CHAPITRE TREIZIÈME
prenant avec Albnquerqae le parti de Blanche de Bourbon. Le roi entra dans ses vues et Ton songea à faire venir en la grâce du roi, c'est-à-dire à déposséder et à tuer le grandmaître, selon Tusage général du temps et les principes particuliers du jeune roi issu de saint Ferdinand. £t voici comment on s'y prit.
Nous avons dit que, lorsqu*Albuquerque s'était retiré en Portugal, de sa terre de Sant Felices de los Gallegos, D. Juan Nunez de Prado s'était retiré de son côté dans les terres de son ordre. Il avait, peu après, comme Albuquerque, jugé prudent de quitter le royaume, et il était entré en Aragon. L'ordre de Calatrava avait diverses commanderies dans ce dernier royaume ; Juan Nunez avait gagné la plus importante, celle d'Alcahiz, et il y attendait les événemens.
Ce fut de là que le roi songea à le tirer par Tappât de son pardon, lorsqu'il, eut résolu de le perdre pour donner sa grande maîtrise au frère de la favorite. Il lui écrivit, au mois de novembre ou de décembre de cette année, et lui envoya, avec des lettres de sûreté, Tordre de rentrer en Castille. D. Juan Nunez s'empressa d'obéir, et revint avec ses meilleurs chevaliers prendre gîte au château d'Almagro, qui appartenait à son ordre, et d'où il envoya remercier le roi. C'était où celui-ci l'attendait. Aussitôt Pierre part de Séville pour Almagro avec un dessein formé que la suite des événemens fait connaître assez, dépêche en avant D. Juan de la Cerda avec la mission d'investir la place, et arrive bientôt lui-même à Yilla-Béal. Il en requiert les habitans pour le service de guerre auquel ils étaient tenus sur l'appel du roi ; et, avec eux et la troupe de chevaliers qu'il avait amenée, annonce qu'il ira prêter main-forte à son lieutenant D. Juan de la Cerda. Il y avait à Almagro avec D. Juan Munez un chevalier de Calatrava, appelé Pero Moniz de Godoy, créature et parent du grand-maitre, qui plus tard fut lui-même graud-maitre de son ordre, lequel dit à D. Juan Nunez, sur vm. 21
ces noayelles : — « Seignear, vous avez ici cent cinquante chevaliers maîtres, et un corps d'hommes d*armes à pied : vous connaissez le roi et combien il est irrité contre tous. Si voDS tomhez en son pouvoir, rien ne vous sauvera de la mort. C'est pourquoi mon avis est que vous sortiez contre D. Juan de la Gerda et le battiez , et vous pourrez alors retourner en Aragon avant que le roi vienne; sinon, mourez au combat '. »
Mais tel ne fut pas l'avis du maître : il dit que jamais il n'aVait manqué ni ne manquerait de foi an roi, et qa'il aimait mieuxs'en remettre à sa grâce.
Le roi arriva le lendemain en vue d'Almagro, et le grandmaître alla spontanément lui rendre^hommage ; mais il fat fait aussitôt prisonnier, et déposé de sa grande m^trise, sans autre forme de procès. Le roi, dit Ayala, ordonna aox Frères de Calatrava d'avoir pour grand-maître D. Diego Garcia de Padilla ; et il n'attendit pas que les Frères eussent d'autre délibération là-dessus, voulant que de toutes façons il en fût fait ainsi (salvo que quiso que en todas guisas m ficiese asi). Tons les châteaux de l'ordre de Calatrava furent immédiatement remis à D. Diego Garcia de Padilla, et tons les Frères reconnurent le nouveau grand-maître qui leur avait été donné par la grâce du roi, sans autre raison ni autorité pontificale que son plaisir (sin mas causa nin autoridad pontificia que su gusto).
Ce fut de cette façon très royale, mais assez 'peu canonique, que Pierre, dans sa haute sagesse et de sa pleine science et autorité souveraine, fit du frère de sa maîtresse un grand-maître de Calatrava, comme son père Alfonse avait fait un grand-maître de Santiago du fils de la sienne (D. Frédéric), alors âgé de neuf ans. C'est ainsi que nous
^ Por ende mi consejo es que salgadesà pelear con D. Juan de la Cerda, é le desbaratadei^ é podredes tornar para Ai'agoa antes que el Rey venga ; 6 morid enel c