‹ Histoire d'EspagneChapitre 45 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

mouvement, parcoarant, pour ainsi parler, toutes les cases de son échiqaier, poursuivant ou poursuiyi. S'il est vrai, comme nous le croyons, que la connaissance exacte des lieux ne soit pas moins indispensable que la connaissance exacte des dates à la compréhension réelle des faits, le récit d'aucun moment de Thistoire plus que celui-ci n'oblige l'historien à être géographe, et non géographe vulgaire, qui sait en gros les choses, mais géographe imperturbable, plein de la carte d'Espagne, de son dessin , de ses lignes, de leurs rapports, de leur valeur stratégique et politique, ou, pour tout dire en mot, historique. Au même titre que la chronologie, la géographie fait partie intégrante de l'histoire; et ce n'est pas tout encore pour ne rien altérer ou confondre dans le récit des faits. « Ce qu'il y a de plus difficile, disait le général Foy, c'est de savoir les faits; et quand on les sait, c'est de les raconter sans altérer la vérité. »

Dans le même temps, le roi fit enlever Blanche de Bourbon de Médina del Campo et la fit conduire à Arévalo, avec Tordre qu'on l'y détînt de manière à ce qu'elle n'y pût voir personne, pas même la reine-mère. Car il l'y faisait garder déjà, dit Ayala, comme prisonnière, parles soins, dedonPero Gudiel , évêque de Ségovie , de Tel Gonzalez Palomeque , chevalier tolédan, de JuanManso deValladolid, officiers de la maison de la reine, et d'un écuyer asturien appelé Suer Gutierrez de Navales, créature de Ferrand Ferez Puertocarrero, qui servait l'écuelle de la reine pour lui^.

Cet acte de rigueur, qui ajoutait à l'affront fait précédemment à Blanche, était l'œuvre du vieil Hinestrosa et de Diego Garcia de Padilla. Par la même influence, le roi changea alors tous les oficiers de sa maison, tous ceux du moins qu'Albuquerque avait placés auprès de lui. Il donna sa chambre (l'office de chambellan), qu'avait Gutier Ferrandez de

1 Cron. del Rey D. Pedro, ano iv, c. 28.

Tolède, à Diego Garcia de Padilla, frère de doj5a Maria; ôta la Coupe (roffice de grand écbanson) à Jaan Rodrigaez de Biedma, neveu de Gutier Ferrandèz, et la donna à Alvar Garcia d'Albornoz; Técuelle passa de Gutier Gomez de Tolède à Pero Gonzalez de Mendoza , et de la sorte tous les amis d'Albuquerque furent éloignés ^

Pierre passa Tautomne de cette année (1353) à Ségovie, occupé de ces changemens, et aussi beaucoup de l'éducation des faucons. Il en connaissait à merveille les sept espèces différentes décrites par les fauconniers du temps el; peutêtre par lui-même : Le Sacre, le Girifatte , le Kiebli , le Bahari, T Alfanique, le Borni et le Taragote. Il savait les qualités par où chaque espèce brille» et on le croit communément Tauteur de la stance où sont célébrés : « Les ailes du Niebli, le courage du Bahari, la tête du Borni, la vitesse et les serres du Sacre, le corps et le cou du Girifatte, les yeux de TAlfanique et le bec du Taragote. »

Alas de Niebli; Corazon de Bahari; Gabeza de Borni ; Manos de Sacre; Cuerpo de Girifatte; Ojos de Âlfaaique; Pico de Taragote.

Autrement, et d'une façon plus moderne :

Alas de Niebli; Corazon de Babari; Cuerpo y cola de Girifatte; Ojos y vista de Borni; Presa y garra de Sacre; Seguridad de Alfanique; Y risa de Taragote.

Il avait le goût le plus vif pour ce genre d'amusement, et on le voyait souvent, armé d'une lance et d'un bouclier, portant un faucon sur Tépaule ou sur le poing.

* Ibid., 1. c.

GHAPrniB QUATOIUSIBIIE. 319

Pierre n'atait pas encore "singt anfi, et déjà il avait goûté toutes les douceurs de ramour et de la puissanoe. La loi de succession qui Tavait investi de la royauté lui donnait le droit ou le pouvoir de tout régler à sa guise. Il passa bientôt à Séville^ et y continua ses épurations. Il donna carrière à sa haine contre Albuquerque en poursuivant et frap« pant de destitution tous ceux qui tenaient de lui leurs emplois, grands et petits, non seulement à sa cour, mais dans tout le royaume. Les parons de Marie de Padilla n'avaient qu'à parler; le roi leur laissait disposer de ces emplois comme ils voulaient, et tout ce qu'ils faisaient il le tenait pour bien fait*.

Le frère et l'oncle de la favorite étaient ainsi comblés de faveurs; le roi accordait tout à leur demande. Il donna aux Padilla jusqu'à des droits sur les marchandises; singulier principe d'économie politique et manière désintéressée,comme on voit, de faire du bien. «Les modernes, pendant longtemps, n'ont pas été plus avancés, même après s'être décrassés de la barbarie du moyen-âge, dit Jean-Baptiste Say. Henri IV accordait à ses favoris et à ses maîtresses, comme des faveurs qui ne lui coûtaient rien, la permission d'exercer mille petites exactions, et de percevoir à leur profit mille petits droits sur différentes parties du commerce ; il autorisa le comte de Soissons à lever un droit de quinze sous sur chaque ballot de marchandise qui sortirait du royaume 3. » Pierre donna avec la même libéralité les plus hauts emplois de TEtat aux amis de la même famille, quels que fussent les motifs qui les en eussent rapprochés.

Je suis ici encore avec plaisir cette naïve et étrange chro-

1 II y était le 30 novembre 1353. On a^ sous eette date et sous cdle du 2 déceinbre, deux actes donnés à SéviUe, touchant les Penas y Caloncu, cités dans l'Informe de Toledo sobre Pesos y Medidas, p. 104 et seq.

2 É todo lo que clios facian ayia d rey por bien fecho.

3 J.-B. Say, Traité d'Économie politique, Discpréiim. — Mém. deSutty, I. xvi.

220 msTOHUB d'espaghe.

nique d'Âyala, si instructive, si détaiilée/qui nous fait pâiétrer au cœur même de toutes ces intrigues où le népotisme et la faveur jouent un si grand rôle. Tout venait des Padilla ou s*y rapportait. L'alguaciiago-mayor de Sévillefut donné à D. Juan de la Gerda pour avoir amené au roi sa maîtresse, de Tolède à Olmédo. D. Garcia Ferrandez Manrique avait Tadelantamiento de Gastille : on le lui ôta, dit Ayala, parce que Manrique était marié à dona Teresa, nièce de Gutier Ferrandez de Tolède, uniquement par la raison que l'archevêque de Tolède, D. Yasco, frère de Gutier Ferrandez, et tous ceux de cette famille voulaient du bien à Albnquerqne, et on le donna à Ferrand Ferez Puertocarrero^ homme assez bas de cœur et de façons. Le comte Henri (le futur successeur de Pierre) était alors très bien aussi avec les Padilla, ainsi que le grand-maitre de Santiago D. Fadrique, D. Tello son frère, et legrand-maitre d'Alcantara D. Ferrand Ferez Ponce de Léon, leur parent. Le roi rendit alors à celui-ci les châteaux de Moron et de Cote, et d'autres châteaux de Tordre d'Alcantara qu'il lui avait enlevés au commencement de son règne en raison de la parenté de Ferrand Ferez Ponce avec dona Léonor de Guzman ; il les lui rendit en personne et avec cérémonie au mois de novembre de cette année. — Il y eut à Séville en cette même année une grande crue des eaux du Guadalquivir, de telle sorte qu'on ferma et calfeutra les portes de la ville, et que la ville entière courut les plus grands dangers'.

Mais ce n'était pas assez pour l'ambition du jeune D. Diego Garcia de Padilla. Il lui fallait dans le royaume un plus haut emploi que celui de chambellan du roi, de plus riches attributions, et il convoita la grande-maîtrise de Galatrava, dont le grand-maître actifel avait encouru la disgrâce du roi en

^ E este aBo ovo en Serllla miiy grandes crescimientos del rio Guadalquivir, en gulsa que cerraron é calfetearon las portas de la ciudad^ etc.

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