ w pri^ yii4%^ a la yiU^ de Tblède^ rà la prééminence sur tontes kft anti^ vJAlea 4'£9pagne et $a quaUté de Yilie impériale sont fort ei^plîeiteioent reeonnuejBi K
Qn lit dana ces Qwp\è& dQ newbrew réglemena mt teAte» sHJfftea de ni^tî^re^ eîvil^ et ppUtiquçs ; entr^antre», l'OrdenammtQ de las Meneetrales , carieu^ie lui publiée pouv h première fois fm 1779 pw Llagnoo Amirola^ à la anitatte son excellente édition de la chronique d'Ayala, aveo leseabiei^a de§^ elioaes r^cl^mées par les villeia^ m cQOiiiieneeoi^nt de qe r^gqe, Quaiemo de Petidonesi^ Où y coBsaera de oout^Mf ^^ Vapienda^t, YOrdemmientQ de ÀUalà, et on y donna uoe ikouyeUe çanctim eu Fuero Fûgo de Castillan que pi^bUe le ]?o^ Pierre en 1356,* SJais ce qui surtout diatiagaa oes eortès,. fut la discussion vive q^i s*y éleva au sujet des Behetrîas. Di^Qp% d abord cia que signifiait ce mot £8hatria.
1 Sepan, porte oe prtvUégt» quantos esta carta vteren como yo Den Pedro por la çrada d« DIqs rey de Çs\»tiUa, de, Toledo, de L?09, de Çalià^^ de SevUlo, de<>vdova , de Miircia, de Jaen, de A^gezira , é senor de Molina ( il ne prenait pas encore le titre de senor de Vizcaya), porque fallé que Toledo fué é es cabeza de! Imperio de Espana de tiempo de los Reyes Godos acâ, é fué é es poMada de caballeroe^ ^iosdalso diQ V» biiwos soUfes ^ IS^paîi^, é qon les dierop psndon nia sellOi é fueron é son merced de los reyes onde yo yengo^ nin ban sino ei vùo, é los sellos de los mios oflciales : é porque lo fall<$ asi el rey Don Aifonso mio padre, que Mos ptvdone, en las Certes que fizé en Akalà de Henares, é fxi fpBtiep^a quailes Çafr^avian i^rinerapieqte en l^as cortes, por esta mzoïi tmidj él poi bien de fablar en las dichas certes primeramente por Toledjo. E por este yo tu?e por bien de fablar en las Certes que yo agora fize aqui en Yalladolid primeramente por Toledo : é de esto mapAe dar à les de Toledo esta mi carte, sellada oon mi selio de pl<Httû^ ~ 9«^ en las Co^^s de Va^iadolid, nuevei di^ de qovievibre, era de mité trecientos ochenta é nueve anos. Yo bl Ret. — La coutume de se disputer il préséance s*est perpétuée entre Tolède et Burgos dans les certes subséquentes jusque dans le dernier siècle, non-seulement aux certes, mais aussi dans les cérémonies du serment prêté aux^rob et aux princes, et le rqi y BMtt^il-ia Unûou» par J» oémes
Bthêêriaj snifant qoel({a6S étymologistes, est un mot grec dM?é de Heteria par la snbstitation da B à Taspiration R. Betma Teat dire, et c'est en effet le sens da mot grec, société d'hommes libres et choisis, qni ne veut point de maitre ou croit n'en point avoir. C'est en ce sens qa*il est employé dans les Inatitutes de Gains : Sodaks sunt illi qtws Grœci Beterias tocant, his autem potestaiem fadt lex pac^ tionem quam sibi velint ferre. Depuis, suivant les mêmes antears, on a exprimé la même chose, en espagnol, par les mots Benefatia ou Belfatia, Benefactoriaj d*où finalement et par ecMTuption Behetria. Le sens politique et social de ce dernier mot, de quelque part qu'il vienne, est d'ailleurs parfaitement déterminé par une loi des Partidas : « Behetria est le domaine propre et franc de celui qui y vit, et qui peut prendre pour seigneur celui qui le sert le mieux ; et tous ceux qui sont possessionnés dans la Béhétrie peuvent prendre pour chef qui ils veulent, lequel sera tenu de la payer dans les neuf jours, et quiconque dans les neuf jours ne la paiera point, la doit payer le double à celui dont il Ta reçue ; et il est tenu de payer an roi sa quote, à savoir, pour chaque chose qu'il reçoit, quarante maravedis. Et de tout subside que les Fijosdalgo lèveront sur la Béhétrîe, le roî doit en avoir la moitié, et il n'en pourra être établi de nouvelles sans Toctrot du roi '. »
Puisqoe nous avons fait mention des Behetrias, dit la chro-
parolcs ou par des paroles équivalentes. C'est ainsi qu'au serment de 1760, etpou|r la dernière fois, je crois, les députés de Tolède et de Burgos se présentèrent en même temps, et le roi leur dit : — « Toledp juràra quando yo lo mandàre : jure Bur^^. » ^ Behetria es un heredamientQ suyQ é quito de aquel que vive en él, é puede reçeblr por selior â quîen quisiere que mejor lé faga, e todos los que fueren ensenoreados en la Bebetria pueden tomar conducho cada que quieran, como son tenudos de lo pagar à nueve dias : é qualquiera que fasta los nueve dias no lo pagase, debelo pechajp doblado â aquel â qulcn lo lomd : é es tenudo de pechar 9I rey el coto, que es , por cada C089 que tomd, quarenta maravedis. E de todo pecbo qne los Fijosdalgo Uçvaren de la Behetria, debe haber el rey la mit^d : é Çehetrj^ npi se pu^dje l|acer nuçvamente ain otorgamiento dd rey.
252 HfSTCMBB D*E8PAGia.
nîqae d'Ayala, nous voulons dire, selon ce qae Bons avons en tendu, ce que forent, au commencement, ces lieux {lugares) qui sont appelés Behetrias. Elles s'établirent au temps où les chrétiens s*étant mis à guerroyer contre les Maures, des secours leur venaient de toutes parts. U n'y avait alors sur la terre d'Espagne que très peu de fortereases, et qui était seigneur du champ était seigneur de la terre. Les chevaliers réunis en troupes s'emparaient d'une plaine où ils asseyaient leur camp, et se nourissaient de ce qu'ils y trouvaient; ils s'y maintenaient et la peuplaient, et se la partageaient entr'enx; mais tel était leur état de division que chaque lignage, solar ou maison prétendit élire un seigneur à sa convenance, sans s'embarrasser de ses voisins : ainsi se manifestait la tendance naturelle au morcellement ou à l'individualité; les unsélarent le chef de la famille ou mieux de la tribu ; les autres n'importe qui, pourvu qu'il fût hidalgo d'Espagne. Celles des Behetrias ou Gaserias qui élisaient leurs chefs où elles voulaient parmi les hidalgos d'Espagne s'appelaient de mar d mar (d'une mer à Tautre), ce qui voulait dire qu'elles pouvalent choisir leur seigneur de l'océan Gantabrique à la Méditerranée ou de la Biscaye à l'Andalousie. Gelles qui n'étaient pas de mar à mar, bien qu'elles pussent changer de seigneur, n'en pouvaient prendre un nouveau que dans le lignage de celui à qui elles sétaient une fois données. D'autres pouvaient changer de seigneur jusqu'à sept fois par jour; ce qoi se disait pour exprimer à quel point était illimité leur droit à cet égard <.
^ n en était de même de ce côté-ci des Pyrénées, chei les peuples voisins deoa montagnes. On lit dans le recueil manuscrit des Fors de Béam, conservé aux archives de Pau, où j'en ai fait moi-même une transcription complète à mon usage, le passage suivant, fort caractéristique dans son acerbité : — Aqueltz son U» fors de Rearn en lo quaus fe mention que antiquament en Beam no liave senlior, et en aqueltz temps audem laudar un ung cavaler en Begorre, et anam lo coelher et femlo senhor ung an. Et après no los volo tenir en fors et en costumes et la cort de Bean se amassa lasbetx a Pau, et requireronlo que teniensenos en fors et costumes et
UBAFnm ns&ntei. 253
Les Bebetrias n'accordaient que de fublea subsides à leurs seîgDears» en ayant bien soin toujours de protester que ledit octroi n'afait rien d'obligatoire et ne procédait que d'un acte spontané de leur mlonté. A certains bijosdalgo elles donnaient aussi algo (alîgutd), quelque chose pour se fournir d'armes et soutenir la guerre pour leur défense; ce « quel-* que cbose > ou subside s'appelait ûiviseria^ et on appelait dimseros ceux qui le recevaient. Aux comtes de Castille elles payaient (dans l'intérêt général) la martimega et ce qu'on appelait l'argent du debors (monedâ forera)^ impôt également tout Tolontaire, et qu'on sentiment instinctif de défense commnne, ou, comme on dit aujourd'hui, de nationalité, les portait à donner à titre gratuit'.
Ces Bebetrias devinrent avec le temps ce qu'on appelle en Espagne des Poblajciont$y c'est-à*dire des cmtaSy dans le sens primitif du mot *; Quelques-unes prirent un développement tel, qu'il y avait à la fois dans leur circonscription légale des nuûsoas ou familles de grands parens ( tcmê de parientes mayoref), d'autres de vassaux ressortissant du roi {realengtu)^
eg no abolo far et lasbetz aucfgonlo en la cort. Item après hom loa lauda ung prudom cavaler en Auvergne, etc.
^ ie n*al |Ni déeoH?rir l'origine de ce nom de MÊatUnUga, donné au subside payé aux comtes de Castille pour subvenir à la défense du territoire.
2 César (de Bell. Gall., 1. yi) fait connaître que civitas n*est pas autre chose que, Éodetas hondnum qui uno agro ac traetu habitant, Hsdem legibiu et imtitù-' Hi «iltttiftir. ^ On ne doit donc pas entendre précisément par le mot eivitoi un grand nombre de maisons et de bàtimens contigus, occupant une même enceinto divisée par des rues, et entourée de murs et de fossés, mais un lieu d'assemblée, que le besoin qu'ont les bommes de se communiquer leurs secours et leurs idées a fait choisbr à un noême peuple. Cicéron ( in oraHonê pro Sestio ) indique très bien en deui mots la diflerence qu'il y a entre ciffitas ti urbt : Cian cont>0nttctila , dit-il , qwu posteà civitates nominaveruntf tùm domicilia conjunctay quas urbes dieCmuf . — Pomponius sur diverses lois, et Varron (de Ling. Lat., 1. iv, c. 32) font connaître que le mot urh$ vient du verbe whare ou ur^are , c'est-à-dire , aratro dêfinire. Le même Varron ajoute que les Romains avaient eux-mêmes emprunté cet mage des Toscans : Etrutco more, Koe eet, junetis bobut tauro et Wiccd, inte^ rior$ aratro ektimag^nt fulcum.
d'autres relevant d'ooe abbaye (de abaâentio)i enfin les familles dites solariegasy qai^ propriétaires de terres di^s d'autres parties de rEspagnc^ n'avaieat que des possessions pea eonsidérables dans la Behetria qu'elles habitaient. Les Bebetrias de mar à mar^ qui pouvaient prendre seigneur^ comme j on disait, soit de Séville^ soit de Biscaye (d'une mer à Fautre)^ étaient au nombre de quatre, à savoir : Becerril, Avia, Palacios de Heneses et Yillasilos. Dans toutes^ les élootitmB avaient lieu, par la nature même des eboses, assez tamaltuairement ; de là deu\expressions proverbiales^ longtemps et encore en usage dans quelques provinces : Tune^ pour exprimer un tumulte électoral ou. même amplement populaire : cosa de Behetrixi$ l'autre, $ùn vilUmo de Behetria^ no te tomes à porfia, ppur dire qu'il ne faut point se mêler dans les disputes des paysans de Behetriai
Dans les eortès de Yalladolid, le roi Pierre et so» liinistre Àlbuqueirque demandèrent qu'on proeédàt à time répartîtiôa et è une organisatton nouvelles des Bébétrias de Castille^ avec la pensée^ à ee qu'il semble, de les rendre faérédltaires^dlé* guant pour raison, surtout, que, dans leur état présent, elles étaient une occasion de discorde et d'inimitiés entre les hijoscialgo '. Àyala nous apprend qu'Âlbuquerque avait au ehangemeot soUioité un ^aiid intérêt pariituliel'^ m raison de ses alliances de fettlille. Il éthît, éïi effet, '][)a<' èU femme Isabelle, fille de -b. îello de Meneses, en possession de plusieurs terres béfaétriales, si je puis ainsi dire^ et il espérait avoir une gttitïûe paH dte cfelles qui, pat la mort de piîisi^Ui» Sef^ gnebte, et entr'autres de Û. Juan l^unez de Lara, manquaient m eè moment de seigneufs \ Mais il ne plut pa» au elieva-
^ Diciendo que eran ocasion por dd los Fijosdalgo avCan sus enemistades (Citm. del Rey D. Pedro, a5o ii*, c. 13).
3 b. Juan AffoDso dé Alburquerque (nous écrivons AU)uquer4ue, confonnément à i l'usage moderne) était fils de D. Affonso Sanchez^ et petit-Ûls, comme nous TaTODS dil, j de Don Doniz (Denis), roi de Portugal. Sa mère était fl^e de D. Juau Affonso TcUeii j
Hors de GasIiUe^ dit fièrement Ajda, de oenfealir à cette répartition {non plogô d los caballeros de Castilla de cMi mtjf en elk!) ; ils craignaient ^D'elle ne ae fit aree inégalité» ^ à Tavantage de leurs ennemis on d$ rauterité royale, et iU tn»* lent bon contre Tinsistance et les prières d'Attniqacvq^ et da roi. Parmi les défenseurs de Tandeniie eonstitiilhMl des Béhétrias se fit sdrtoul remarquer an des priMifimt chevaliers de Castille, D. Jaan Rodrigves de Baodeval, ^ était né Ini-mAme dans les Behetriaa de ce rorfetamea Ses raisons prévalurent; le partage ne se fit foîBl, et leé choses demeurèrent dans Tétat où elles étaient aupaflravam {é asi mn h partierùn^ é /Iftoaron eomo primera eêtàban) >.
Le père de Pierre avmt aussi conçu le projet de détruire les BéhétriaS) et il avait, dans ce but, chargé pluaieurs ]^r-> sonnes balaies de faire un relevé exact et détaille dM lîetat et des maisMs {lM§are$ é mserias) qui avaient le eareetèfè de la Bébétrie, ainsi que difô familles (linages) qui les hAbl^ taient, de leurs seigneurs et de ieura dmseros. Alon fut eom^ mencé le livre célèbre connu sous le nom de Beeerro, archives aingulières d'une partie considérable de Tanoîeniàe nèbletfse espagnole ; mais ce qui alors ne put avoir son effet, Tout avee le temps^ et les rois s'emparèrent dans la suite dea Bébétritti CMame de toutes choses, et en dépouillèrent les anciens eeti gneurs pour en faire un instrument de règne et la récompense de leurs créatures et serviteurs de tout genre. « On portait toujours le livre du Becerro, dit Ayala, dans la chambre du rn, et bien que, suivant ce qo*en disent quelques vieux che^ valiers, il ne soit pas sans erreurs, cependant il partage beauic^up de diffé^nds, et miedl il vaut eûéôre souffrir lé peu
ffHSneiif de i^^Sèrqoe; S» et héHa# dé dbHB Âffovistf fme^, i»h(tàtèif^ {pobià' dur) de cette ville. — Doiiui Isabd de Meneses, fenkifié de nôtre ÀSMQiléhiue, ftait eut de t^. Triode ttetit^,lfts dé Xf. âlfdilse de Moliiià , le^él èfàtl frè^ de la Mie ddHi Maria de lËolina^ îtamt dn roi t>. Sdilcho. ^ CroD. del tl«y B. PM^i tfd if, t. 11.
256 HUTOIBB d'ispàgiik.
d'erreur qu'il y a, que de n a^oir aucun document écrit sur la matière <. »
Ou peut, par quelques actes authentiques, estimer la longue durée de ces certes de Yalladolid qui, ouvertes au commencement de l'automne 1351, prolongèrent leur session jusqu'au printemps de l'année suivante. Le roi y demeara certainement jusqu'après le 20 mars de cette année; et ce fat peut-être la seule et courte période politique de sa vie où il ait essayé de régner suivant les principes de l'ancienne constitution du royaume. Non seulement dans le cours de cette session il ne commit aucune nouvelle violence, mais il se montra même bienveillant envers plusieurs familles qoi avaient souffert sous son père. C'est ainsi qu'il fit à Diego Gonçalez d'Oviédo, fils du grand-maître d'Alcantara €k)nçalo Martinez d*Oviédo, donation de diverses terres, en compensation d'antres que le roi Alfonse lui avait enlevées, et il confirma cette donation à Yalladolid par un acte dn 8 octobre de cette année (1352)».
Il ne se montra pas opposé non plus (si ce n'est, par les conseils d'Albuquerque, en ce qui concernait les Béhétrias) aux ancieones libertés connues sons le nom de Fueros, et il fit plusieurs actes de gouvernement et d'administration, de leur nature assez recommandables, dans la teneur desquels se trouvent, çà et là, de bons principes et de fort bons sentimens convenablement exprimés, dont il faut lui faire honneur, si tant est qu'ils ne soient pas l'œuvre de ses secrétaires. Tels sont la confirmation des Fueros de Naiera, en date do
I E traeolo slempre en la càfnan del rey : é como guier^ que segnnl
dfeai algunos caballeros antigos, bay en él algunos yerros ; pero parte mncbai coDtiendas, pues esta ordenado : é mas vale sofrir algun poco de yerro que en S baya, que non baver alguna dectaracion sobre taies porfias de las Bebetrias ( Pedio hapez de Ayala , ano n», c. 14 ).
* E yo veyendo, dit Pierre dans l'acte de confirmation du S octolNW 133S, qid •obredicbo Rey mio padre Sciera pecado en vos desberedar sin merescimieito, épor qnelasuaboa non aya pena, etc. (ZaBiga, Anales de Sevflla, p. 207.)