CHAPITRE TREIZIEME
saadés des bonnes intentions da roi, car c'étaient deux des conseillers qui Tavaient engagé à retonrner à Yalladolid près de la reine, savoir Juan Tenorio, son repostero>mayor, et Suer Ferez de QuiûoneS) son proto-spatarius (avant la charge de porter Tépée, el cuehillo^ devant lui ). Le roi partit de Tolède pour Yalladolid le même jour que Tenorio et Quiûones partaient pour Garvajales, où ils trouvèrent Àlbuquerque et lui apprirent le départ du roi et l'objet de ce départ, tout à fait conforme à ses vœux. Il n'avait plus de motifs de se séparer du roi, et ils lui offrirent en son nom la paix et sa faveur, pourvu qu'il s'engageât par un acte authentique à ne faire la guerre au roi ni du château de Garvajales ni d'aucune des autres forteresses qu'il avait en Gastille. A cette condition le roi s'engageait de^ son côté à respecter ses vassaux et ses domaines, le laissant libre de passer en Portugal si telle était sa volonté. Mais il fallait au roi quelques sûretés, et ils demandèrent et obtinrent qu' Albuquerque lui donnerait son fils D. Martin Gil pour otage. D. Martin Gil était le seul fils légitime qu' Albuquerque eût de dofia Isabelle sa femme, fille deD. Tello de Meneses; il l'envoya au roi avec Juan Tenorio etSoer Ferez de Quinones, et fit sur le champ cesser la guerre qae les siens faisaient déjà de toutes ses forteresses et de toutes ses terres aux terres et aux forteresses du roi.
Pierre avait ordonné expressément aux siens d'exiger ce gage d* Albuquerque, et, tandis que ces choses se passaient à Carvajales ', il était, comme il Tavait fait dire à son ancien ministre, retourné près des deux reines à Yalladolid. Était-ce avec le ferme propos de traiter en reine sa femme légitime Blanche de Bourbon, ou ne faisait-il cela que pour tromper tout le monde? On ne sait. Gependant, il vint, il revit.
^ En CarvajaiCB, en Uerra de Alva de Liste, dit la Chronique. ~ Alba de Âliste est une petite fille de la Gastille ylemc, située aux environs de Zamorai dans un terrain Wilé lo$ eampoi de Zamora, les champs de Zamora.
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306 VSTOIRE D'ESPAi&lflS.
il reprit Blanche. Mais telle était son indomptable pasàon pour Marie de Padilla que rien ne put le retenir auprès de celle à qui la politique et la religion l'avaient indissolublement lié ; il y demeura deux jours encore, puis partit de nouveau de YalladoUd, sans plus de cérémonie, et se rendit ou plutôt s'enfuit à Mojados, hameau voisin, d'où il gagna le lendemain Olmédo ; il ne tarda pas à y faire venir Marie de Padilla, et ne voulut jamais [(lus revoir Blanche de Bourbon. Blessés de ce nouvel abandon, le vicomte de Narbouue et les autres chevaliers français qui avaient accompagné la jeune reine en Castille partirent alors sans prendre congé du roi, et s'en retournèrent en France, indignés et pleins de mépris pour le déloyal sans foi ni loi dont ils n'espéraient plus rien, laissant la jeune reine sous la protection de Marie de Portugal, qui chercha par tous les moyens possibles à consoler la pauvre Blanche de cet abandon étrange ; elle l'emmena avec elle à Tordesillas, ville de son apanage particulier, et lui prodigua toutes les marques d'intérêt. Marie de Padilla vint aussitôt rejoindre le roi à Olmédo, sur son ordre. Au moment de son second départ de Yalladolid, celui-ci avait envoyé cet ordre à Tolède, où il avait laissé en partant sa belle maîtresse dans l'alcazar maure, et, chose étrange, et gai montre bien toute la dégradation de cette triste époque, ce fut un des plus nobles seigneurs du temps, issu de saint Louis et de saint Ferdinand, qui fut assez bas pour lui servir d'émis^ saire en cette gi'ave affaire; D. Juan de la Gerda, fils de Louis de la Gerda (le roi des tles Fortunées), gendre d'Alfonse Ferrandez Goronel, ne rougit point d'aller chercher à Tolède la jeune maîtresse du roi, et de la lui amener à Olmédo, où le roi avait résolu de demeurer quelque temps avec sa cour, et de réunir, s'il lui était possible, «ae armée.
Tandis que Pierre reprenait et quittait ainsi Blanche de Bourbon pour la seconde fois, Albuquerque, an vertu des