‹ Histoire d'EspagneChapitre 5 sur 108 · CHAPITRE ORZfÀME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ORZfÀME

el ée faire entrer dans la ligne les Sfalaspin», seigneurs de Bosa, les Doria, seigneurs d'Algbero, et les grandes famille» géniHses possessionnées dans le nord de File. Plusieurs mes» sagers des conjurés avertirent le roi d'Aragon, à qui d'autres soins avaient ôté les moyens et peut-être la pensée de se prévaloir de sa bulle d'investiture depuis plus de vingt^einq ans qn*elle lui avait été accordée, que, s'il voulait se présenter avec des forces suffisantes, il serait reçu à bras ouverts et qu'il serait puissamment secondé. Jacques II , fort aise de pouvoir se dédommager par l'acquisition de la Sardaigne de la perte de la Sicile, à laquelle il avait fallu se résigner, ne négligea pas cet avis officieux, et jugea que le moment d'agir était Tenu. Après avoir renouvelé sa prestation de foi et hommage an pape Jean XXII, récemment élu, il assembla les cor« tes à Glronne, et y fit décréter les moyens d'exécution d'une grande expédition en Sardaigne. Le prince royal, l'infant Alfonse, chargé de diriger les opérations, partit des côtes de Catalogne, accompagné de sa femme Thérèse d'Entença (héritière du comté d'Urgel ) et suivi de la fleur de la noblesse et des plus braves guerriers de l' Aragon, de Valence et de la Catalogne. Le juge d'Arborée, pour mieux tromper les Pisans et les faire tomber plus facilement dans le piège que sa perfidie leur avait tendu, les prévint de la découverte qu'ail avait faite, en sa'^qualité de leur ami le plus dévoué, du but des préparatifs d' Alfonse; et se faisant à leurs yeux nn mérite de sa surveillance et de sa fidélité , il demanda à la république des secours qu'elle s'empressa de lui expédier. Il dissémina les hommes qu'on lui avait envoyés dans ses divers forts et châteaux, et au moment où il reçut la nouvelle de l'approche d'Alfonse , il fit impitoyablement égorger tous les Pisans, soldats, marchands ou voyageurs, qui se trouvaient dans ses états. La flotte aragonaise, qui avait appareillé, le 30 mai 1323, des côtes de Catalogne, mouilla le 13 juin suivant au cap San-Marco, en face d'Oristano. Elle se

oompofMiit de floixante-trois galères armées en gnerre,deTingtquatre palandres et de deux cents bâtimens de transport. Elle portait à bord plus de \ingt-cinq mille hommes d'infan-^ terie et plus de trois mille de cavalerie , ce qui était pour cette époque une armée formidable. »

Muntaner adressa à Tinfant, au sujet de cette expédition, un sermon en vers catalans, qu-il lui fit porter de Valence à Barcelone par En Gomi , un jongleur de sa connaissance, « parce que je n'étais pas dispos, dit-il, pour chevaucher et y aller en personne. » Le vieux maitre-rational donnait au prince, dans ce sermon, divers conseils militaires, et, entre autres, celui de faire construire vingt galères « aussi Itères qu'un éventail, » de débarquer, lui et ses troupes, sur le point où il était appelé, et de marcher de là droit sur Galler (Cagliari) par terre, tandis que sa flotte investirait la place par mer.

« J'envoyai ce sermon, ajoute-t-il, au roi d'Aragon et au seigneur infant En Alfonse pour qu'ils se souvinssent de ce qu'ils avaient à faire. Et bien que mon conseil ne fût pas suf^sant, il rappelait du moins les choses en mémoire, et avait ainsi son utilité ; un bon conseil en amène un meilleur, CjEir chacun vient parler pour ou contre. Et , grâces à Dieu, tout ce que j'avais conseillé dans ce sermon s'accomplit, excepté deux choses, ce dont je fus très fâché, et le suis encore et le serai toujours. La première est qu'on ne construisit pas les vingt galères légères. Et tous ces ennuis et cette sorte de , moquerie qu'eurent à souffrir l'amiral et toute Tost par les galères des Pisans et des Génois, ils ne les auraient pas souffer\& si on eût eu les vingt galères légères. La seconde est que, quand le seigneur infant eut pris terre avec toute sa cavalerie et ses hommes de pied ^ il ne marcha pas tout droit sur Cagliari, lui par terre et la flotte par mer, ainsi que le fit la flotte de son côté; car si tous ensemble fussent arrivés à la fois par mer et par terre à Cagliari, ils auraient sur-le-champ

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