CHAPITRE TREIZISaOS
baissait moins les fils de la concabine de son père. D'Olmédo il se rendit à Guellar où D. Fadrique vint lui baiser les mains ; Fadrique s'y lia étroitement, et Ton pourrait ajouter lâchement, avec Juan Fernandez de Hinestrosa et Diego Garcia de Padilla, qui étaient alors les plus cbers favoris du roi.
« D. Fadriqne, maître de Santiago, frère du roi don Pedro, dît la chronique, et fils du roi D. Alfonse et de dona Léonor de Guzman, arriva en la ville de Guellar où le roi était, et le roi le reçut très bien; le roi n'avait pas vu le maître depuis qu'il était venu à lui, comme nous l'avons raconté, à Llerena, quand on emmenait prisonnière à Talavera dofia Léonor de Guzman, sa mère. Et le maître étant avec le roi à Guellar, ils enlevèrent de concert la grande commanderie de Gastille à D. Bui Gbacon ponr la donner à Juan Garcia de Yillagera, frère de dofla Maria de Padilla, et ce fut par ce chemin que le maître se mit bien avec ladite dofia Maria de Padilla, avec Juan Ferrandez de Hinestrosa son oncle et avec Diego Garcia de Padilla son frère, pour faire plaisir au roi '. »
Pierre était à Guellar le 29 juillet de cette année 1353, Comme il appert d'une charte accordant à diverses populations de l'évêcbé de Ségovie l'exemption de l'impôt acemilas et fonsaderas ^, et il dut y passer quelque temps. Un événement que nous raconterons tout à l'heure nous fait croire qu'il vit là pour la première fois une femme qui comptera, comme nous le verrons, parmi les victimes de sa foi mentie,
^ Cron. del Rey D. Pedro> ano rv, c. 27. — Rui Chacon, le commandeur depossédé, s'unit peu après aux ennemis du grand-maître D. Fadrique, et chercha à le brouiller ayec le roi. Le grand-maltre, accompagné de Sancho Sanchez, commandeur d'UcIès, et d'autres chevaliers, poursuivit Ghacon à main armée jusqu'à la ville de Consuegra, où il se réfugia dans une église : Fadrique l'en fit extraire, et le fit décapiter sous ses yeux. Il recourut au pape imiv avoir l'absolution de cet acte , pour lui et ses complices, absolution que lui accorda le vice-pénitentiaire apostolique par lettres données à Avignon, le 13 août de cette année (Bull, de Santiago, ad ann.).
2 ColmeoareSy p. 276.
314 HISTOIRB D*BSPA6m.
one femme de grand état, belle et illustre à plasiears titres, dofla Jaana de Castro, sœur de D. Fernand Ferez et de D. Alvar Ferez de Castro, et veuve de D. Diego de Haro, fils de D. Lope de Haro et petit-flls de ce Haro qui mourot devant Algésiras lors du siège de cette place par le roi Ferdinand lY. La chronique d'Ayala connue sous le nom d'Abrégée (la Abreviada) raconte d'une manière très circonstanciée la venue à Guellar, dans ce même temps, de D. Pedro de Xerica auprès du roi Pierre, particularité omise dans la grande chronique, si riche d'ailleurs de détails, qui sert de base à nos récits. D. Pedro de Xerica, dit la Abreviada, grand seigneur du royaume d'Aragon et delà maison royale, vint voir le roi Pierre à Guellar en cette occasion et lui faire révérence (ë d le facer reverencia), et lui apporta en présent un grand nombre de faucons, sachant le roi grand amateur de la chasse aux oiseaux. Il lui donna aussi beaucoup de harnais pour joutes et tournois, des armes et d'autres joyaux. Et le roi le reçut très bien et lui fit grand honnear, et lui donna de ses joyaux et des chevaux de ses écuries, et leui'B gens joutèrent là pour réjouir leurs seigneurs. Le roi accorda une rente annuelle sur ses revenus audit D. Pedro de Xerica, et l'eut depuis pour allié. Pierre eut là par loi connaissance du mariage arrêté entre l'infant D. Ferdinand d'Aragon, son cousin, et Tinfante doua Maria, sa cousine, Me de l'infant D. Pierre de Portugal et de dolLa Constance Manuel, et apprit, dit-on, avec plaisir ce mariage, dont la célébration devait se faire à Evora '•
C'est ici le lieu peut-être d'examiner ce qu'avait fait le grandr maître de Santiago D. Fadriqne depuis son entrevue à LIerena avec le roi peu de jours avant qu'on tuât à Talavera sa mère Éléonore de Guzman.
On voit par la chronique qu il « demeura (après cette entre-
^[Chr. Abrev., aiio n., c. 27.
GHAPmUS TBEIZIEBIB. 315
me de Llerena) assuré de la faveur du roi, lequel lui ordonna de vivre dans ses terres ou dans celles de son ordre, et lui donna la permission de ne point assister aux cortès qoi devaient se tenir à Yalladolid '. » Il n'y assista point en effet, et s'y fit représenter par son procureur D. Bernard, commandesir dOreja ^.
la mort violente de sa mère le remplit de douleur, mais ne le jeta point dans la révolte; il ne prit point part cependant à Texpédition contre D. Alfonse Ferrandez Goronel, ne figura point aux fêtes du mariage à Yalladolid, ni ne se trouva mêlé aux troubles qui s'élevèrent à la suite de Tabandon de Blanche. U n'est pas facile de déterminer en quels lieux il técnt depuis le mois de mars 1351 jusqu'à la fin de février 1353 : il semble néanmoins hors de doute qu'il dut résider pendant tout ce temps, conformément à la permission ou à l'injonction que lui en avait donnée le roi à Llerena, dans les terres et les commanderies de son ordre, principalement en Estramadure. Nous l'y trouvons du moins d'une façon certaine, le 4 mars 1353, à la Fuente de Gantos, où il concéda à divers lieux de la Manche, dépendans de son maestragcr, le privilège de former des municipalités libres et élaes (ayuntamientos de comun). Le 19 du même mois, il était à Usagre, où, du consentement de D. Bui Chacun, commandeur général, et des autres commandeurs et chevaliers de Gastille, il confirma les décharges d'impôts accordées par l'Ordre aux habitans de la Puebla de Sancho Perez.Enfin, le 1*' avril, il se trouvait avec différens commandeurs à la Fuente del Maestre, où il conféra à Fernan Buiz de Tauste la grande commanderie de Montalvan en Aragon.
* Fined asegurado en la mercèd del Rey, é manddle que se fuese para su tierra, é didle licencia que non fuese à las corles que se avlan de facer en Valladolid ( Cron. del Rey D. Pedro, a!io ii, c. 2).
2 Voir ci-devant, p. 303, note 1.
316 mSTOIRB d'espagke.
Deux mois après se célébrèrent à Yalladolid les noces du roi airec Blanche de Bourbon, et, comme nous l'avons dit, Frédéric n'y assista point. Ainsi tombe la légende accréditée par le Romancero des amours de Frédéric avec Blanche de Bourbon, dont il se serait épris et se serait fait aimer en ramenant de Narbonne àYalladolid.U n'avait pas encore vuBlanche au moment où nous en sommes, loin de l'avoir été chercher à Narbonne, et tons les documens originaux attestent qu'il ne la vit que plus tard, et quelques momens à peine, à Tolède ^
Dans sa bienveillance très réelle et très vive pour ses frères bâtards, au temps où nous en sommes, bienveillance dont on va voir trop tôt le triste revers, Pierre passa de Cuellar à Ségovie, et y maria D. Tello, son frère, avec dona Juana de Lara, fille et héritière de Don Juan Nunez de Lara, senora de Viscaya^ comme l'appelle la chroniqae. D. Tello et Juana de Lara avaient été fiancés du vivant d'Alfonse XI, lorsque tous deux étaient encore enfans. Arrivés à l'âge nubile, leur mariage avait été retardé par des causes indépendantes de leur volonté. Il se fit à l'instigation de l'oncle et du frère de la favorite, qui voulaient gagner alors l'affection de tous les fils d'Eiéonore , et n'épargnaient rien pour les faire bien traiter par le roi, pensant peut-être que plus ils reconnaîtraient de droits aux fils de la favorite d'Alfonse, plus ils en assureraient à ceux de la favorite de Pierre. Remarquons en passant les continuelles marches et contremarches des rois et des grands de ce temps. Ils fatiguent Thistorien à les suivre. Ainsi nous voyons Pierre aller sans cesse d'un point à un autre de ses royaumes, toujours en
^ Voyez sur tout ce qui concerne Frédéric dans ces deux années, et jusqu'à sa mort» Cbaves, Apunt, fol. 50, et le Bullario de Santiago, 1. c. — Le bruit que le roi ne haïssait Blanche de Bourbon que parce qu'elle s'était laissé courtiser par D. Fadrique et avait répondu à ses désirs quand il la conduisit de Narbonne en Espagne, ne se fonde du reste que sur des romances chevaleresques, cette peste de rhistoire (Voyez Garibay, 1. xiv, c. 29).