‹ Histoire d'EspagneChapitre 43 sur 108 · CHAPITRE TRBIZlilUS · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRBIZlilUS

D. Martin 6il, D. Alvar Ferez de Castro, Alvar Gonzalez Moran et Diego Gonzalez d^Oviédo reprirent cependant lenr route irers Olmédo où était le roi. Personne ne Tint à leur rencontre, à Texception de D. Samuel Lévi, grand-trésorier du roi, qui venait pour les assurer de la foi du roi. Ils poursuivaient leur chemin avec lui, lorsque, à peu de distandb de la ville, survint un écuyer qui prit à part D. Alvar Ferez de Castro et Alvar Gonzalez Moran, et leur dit que dofla Maria de Fadilla l'avait chargé de venir les instruire dans le plus grand secret des dispositions du roi à leur égard, pour qu'ils se missent aussitôt en sûreté; que, s'ils entraient dans la ville, ils étaient morts. Et aussitôt tous les* deux montèrent sur de forts chevaux et rebroussèrent chemin avec tous leurs compagnons et leurs hommes. Et ceci, répète par deux fois la chronique, le leur envoya dire dofla Maria de Fadilla par bonté, car elle ne prenait guère plaisir à beaucoup de choses que faisait le roi ; et il était vérité que si lesdits D. Alvar Ferez de Castro et Alvar Gonzalez Moran fussent arrivés à la portée du roi, aussitôt ils devaient être mis à mort. Le roi en avait donné Tordre devant Maria de Fadilla, et ce fut ce qui les sauva <.

Tel était ce misérable jeune homme gâté par le pouvoir et les passions, qu'il devint furieux en apprenant que sa proie lui échappait; il en rugit sans doute à la façon delà hyène, et ordonna à Juan Alfonse de Benavides, son alguacilmayor et grand justicier de sa maison (très haut emploi qui devait revenir à peu près à Toffice du bourreau , près du roi Fierre), il lui ordonna, disons-nous, de courir après les deux

1 É llegd â éllos un escudero antes que entrasen en la villa, é dixoles que les enviaba decir dona Maria de PadilU miiy secretamente que se pusiesen en saI?o,

ca si entrasen en la villa, que eran muertos. E como esto oyeron subieron en

sendos cabaUos, é volvieronse del camino, é todos los suyos con ellos. É esto les envid decir doîia Maria de PadiUa con bondad , ca non le placia de muchas cosas que el rey facla.

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fngitife, de les prendre à qaelqae prix que ce fût, et de les loi ramener prisonniers '.

Jaan Âlfonse de Benavides partit anssitôt d^Olmédo^ et coamt après eux pour les prendre, comme le roi le lai avait ordonné. Il se mit, par le chemin indiqué, aux trousses des fugitifis.

La reine-mère et la jeune reine sa bru s'étaient rapprochées d'Olmédo, et étaient en ce moment à Médina del Gampo, à peu de distance du roi, comme pour Tobliger à quelques démarches envers elles, ou poui^ gagner Tolède, d'où la veave d'Âlfonse et la femme du roi pouvaient lespérer traiter avec lui. D. Alvar Ferez de Castro et Alvar Ferez Moran, passant dans leur fuite par Médina del Gampo, les y rencontrèrent et leur racontèrent comment ils allaient fuyant sur l'avis qne leur avait fait donner doua Maria de Fadilla des intentions du roi à leur égard. « Leurs chevaux étaient harrassés, la reine* mère leur en fit donner deux très bons de ses écuries : et ainsi remontés, D. Alvar Gonzalez Moran prit le chemin de Salamanque et D. Alvar Ferez de Castro celui de Gastro-Naflo Juan Alfonse de Benavides, Talguacil-mayor du roi, soivil de préférence ce dernier, et prit d'abord à D. Alvar Ferez de Castro tous les hommes de sa suite et les bêtes de somme qui portaient ses bagages ; il délivra les hommes qu'il ne pouvait garder avec sûreté , et retint seulement les montures et les bagages ; mais il ne put prendre D. Alvar Ferez de Castro, qui avait de l'avance, et qui arriva à Castro-Nuûo. D. Alvar trouva là le Frieur de Saint-Jean, qui était pour lors D. Ferrand Ferez de Aza, et le pria de lui donner un cheval frais, celui que la reine lui avait donné étant très fatigaé. Comme D. Alvar Ferez de Castro parlait de cela au Frieor de Saint- Jean, entra D. Juan Alfonse de Benavides dans ' la ville de Castro -NufLo, et D. Alvar Ferez de Castro, à

^ Mandô à Juan Âlfonso de Benavides, su alguactt é justicia mayor de la su casa, que fuese empos deUos, é los prendiese é ge los traxiese presos.

CHAPITBE TREIZIÈME. 311

qni on Taniionça, n'ent que le temps de remonter snr le cheyal de la reine Marie avec lequel il était Tenu; il sortit par l'antre porte de la ville, passa le Daero, et prit le chemin de Tiedra,qni était un château de D. JuanÀlfonse d'Albuquerque. A Gastro-Nuûo, pendant ce temps, D. Juan Alfonse dé Benavides et ceux qui allaient avec lui fouillaient la ville pour voir s'ils j trouveraient D. Alvar Ferez de Castro, croyant qu'il y était caché dans quelque maison, car ils savaient qu il était entré dans la ville. Le fugitif, après avoir passé le Duero, marcha vers Morales; il n'avait avec lui qn' Alfonse Gomez de Lira, un chevalier de Galice, qui le suivai sur une mule. D. Juan Alfonse Benavides, après l'avoir cherché en vain à Castro-Nuno, s'était remis à ses trousses. Et après que D. Alvar eut passé Morales un tiers de lieue, Juan Alfonse de Benavides y arriva, et trouva là un chevalier appelé Alvar Bodriguez Osorio, auquel il dit comment il allait par ordre du roi à la poursuite de .D. Alvar Ferez de Castro, et que lui et les siens avaient leurs chevaux si fatigués qu'ils ne le pouvaient suivre en raison de la grande avance qu'il avait prise sur eux. Juan Alfonse de Benavides requit en conséquence Alvar Bodriguez. Osorio, au nom du roi, de monter sur un cheval qu'il menait en laisse avec lui, et d'aller avec ses hommes à la poursuite de D.Alvar Ferez de Castro. Et Alvar Bodriguez Osorio, cela lui étant dit par Juan Alfonse de Benavides, qui était alguacil-mayor du roi, eut à obéir, et, bien qu'à contre-cœur, se mit à la poursuite de D. Alvar Ferez de Castro, et l'atteignit près de Tiedra, château, comme on l'a vu, de D. Juan Alfonse d' Albuquerque , mais il ne l'arrêta point, et, au contraire, lui conseilla de ne s'enfermer en aucune manière dans Tiedra, alors sans défenseurs, s'il ne voulait qu'on l'y prit, et lui montra un chemin qui menait à Gastro-Torafe, où était D. Juan Alfonse d' Albuquerque. Et D. Alvar Ferez de Castro en agit comme Alvar Bodriguez Osorîo le lui conseillait, et l'en remercia beaucoup.

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Et il arriva bientôt à Gastro-Torafe, et trouva là D. Jnan Àlfonse d'AIbaquergne, qui avait de nombreuses compagnies, et eut grand plaisir de le voir, et il lui conta tout ce qui lui était arrivé, et comment le roi avait voulu le faire tuer. Et dès qae D. Juan Alfonse d'Albuqnerque eut entendu quelle était la volonté du roi, aussitôt, le lendemain, il retourna à Garvajales et ensuite s'en alla en Portugal ; car il ne se tint pas pour assuré de demeurer là par la crainte du roi, parce que les choses empiraient chaque jour davantage; et déjà D. Juan Alfonse en était aux regrets d'avoir envoyé son fils D. Martin Gil en otage au roi; mais il n'avait pu croire que le roi le trompât. D. Alvar Ferez de Castro, voyant aussi qu'il ne pouvait demeurer avec sûreté dans le royaume de Castille, poursai^i comme il l'était parle roi, s'en fut en Portugal, auprès de l'infant don Pedro de Portugal, qui fut depuis roi, lequel avait près de lui doua Inès de Castro, sœur de D. Alvar, à laquelle cet infant D. Pedro, lorsqu'il fut roi de Portugal,dit qu'il était (dès lors) marié et la fit appeler la reine dona Inès; et elle gît enterrée avec ledit roi D. Pedro de Portugal dans le monastère d'Alcobaza. Et eut d'elle ledit roi don Pedro pour fils l'infant D. Juan et l'infant D. Denis, et l'infante doua Béatrix qui se maria avec le comte D. Sancbo, frère du roi D. Enrique de Castille, desquels nous parlerons en leur lien. Et ledit infant D. Pedro de Portugal reçut très bien ledit D. Alvar Perez de Castro, et lui fit beaucoup de bien et beaucoup de grâces, et lui donna de grands domaines dans le royaume de Portugal, et là il mena sa vie ^. »

Pierre était alors dans les meilleurs termes avec ses frères consanguins. Étrange mystère du cœur bumain, scandale impondérable; depuis qu'il avait une concubine à lui, il

* Cron. del Rey D. Pedro, ano iv, c. 24, et seq. -- Alvar Ferez de Castro, alors extrêmement jeune, fut par la suite le premier connétable de Portugal, iors de rétablissement de cette dignité sous le règne de Ferdinand, en^l 382.

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