CHAPITRE TBSIZEEME
dernières conventions auxquelles il n'avait souscrit que sur l'assurance à lui donnée par les envoyés royaux des loyales intentions du prince à Tégard de la reine, Albuquerque, dis-je, envoyait au roi Tôtage promis, savoir son fils D. Mar^tin Gil, et avec lui Diego Alfonse, un autre de ses fils, bâtard; car tous ces seigneurs chrétiens, à ce qu'ils disaient, ne se faisaient faute d^avoir des fils de ce genre et qu'ils traitaient on ne peut mieux. Pareillement il consentit à envoyer au roi, en signe d'hommage et de réconciliation plénière, plusieurs seigneurs qui l'avaient suivi à Garvajales, d'entre ceux qui s'étaient prononcés non précisément contre Marie de Padilla, bonne et simple femme, autant qu'on en peut juger, que ses parens avaient vendue et livrée, vierge et presque enfant, aux embrassemens d'un tyran précoce ; non contre cette femme évidemment sacrifiée et entraînée fatalement au mal, mais contre le scandale qui, par elle, se faisait dans le royaume '. Au nombre de ces seigneurs étaient D. Alvar Ferez de Castro, Juan Martinez de Bojas, fils de Bui Diaz Cencerro, Gntier Gomez de Tolède, frère de Gutier Ferrandez de Tolède, serviteur très dévoué de Pierre, mais d'un dévouement aussi rigide que sincère, Iquel était en ce moment même anprès du roi , Alvar Gonzalez Moran, et Diego Gonzalez d'Oviédo, fils du grand-maître d'Alcantara qu'Alfonse avait fait si injustement mourir.
Tous ces chevaliers et riches-hommes étaient vassaux du roi; mais ils avaient embrassé le parti de D. Juan Alfonse,
^ Autant qu'on le peut inférer dMndices toujours incertains en matière si délicate, il semble que la malheureuse Padilla eut pu dire à cet homme, aux passions duquel on l'avait jetée comme une proie, ce que disait une autre victime de l'amour à uQ autre Pierre plus éloquent, et d'une nature supérieure, mais bien détestable séducteur aussi : ^ Concupiscentia te mihi potins quàm amicitla sociavit ; libidinis ardor potiàs quara amor ( Petro AbaUardo Heloissa). —A tous égards, nous croyons que Marie de Padilla, maltresse de Pierre, valait mieux que la maltresse du père de celui-ci, Héonore de Guzman ; ce qui du reste n'est peut-être pas beaucoup dire.
par considération pour sa personne, et parce qu'ils croyaient servir le roi, plus qu'il ne savait se servir lai-mème, en le contraignant à ne pas se jouer de sa parole et des engagemens les plus sacrés. Albuquerque les envoyait librement aa roi, qu'il croyait sincèrement disposé à s'amender, pour loi bien expliquer ses intentions et comment sa volonté avait toujours été, et était encore, de le servir. Ils partirent de Garvajales dans ce dessein, pour être agréables à Albuquerque et faire acte de soumission envers le roi, et le premier jour se ren* dirent à Zamora. Ils marchaient à petites journées, avec une escorte d'élite, et suivirent d'abord le cours du Daero, couchèrent le second jour à Toro, le troisième jour à Yillalar, et le quatrième à Tordesillas, où ils trouvèrent les reines dona Maria et dofla Blanca. Ils ignoraient ce qui s'était passé à la cour de Yalladolid et les derniers actes du roi. Sur ce qu'on leur en dit à Tordesillas, quelques-uns eurent peur d'aller plus avant. Juan Martinez de Rojas, fils deBui Diaz Cencerro, Gutier Gomez de Tolède et Diego Gonzalez d'Oviédo résolurent de se retirer sur leurs terres. Juan Martinez de Rbjas put arriver dans les siennes ; mais Ferrand Ferez Puertocarrero ne tarda pas à l'y arrêter par l'ordre du roi qui, pea après, le fit mettre en liberté. Gulier Gomez de Tolède fut pris le lendemain de sa séparation d'avec D. Martin Gil à Tordesillas, et on l'amena prisonnier au roi à Olmédo, avec une chaîne au cou ; il s'attendait à être mis à mort, mais dona Maria de Padilla intercéda pour lui à la prière des parens que Gutier Gomez avait à la cour <, et obtint son pardon da roi. Nous disons pardon, entraîné par le langage de la chronique, car il n'avait rien fait de mal et il n'avait aucun pardon à requérir; il fut aussi mis en liberté.
1 n avait près du roi, comme on Ta vu plus haut, un frère, Gutier Ytrràadetift Tolède, naguère oonseiUer intime de Pierre, mais qui lui avait xéotiumaA déplii pir U francbise et la sévérité de ses conseils. Leur frère aîné D. Vasco était arcbeTéqof de la vUle dont leur famnie portait le nom à titre d'honneur.