CHAPITRE TREIZIÈME
fùteù sûreté; car il avait crainte de D. Juan Alfonse qoi se montrait chagrin de l'amour da roi pour dofia Maria, quoique, au commenceineat, il eût lui-même conseillé au roi de la prendre, parce qu'étant de sa maison, attachée à doua Isabelle sa femme, il crut se rendre par elle plus maitre du roi qu'il ne l'était ; mais cela n'avait pas eu lieu ainsi depuis; et le roi partit de Torrijos, et fut à Yalladolid, où étaient déjà réunis par son ordre, pour la cérémonie du mariage, tous les grands du royaume. Et aussitôt qu'il y fût arrivé, il ordonna qu'on préparât promptement toutes choses pour la célébration de sou mariage avec doua Blanche de Bourbon sa fiancée, qui était âgée de seize années, très belle femme, et du lignage du roi de France, àe la Fleur de Lis ^ »
Une scène d'un caractère seigneurial singulier marqua les préliminaires de la réunion des personnages qui assistèrent à ces noces à Yalladolid.
Le roi apprit, en y arrivant, que le comte D. Enrique et D. Tello ses frères venaient à ses noces, comme il les en avait fait prier ; mais qu'ils y venaient traînant à leur suite de nombreuses troupes d'hommes à cheval et à pied. Ils étaient en ce moment au bourg de Cigales, à deux lieues de Yalladolid, disant qu'ils n'entreraient pas dans la ville, à moins que toutes leurs troupes n'y entrassent avec eux, et il sot qu'ils disaient cela par la crainte qu'ils avaient de D. Juan Âlfonse d'Albuquerque qu'ils voyaient là très puissant, duquel ils avaient peur. Et le jour suivant, dit la chronique, par les conseils dudit D. Juan Alfonse d'Albuquerque, le roi résolut d'aller prendre ou tuer le comte et D. Tello à Cigales, et il agissait ainsi à l'instigation d'Albuquerque, lequel ne cessait de répéter au roi que le comte et D. Tello né venaient pas à ses noces comme ils devaient y venir, et que c'était en agir mal pour le service du roi, et à sa honte,
^ Cronica del Key D. Pedro, ubi supra, 1. c.
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que d'y venir ea M pompeux et redoutable <9idp(Eig^ rt «vie tant d'ostentation.
' Le roi, persuadé ou non par Àlbaquerque, piurUt eepen-* dant le dernier samedi dn mois de mai ', de grand matin, et se rendit à Cigales avec toutes les compagnies de gens d'armes qui étaient avec lui à Yalladolid : il avait avec lui, oe jourlà, les infans d'Aragon B. Ferdinand et B. Joan ses cousins, B, Joan de la Gerda, B. Juan Âifonse seigneur d'Albuquer*que, et beaucoup d'autres riches-bomiaes et cbevaliera*
Conuue, en leur compagnie, il marchait vers Cigales, un éouyer vint à lui, que lui envoyait le eomte B, Henri pMr s'asgarer si effectivement ce qu'on lui avait dit de la maroba du roi sur Cigales était vrai. Cet écuyer s'appelait Alvaro de Carre&o et était Asturien, et il venait monté sur un cheval castagne, revêtu d'un lorigoq, de ses quexotes et eanilleras, et avec deux autres écuyers. Et il dit au roi que la comte lui balisait les mains, et l'envoyait lui, Alvaro de Garreûo, vers sa grâce, pour lui conter comment 1« comte et B. Tello son frère s'en venaient, suivant sou ordre, aux noces du roi, et comment, par crainte de B. Juan Aifonse d'Albuquerque dont les vassaux et les partisans organisas en trou* pes armées remplissaient Yalladolid, ils ne pouvaient venir en sûreté auxdites noces que si le roi avait pour agr^le qu'ils y vinssent, eux aussi, accompagnés de manière à ptou** voir se défendre ; qu'ils lui demandaient en grâce de ne point leur imputer à crime cette précaution ; qu ils étaient à Cigales avec leur suite et leurs partisans, mais prêts h faire tout ce qu'il plairait au roi de leur ordonner, pourvu qu'ils pussent, par eux-mêmes» se défendre au besoin du mauvais vouloir d'Aibuquerque son favori, dont la grande puissauee dans le royaume pouvait être à bon droit redoutioe d^ {Qvà.
^ Le dernier samedi du mois de mai tomba, en cette année, le 25» veiUe du deuxième dimanche d'après la Pentecôte.
GIAPITBB TRBiZna. 287
Sur quoi U roi dit à son ministre : « Examines ces raûaons que le comte et D. Tello m'envoient dire par cet éonyer, car elles vous concernent <. »
Albnquerque répondit qae ce n'étaient pas là de bonnes raisons, et que ni le comte ni D. Telio n'avaient d'eicuses valables pour venir avec tant de brnit, à la tète de troupes à pied et à cheval, armées de lances et d'épées, à l'endroit où le roi étant devait assurer le salut de tous à sa cour, et maintenir la paix entre tons ceux qui s'y rendraient. Excellente laison sans doute, si plus d'une fois déjà l'expérience n'avait démontré qu'elle était impaissante à sauver ceux dont la perte avait été jurée. Il ajouta qu'ils pouvaient venir sans aucune crainte de qui que ce fût aux noces du roi. Le roi, dit-il, l'avait envoyé dire au comte et à D. Tello, et le leur avait écrit lui-même lorsque, par Juan Gouçalez de Bazan, il les avait envoyé prier d'y assister , et le doute ne pouvait leur être permis; et il répéta qu'ils ne devaient pas venir ainsi près de leur roi et seigneur, en quelque façon à la tête d une armée, et accusa un cbevalier puissant du parti des deux frères, dont le nom nous est connn, Pero Buiz de Villegas, de les avoir mis en doute de la foi du roi.
Pierre dit là-dessus à l'écuyer de s'en retourner vers le comte, et de lui dire et ordonner de sa part qu'il eût à venir et à se remettre sans retard à sa discrétion; qu'il lui donnait assurance, ainsi qu'à son frère D. Tello, que rien de ce qu'ils redoutaient n'était pour eux à craindre, et qu'en con-^ séquence ils eussent à renvoyer dans leurs terres les troupes qu'ils avaient amenées à Cigales.
Âlvaro de Garreno, ces raisons entendues, dit Ayala, n'osa répondre sinon pour dire qu'il retournerait vers son seigneur le comte et lui dirait tout ce que le roi souhaitait qu'on lui dit ; et incontinent il rebroussa chemin vers Cigales.
1 Ved estas razones que el Coude é Don Tello me envian i dedr con este escudero, pues ataSien â yos.
288 HISTOIRE ^^D'BSPAGm.
Nous avons dit que les fils â'Éléonore venaient en quelque sorte à la tète d'anearmée. Le comte D. Enrique avait, en effet, avec lui à Cigales six cents chevaliers bardés de fer et montés sar des chevaux superbes, et quinze cents hommes de pied, Astariens. Dès que son écuy er Âlvaro de Garreno lui ent appris Fétat des choses, et rendu la réponse ou plutôt Tordre du roi, il tint conseil sur ce qu'il avait à faire. Et encore bien que quelques-uns des siens lui conseillassent de ne pas attendre le roi, et d'autres d'aller se mettre incontinent à sa discrétion, le comte n'en voulut rien faire, et, au contraire, il fit armer toutes ses compagnies, sortit du bourg de Cigales (jaliô del aldea de^ Cigales), et s'arrêta en avant du bourg, du côté de Yalladolid, dans une plaine qu'il y a. Pierre arriva de son côté au moment où Henri opérait ce mouvement, et se plaça dans des vignes qui étaient à peu de distance près d'un petit ermitage voisin. Un petit ruisseau coulait au milieu, entre les troupes d'hommes d'armes et les chevaliers des deux frères. Le roi n'avait pas de dessein formé contre le comte, ni envie d'en venir aux mains avec lui, par la raison, dit Pedro Lopez d'Ayala, que déjà il n'aimait plus tant D. Juan Alfonse d'Albuquerque que de coutume ; encore bien que tout le monde ne comprit pas la chose ainsi (^como quier que lo non enten-dian asi todos). C'était là une petite trahison royale, et le témoignage à la fois de la faveur des Padilla et de la disgrâce d'Albuquerque. Et en effet, suivant le même rapporteur (qui parle en témoin oculaire de toutes ces intrigues), les parens de Marie de Padilla, Juan Ferrandez de Hinestrosa son oncle, Diego Garcia de Padilla son frère, et les autres chevaliers qui étaient avec eux, s'entendaient avec le comte, au su du roi, contre Aibuquerque, devenu l'objet d'une secrète conspiration de palais, à l'espagnole, et comme il s'en est tant vu depuis à la cour d'Espagne, sous toutes les dynasties. Le roi était entré fort avant, et depuis assez longtemps, dans cette conspiration étrange contre son ex-favori, par Tintermé-